Et maintenant…

Cavanna_Choron

Deuil national, recueillement, minutes de silence, rassemblements, tout y est et c’est bien la moindre des choses. « Esprit de résistance », dit aussi François Hollande. Solidarité, union nationale, entends-je encore. Je suis d’accord avec tout, j’adhère à tout. Certes, je n’ose songer à la façon dont Cabu et Wolinski auraient reçu les honneurs des cloches de Notre-Dame ou ces quelques couplets de la Marseillaise entonnés lors d’un rassemblement auquel je participais, mais bon, la mort est souvent ironique, on le sait. Et puis il faut bien faire quelque chose et les gens font ce qu’ils peuvent. Ils ont besoin de symboles forts (oui, les symboles doivent être « forts » dans les moments forts). Tous ces jeunes brandissant des crayons et des stylos (et dont je sais, moi, l’usage qu’ils en font en cours), j’accepte encore, sans la moindre condescendance.

Ce matin, sur toutes les radios et sur toutes les chaînes, se sont succédé les commentateurs, chroniqueurs et tous ceux dont les avis sont, dans ce genre de situation, « autorisés ». Sur l’ensemble, beaucoup de dignité, des propos calibrés, mesurés et quasiment superposables à ce détail près que certains ont pu ou su apporter à leur témoignage le petit supplément d’âme ou de réflexion qui avait échappé aux confrères. Un dénominateur commun, pourtant, à toutes les déclarations : pas d’amalgame. Là encore, j’adhère, j’applaudis à deux mains même si ce couplet, il y a longtemps qu’on me le sert et j’aimerais qu’un évènement de cette ampleur inspirât des analyses et des propositions plus musclées (au sens intellectuel du mot, s’entend).

Dans ce concert de dignité, je relève cependant une grande nouveauté qui serait la preuve qu’on avance. Il ne s’en est pas trouvé un seul pour dire « je suis pour la liberté d’expression mais… ». Je me souviens qu’en 2006, au moment de la publication des caricatures ou en 2011, à l’occasion de l’incendie du siège de Charlie Hebdo, j’ai beaucoup (mais alors vraiment beaucoup) entendu la formule. Ce matin, nada, et pourtant je jure qu’au micro, c’était les mêmes.

Oui, c’est vrai, rétrospectivement, j’aurais aimé qu’en 2006, qu’en 2011, on eût fait preuve à l’égard de la liberté d’expression de la même intransigeance, j’aurais aimé que l’on brandît des crayons et des stylos et j’aurais aimé que l’on défilât sous des pancartes « Je suis Charlie ». Ça ne s’est pas fait. Est-ce que ça aurait changé quelque chose, je n’en sais rien mais ça valait la peine d’essayer.

Qu’on m’entende bien, je ne tiens pas les organisations musulmanes qui ont poursuivi Charlie Hebdo pour blasphème ou les sournois qui disaient « je suis pour la liberté d’expression mais… » pour complices ou simplement responsables de ce qui s’est produit, mais je suis fondé à proclamer que l’écart entre eux et les assassins est moins grand que celui qui m’en sépare.

CowboyCowboy

PS tapez donc « Charlie Hebdo » dans EBay pour mesurer la réactivité de ceux que la douleur accable.

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Balles tragiques à Paris : 12 morts

Ch_hebdo

Le titre est d’une amie (il sera partout demain), ça ne la fait pas rire et moi non plus. Il y a des fois, comme ça, où je perds le sens de l’humour. Aujourd’hui, je perds aussi Charb, Cabu, Tignous, Wolinski, Honoré, Bernard Maris et quelques autres. Ma réaction ? Je suis comme tout le monde : la colère, bien sûr, la haine et toute la ribambelle des sentiments qui vous déforment le visage et vous tournent les sangs. Je suis un être humain et, de mes trois cerveaux, c’est le reptilien, le cancre de ma classe cérébrale, qui réagit en premier, qui crie le plus fort, qui réclame un sang contre un sang et qui est prêt aller brûler des mosquées. Alors je m’enferme pendant les trois quarts d’heure où je suis dangereux, je laisse le braillard gueuler, je pleure, je pleure, et j’attends sagement que mon cortex reprenne la situation en main. Je ne dirais pas qu’à l’heure où j’écris, c’est chose faite, mais c’est en bonne voie.

Pour l’instant, à chaud, je devrais me taire, mais bon… Depuis quelques heures, je suis les infos, les commentaires, j’ai entendu Hollande dire que Charlie Hebdo avait déjà « fait l’objet de menaces ». Menaces ? Il manque pas d’air.

Autre réaction, celle du Conseil du culte musulman qui, par la voix de Dalil Boubakeur, condamne un « acte barbare ». Je rappelle, pour mémoire, que l’infâme Dalil Boubakeur est celui qui, lorsque l’ambassade du Danemark à Damas était en flammes – à la suite de l’affaire des caricatures – avait affirmé, après la même condamnation ferme : « Qui sème le vent, récolte la tempête. » Je ne crois pas qu’il ait répété cette phrase ce matin, je ne sache pas non plus qu’il soit en garde à vue.

Pour faire bref, je crois deux choses. La première est que « la montée de l’islam dit radical » ne sera et ne pourra être réglée que par les musulmans eux-mêmes (à l’évidence, nos bombes sont inopérantes) à condition qu’ils le veuillent. En attendant, je suis au regret de dire que même si je ne tiens pas chaque musulman pour un terroriste en puissance, je me refuse à faire la distinction entre islam radical et islam modéré pour la bonne et très simple raison que les valeurs défendues par les fous de Dieu sont, au sein de l’islam, largement partagées. La déclaration de Boubakeur le confirmait et tant que les musulmans n’auront pas résolu la question de leur complicité objective, on continuera à compter les morts et à ramasser les mains et les têtes coupées.

Deuxième chose : En suivant l’info, j’ai ouvert des articles et des vidéos, lesquelles étaient systématiquement précédées de vingt à trente secondes de pub*. Façon de dire : « Pendant l’horreur, la vente continue ». C’est cette obscénité banale qui fait que je crois dur comme fer que les tenants de l’économie mondialisée actuelle sont prêts à payer le prix de ces boucheries tant qu’elles n’affectent pas les dividendes. Les ronds de jambe et les risettes qu’ils font aux riches financiers de l’EI en sont une preuve. Tant qu’une signature au bas d’un contrat établi dans quelque gratte-ciel new-yorkais pourra, en quelques secondes, jeter à la rue des populations entières, ruiner l’économie d’une région voire de tout un pays, tant qu’un président de la république ou qu’une chancelière continueront, sans vergogne, à dicter, menaçants, aux citoyens d’un pays, berceau de la démocratie, le choix qu’ils doivent faire dans les urnes, on ne pourra donner de leçon de démocratie à personne et le recrutement des kamikazes et des égorgeurs restera un secteur prospère.

CowboyCowboy

* y compris sur ce blog puisqu’il me faudrait payer pour qu’on me l’épargnât.

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Salaud de Rital !

CavannaComme on dit, « il y a des jours avec et il y a des jours sans ». Aujourd’hui est « un jour sans ». Un « jour sans » est un jour où meurt François Cavanna.

Je ne vais pas me lancer dans une nécro mais j’ai quand même envie de dire tout haut, tout fort, les bonheurs que je dois à cet homme. Pendant des années (années de jeunesse), j’ai guetté, chaque semaine, la parution de Charlie Hebdo. Pendant six jours, l’actualité et ses salopards déversaient leurs immondices et leur bêtise, et le septième, le Rital vous nettoyait tout ça dans sa rubrique « J’l’ai pas vu, j’l’ai pas lu mais j’en ai entendu causer ». Ce que ce type a pu me faire marrer, ce que ce type a pu m’éblouir d’intelligence, de culture et de rigueur de la pensée ! Le (très) peu de tout ça dont je peux aujourd’hui me targuer, c’est sans aucun doute à lui que je le dois.

Parmi tous les souvenirs que je garde de ses chroniques, il en est un auquel je réserve une place particulière. Je viens de m’apercevoir que je l’avais déjà cité sur cet espace. En 2010. Incapable de retrouver le texte original, j’écrivais alors : « Ce n’est pas la citation exacte (…) mais j’ai lu un jour sous sa plume de François Cavanna quelque chose que je résumerai en ces termes : de même qu’on peut peser juste avec une balance fausse par la technique de la double pesée, on peut penser juste avec un cerveau perfectible en pensant deux fois. »

J’avais adoré cette idée, ce conseil simple et lumineux. Je me suis toujours efforcé de le suivre et j’en ai toujours tiré un double avantage. Non seulement il rassure mon intelligence un peu « bas de plafond » mais il s’est souvent avéré redoutablement efficace.

CowboyCowboy

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Madiba 2

Mandela_2Le monde, disais-je l’autre soir, est bien fait. Brossé à (très) grands traits, il est constitué d’une part, des riches, d’autre part, des pauvres. Et alors ? Plaindre ces derniers relèverait d’un manque de discernement. Ils jouissent en effet, quoique selon des modalités différentes, de la même félicité que les nantis. Et si j’osais, ajoutais-je, je prétendrais qu’ils sont, au bout du compte, mieux lotis que les riches.

Je promettais d’expliquer cet apparent paradoxe et m’en vais, derechef, m’y employer. A cette fin, je poserai en préambule un double postulat :

Postulat 1 : le temps est composé de trois éléments : le passé, le présent et le futur. Ce dernier n’existant pas encore et n’étant habité que d’hypothèses, d’espoirs et surtout d’illusions, il compte pour beurre. Exit donc le futur. Nous restent le présent et, celui qui se taille la plus grosse part du grand gateau du temps, le passé, ou, si vous préférez, l’Histoire.

Postulat 2 : les concepts de “riches” et de “pauvres” se superposent impeccablement aux concepts “d’oppresseurs” et “d’oppressés”. Je sais bien que depuis la fin proclamée de la lutte des classes, ce postulat ne va plus de soi, mais dussiez-vous le contester, il faudra me démontrer la capacité d’oppression du pauvre et produire des exemples d’asservissement dont le riche ferait éventuellement l’objet. Bon courage.

Ces deux postulats étant posés, que constate-t-on ? Eh bien, c’est simple… le présent appartient aux nantis, aux puissants, aux méchants, aux oppresseurs, l’Histoire appartient aux pauvres, aux gentils et aux opprimés. Et si vous rapportez la durée (pfffuit !) du présent à celle, interminable, du passé et de l’Histoire, avouez que, dans la balance, le fléau de la félicité penche résolument du côté de l’opprimé. Petit veinard !

Je m’explique : tandis que le pauvre, l’opprimé, en ch… des ronds de chapeaux dans le temps présent (mais fugace) sous l’œil goguenard du puissant repu, l’Histoire, toujours, rend hommage au premier. Il suffit de fréquenter les musées pour s’en convaincre. Des salles entières s’apitoient sur les conditions de vie des esclaves d’antan (pour ceux d’aujourd’hui, il faut attendre encore un peu) et traînent dans la boue les négriers alors honorés, dans un présent (pfffuit !) révolu. Ici, on glorifie, sur d’immenses panneaux, les luttes sociales de façon outrageusement partiale sans un mot de commisération à l’endroit des patrons, des oppresseurs alors empêchés par le cancer des grèves et des revendications. Là, on vous encense le docteur Willermé qui faisait sa chochotte parce que des mômes bossaient à l’usine avant l’âge de 8 ans alors qu’en 1841, le monde de l’entreprise détectait, dans ses propositions, une menace létale sur l’industrie française. Enfin, je ne connais pas le musée des Houillères de Lorraine (doit bien en exister un) mais je gage qu’il exalte le jeune galibot, le piqueur, le boiseur, l’encageur, le palefrenier, le pompeur, le lampiste, le forgeron et le charpentier, qu’il décline, par le menu, la vie misérable des mineurs, sans jamais s’extasier sur le train de vie de ceux qui en étaient la cause.

Bref, à peine passé, à peine trépassé, le puissant, le nanti, l’opresseur, le tyran, est déjà controversé, son action est dénoncée et sa mémoire salie. A l’inverse, il suffit à l’opprimé de croupir vingt-sept petites années dans quelque ergastule à l’atmosphère corrompue pour s’assurer postérité et reconnaissance universelle. C’est un peu facile, non ?

En tout cas, vous comprendrez mieux désormais pourquoi le riche, le nanti, le puissant, l’oppresseur vous donne parfois le sentiment d’être un peu bourru pour ne pas dire brutal. Mettez-vous à sa place. Il sait, le malheureux, que le temps lui est compté, que tôt ou tard, fût-ce de façon posthume, tous les petits, tous les sans-grades, rafleront les honneurs, alors… il en profite un peu… c’est humain. De là à dire qu’il abuse, y a pas lerche. Mais franchement…

CowboyCowboy

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Madiba 1

mandela_1Ça, depuis ce matin, les hommages, ça tombe comme à Gravelotte. Je sais bien, avec Brassens, que tous les morts sont de braves types et qu’il est d’usage, dans ces cas, d’appuyer un peu sur l’épithète (comme il est d’usage d’encenser le retraité autour de gobelets en plastique remplis de Blanquette de Limoux), mais quand même… Cette fois, les nécrologues se surpassent. (Parenthèse : notez que la différence essentielle entre la nécrologie et le discours d’adieu au senior fourbu, c’est que, dans le premier cas, on n’est pas obligé de se cotiser pour acheter la canne à pêche ou les boules de pétanque.)

France Culture consacre vingt-quatre heures non stop au héros sud-africain. Z’ont du bosser toute la nuit pour faire l’inventaire d’une vie, prendre des rendez-vous, passer des coups de fil à ceux qui l’ont connu (ou qui connaissent quelqu’un qui connaît quelqu’un qui l’a bien connu), fouiller dans tous les coins, tous les tiroirs, aller renifler toutes les mains qu’il a serrées au cas où quelques-unes ne sentiraient pas très bon, bref, du vrai travail d’investigation. Eh bien, z’ont rien trouvé. Chez Mandela, tout était lisse, propre, net, sans aspérité autre que celle de sa haute et noble détermination. Le pli des pantalons était nickel et les cols de chemise irréprochables, toujours repassés de frais. Oui, bon, d’accord, s’agissant des mains ci-dessus évoquées… OK… y en a bien eu deux ou trois d’un peu gercées par le sang dans lequel elles avaient trempé. Mais… ça ne disqualifie pas le bonhomme. Faut bien comprendre que tout ça…, c’est politique et compagnie, pragmatisme et raison d’état, voire simple fidélité à d’anciens soutiens qu’il n’avait pas le loisir de choisir quand il croupissait sur son île. Mandela était un type « comme ça », point barre.

Qu’on ne se méprenne pas sur le ton que je prends. Loin de moi l’intention de me désolidariser du concert de louanges dont le frais défunt est l’auditeur frustré. Bien au contraire. Simplement, je me souviens que dans les années soixante-dix, je tenais déjà Mandela en haute estime, mais je me sentais alors plus… isolé.

Eh bien j’avais tort. Je découvre depuis ce matin qu’il bénéficiait dès le début d’appuis et de soutien solides, fidèles, inconditionnels. La liste des laudateurs qui se succèdent sur les ondes contient des noms qui ne laissent de me surprendre. Des gens qui avaient bien caché leur jeu et dont j’ignorais qu’ils nourrissaient depuis longtemps, au fond de leur cœur, une admiration sans borne, voire une véritable vénération pour le leader de l’ANC. A tel point que j’ai même cru à un mirage hertzien, à un piratage de France Culture par les « Anonymous » quand j’ai entendu la voix de l’exécrable Michelle Ben Ali… pardon… Alliot-Marie évoquer son adhésion précoce aux valeurs du jeune Thembu. Saviez-vous qu’elle s’était rendue au siège de l’ANC en un temps où celui-ci était encore « très verrouillé » (sic) ? A sa manière – je dis bien « à sa manière » – Michelle Alliot-Marie fut une sœur d’armes du militant, une sorte de Louise Michel péroxydée.

Ça vous en bouche un coin, non ? Evidemment, si vous ne vous intéressez qu’aux larges coups de crayons de la Grande Histoire, c’est le genre d’héroïsme dont vos mémoires n’ont pas gardé la trace. Il est vrai aussi que la discrétion, la pudeur même dont certains ont entouré pendant si longtemps leur engagement aux côtés de Madiba avaient de quoi circonvenir les plus vigilants d’entre les observateurs. Aujourd’hui, ils peuvent enfin parler à visage découvert et révéler les efforts inlassables qu’ils ont déployés en sous-main pour porter l’estocade au méchant apartheid et hâter l’élargissement du héros de la nation arc-en-ciel. Efforts couronnés de succès puisqu’il ne leur aura fallu que vingt-sept ans pour y parvenir.

Mais passons. Car mon intention n’était pas de rendre à Mandela un hommage supplémentaire. Ceux dont il est la cible sont en tout point parfaits et y joindre ma petite voix serait superflu. Non, mon idée de départ – à l’expression de laquelle je vais devoir surseoir pour cause de trop long préambule – était d’évoquer les modalités de construction des mythes et des héros de l’Histoire. Et je me suis souvenu que j’avais déjà traité le dossier sur le présent espace en… 2011. Ce billet, qui sera à peine remanié pour les besoins de la cause, commençait ainsi :

Quand même… le monde est bien fait, non ? Moi, je trouve. N’en déplaise à Voltaire, Leibniz avait raison : “tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles”.

Regardez autour de vous et vous verrez que si le monde (brossé à grands traits) est constitué d’une part des riches et d’autre part des pauvres (les classes dites “moyennes”, ventre mou de l’humanité, sont une calamité et une menace permanente que toute économie libérale un peu sensée s’emploie à réduire comme peau de chagrin), les uns et les autres jouissent de la même félicité. Et même, si j’osais, je dirais que les pauvres sont beaucoup mieux lotis que les riches. Si, si. Et nous l’allons montrer tout à l’heure… (c’est-à-dire demain. A suivre).

CowboyCowboy

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Varsovie : enfin un accord

Les 195 pays de la Convention des Nations Unies sur le climat réunis depuis le 11 novembre à Varsovie sont finalement parvenus à un accord samedi en fin de journée, plus de vingt-quatre heures après la clôture officielle.

Varsovie

CowboyCowboy

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L’espérance de vie… des autres

caveau1J’ai souvent abordé ici la question des retraites. Ici ou ailleurs, d’ailleurs.
Cette question revenant à l’Assemblée, je voudrais y revenir aussi. Dans l’hypothèse où mon humble contribution pourrait alimenter la réflexion du législateur. Non, je plaisante. Je n’ai pas l’oreille des puissants et mes cris ne portent pas très haut. Et puis il n’est pire sourd qui ne veut point entendre. L’heure est aux sacrifices, le peuple en accepte l’augure, les décideurs auraient tort de lui épargner les tauroboles (c’est pas pour faire le kéké mais pour pas répéter « sacrifice ») qu’il est prêt à consentir.
Des arguments existent, marqués au coin du bon sens, ils restent inopérants, incapables d’ébranler le menhir de l’incompréhension et de la servitude volontaire sous lequel nos semblables s’abritent des soleils de l’intelligence et de la lucidité.

C’est –exceptionnellement– pour des raisons personnelles que je reviens sur le dossier.

Figurez-vous que si je vivais sous un gouvernement de gauche, animé de préoccupations sociales et de valeurs de progrès, je serais à la retraite dans une semaine. Compte tenu des dispositions successives prises au cours de la dernière décennie, je devrai encore attendre 14 mois avant de pouvoir prétendre au repos que je mérite. J’entends d’ici des trentenaires harassés, déjà sous le labeur à demi-sommeillant, s’écrier, envieux : « 14 mois ? Une bagatelle ! 14 mois ? Mais à tout prendre, qu’est-ce ? » (de retraite… hi, hi !)

N’en soyez pas si sûr.

14 mois, c’est exactement le temps qu’a pris mon père pour mourir d’un cancer généralisé après son soixantième anniversaire. Je ne nourris pas le même projet, je ne crois pas aux signes, mais bon… facile à dire.

Remarquez, l’homme ne fut pas à plaindre. Il vivait en un temps où la retraite était fixée à 60 ans et où (vous allez rire) il existait un truc complètement ouf, baptisé « pré-retraite » qui lui permit d’abandonner son tour et sa fraiseuse à un âge à peine nubile… 55 ans.

Son frère eut moins de chance. Il partit rejoindre les grandes prairies d’en haut à 51 ans. Qui dit mieux ?

Bref, l’espérance de vie, chez nous… Maintenant, c’est pas qu’on en manquait d’espérance, ou plutôt… d’espoir. Je me souviens. Alors qu’il venait d’atteindre les trente kilos (dans le sens descendant), mon oncle murmurait –entre deux grimaces que lui arrachaient ses escarres sur son lit d’hôpital– « Dès qu’ils vont me laisser partir, je vais me requinquer ». Il a toujours eu de l’humour, mon oncle. Ils l’ont, effectivement… laissé partir, mais bon…

Tout ça pour en venir à une proposition. Au demeurant désintéressée. Je ne voudrais pas, en effet, paraître mesquin et revendiquer ici un reliquat de cotisations dont les miens n’ont pas su profiter. Et puis… dans mon cas, il est trop tard et c’est plié. Mais de même que la prise en compte de la pénibilité constitue une généreuse avancée, ne serait-il pas possible d’envisager la prise en compte des « traditions sanitaires familiales ». Parce que l’augmentation de l’espérance de vie, c’est bien joli, mais je la trouve assez mal partagée.

CowboyCowboy

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