C’est beau un peuple qui se lève, non?

Oui… mais ça dépend à quelle heure.

En mourant de la façon la plus vulgaire, la plus grand-guignolesque, la plus bête et méchante qui soit, l’équipe de Charlie Hebdo a ébranlé le cortège que ses membres ont combattu leur vie durant. Le cortège de l’hypocrisie, de la langue de bois, des amalgames, du mauvais goût, de l’obscénité et, en deux mots, de la profonde, de l’indécapable « bêtise humaine ».

Inconditionnel des Cabu et des Wolinski depuis 40 ans, je le dis, 90% des gens (anonymes ou people) qui ont fait chialer leurs yeux, qui ont crié à la liberté assassinée cette semaine sont des cons, de simples, de sinistres cons.

S’agissant des anonymes, je les connais puisque je les reconnais dans ce même pourcentage parmi mes propres amis. J’ai entendu leurs commentaires, leurs réactions dans la rue ou bien je les ai lus, sur quelques forums, jusqu’à l’écœurement. Bien sûr, il y a les 10% qui pensent, qui pensent juste, qui pensent beau, mais il y a les autres, tous les autres, qui se divisent encore en deux catégories :

Les exaltés, frappés d’étonnement, en pleine catharsis, qui expriment leur soutien, leur solidarité, leur indignation sans réserve avec une candeur et une sincérité qu’on voudrait saluer si leurs slogans et leurs tweets ne suintaient encore d’une indécrottable sottise.

Et puis il y a les abjects qui ne peuvent s’empêcher de s’écrier ou d’écrire : « D’accord, ils étaient irrévérencieux mais… ». Ce sont ceux qui disaient hier : « Je suis pour la liberté d’expression mais… ». On progresse, me direz-vous. Que nenni. Je leur donne huit jours pour revenir à leurs anciennes amours que la Boétie nommait, il y a plus de cinq siècles, la servitude volontaire.

Quant aux people, pour faire court, je n’en citerai que deux. Guy Bedos qui, en 2012, disait simplement de l’équipe de Charlie : « Qu’ils crèvent ». Est-il besoin de préciser que je ne soupçonne pas une seconde M. Bedos d’avoir proféré cette ignominie au premier degré, mais c’est sa condamnation de la ligne éditoriale de Charlie Hebdo qui m’indignait alors et me révulse aujourd’hui.

Je citerai aussi Daniel Cohn-Bendit qui tonitruait l’autre soir « C’est une des dernières formes de l’esprit de mai 68 qui a été assassinée », lui qui, il y a peu, traitait les futurs morts de « cons » et de « masos ». Ils étaient tous les deux dans le défilé. Passons…

Eh oui, en 2005/2006 (au moment des caricatures), en 2011 (lors de l’incendie criminel contre Charlie Hebdo), j’aurais aimé que des millions de Charlie défilassent dans les rues de nos villes. Ça ne s’est pas fait parce que les menaces de mort, les fatwas, l’odeur du sang n’intimident personne (en dehors des victimes potentielles, toujours promptes à surréagir, bien sûr). Seule la vue (mais en gros plan) du sang réveille les consciences, déclenche les réflexes républicains et surtout, surtout, la peur et la haine. Les méchants l’ont compris. Ils savent aujourd’hui qu’il n’est plus nécessaire d’investir des sommes faramineuses pour vous frapper, vous effrayer, vous terroriser. Il n’est plus nécessaire d’entretenir, pendant des années, des taupes dans les pays occidentaux (les indigènes font le turbin), il n’est plus nécessaire de dilapider son argent, pendant des mois, en cours de pilotage. Désormais, il suffit de faire une halte furtive sur l’aire du Caylar (A 75) et d’égorger un berger du Larzac au nom d’Allah pour que, dans la seconde, des banderoles de soutien s’accrochent sur la façade d’un palais de Tokyo et que des millions de gens, partout dans le monde, descendent dans la rue au cri de « Je suis pedzouille ». Les méchants l’ont compris et ça leur ouvre de riantes perspectives. Vous n’avez encore rien vu.

Que faire maintenant pour que ce qui – sans l’ombre d’un doute – se reproduira demain ne se reproduise pas ? « Patriot act », proclament nos élus. Je n’en parlerai même pas.

Je proposerai deux choses (pour commencer). La première consistera à muscler d’urgence notre appareil législatif pour que plus jamais quelque bondieusard que ce soit ne vienne encombrer les prétoires drapé dans sa foi offensée. La loi actuelle y suffit me dit une amie juriste, la réalité me prouve le contraire et je rappelle que le délit de blasphème perdure en Alsace-Lorraine*, une faille que des organisations musulmanes prétendûment modérées ont exploité pour poursuivre Charlie Hebdo devant le tribunal de Strasbourg.

La seconde proposition est plus utopique. La violence, disait Sartre (je crois), est l’argument de ceux qui n’ont rien à perdre. Faites en sorte que les Merah, les Nemrouche, les Kouachi, les Coulibaly aient, eux aussi, quelque chose à perdre. Ils ne respectent rien ? Qu’on leur donne quelque chose à respecter. A commencer par eux-mêmes. L’histoire individuelle des Merah, des Nemrouche, des Kouachi, des Coulibaly est l’histoire d’une longue errance vers le désespoir, vers le mépris de soi et des autres, vers la haine, un parcours que les vrais méchants savent exploiter et… valoriser. Quelques imbéciles m’opposeront que des tas de gens vivent la même vie que les Merah, les Nemrouche, les Kouachi, les Coulibaly sans devenir des tueurs. Je leur répondrai simplement qu’on a bien du bol.

Je ne me fais aucune illusion. Dans un mois, dans quinze jours, dans une semaine, la boucherie de la rue Nicolas Appert sera rangée dans le grand tiroir des tragédies. A quelque chose malheur est bon, il en sortira de nouveaux talents qui égaleront, surpasseront les Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré et Bernard Maris. Paix à leur… Oups ! Qu’ils aillent se faire foutre !

* Alsace-Moselle, m’invite-t-on à corriger.

CowboyCowboy

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Chassez le naturel…

CH_new_2
CowboyCowboy

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Charlie Hebdo nouvelle mouture

Comment préserver le consensus national qui s’est construit autour de Charlie Hebdo et des valeurs qu’il défend tout en garantissant son indépendance et en conservant son esprit corrosif ? Tel était le défi qu’une équipe rajeunie et enrichie de nouveaux talents avait à relever. Et comme le montre la couverture du n° 1178 que The Cowboy and the Comtesse a pu se procurer en avant-première, la ligne éditoriale est sauvée et le pari est gagné. Chapeau !

CH_new

CowboyCowboy

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Ils seront là aussi

Plus que quelques jours pour profiter des soldes sur l’humour et la liberté d’expression.

Abbas_Neta
CowboyCowboy

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Hommage perfide à la presse française

N’en déplaise aux méchants, la presse française est et restera une presse libre. La preuve :
Quelques « Unes » courageuses auxquelles vous avez eu droit le 8 janvier :

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Quelques « Unes » pas courageuses auxquelles vous avez échappé :

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Maintenant, peut-être se sont-ils dit en conférence de rédaction : « Trop fastoche, tout le monde va la faire » pour, au bout du compte… par sécurité et pour éviter les doublons, faire le choix de l’originalité. Dommaaaaaaage !

Ou alors c’était pour ne pas mettre d’huile sur le feu… Ah bon ? Vraiment ?

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Une question pour terminer : si la presse française avait eu les couilles de faire ça, l’infâme Boubakeur (cf. billet du 7 janvier) aurait-il appelé ses troupes à se joindre au défilé de dimanche ? Franchement, ça aurait valu le coup de voir.

CowboyCowboy

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Respect mon c… !

Crocodile_tearsJ’ai reçu, jeudi, jour de la minute de silence et du plus-ou-moins débat en classe, le message suivant d’une collègue :

Dur, dur cet après-midi avec les 1e STMG : « Mais quand même madame, ils ont exagéré avec les caricatures ».

Que faire ? semble-t-elle demander (même si je la crois capable de gérer ce genre de situation).

Ma première réaction est de répondre qu’à l’évidence, il y a du boulot. Il y a des couches et des couches à décaper avant d’atteindre là où c’est tendre, là où c’est fertile, là où l’intelligence et la raison accrochent. Mais ce boulot, quelle que soit son envergure, est devenu ces jours-ci plus urgent que jamais.

Et comme je suis un peu mutin, comme je ne respecte rien, j’ai envie d’ajouter : Ma foi, on récolte ce qu’on a semé. A force de leur enseigner le respect aux gosses, ça marche. Il serait peut-être temps de leur enseigner l’irrespect. Non ?

Car là est bien le problème. La question, la grande question du « respect ». Les parents enseignent le respect à leurs enfants, l’école fait de même… les curés et les imams aussi. Mais parle-t-on du même respect ?

Pour le faire « pédagogique », je propose de partir de la définition du dictionnaire (à laquelle on voudra bien se reporter pour approfondissement – c’est intéressant).

En gros, il y a deux défintions du mot « respect » :

1- Sentiment qui incite à traiter quelqu’un avec égards, considération, en raison de son âge, de sa position sociale, de sa valeur ou de son mérite.
2- Sentiment de vénération, attitude de révérence envers le sacré.

A partir de là, ce qu’il faut que ces gosses comprennent (hélas, leurs aînés aussi), c’est que ces définitions excluent les idées – et a fortiori les croyances fondées sur des fantasmes – du champ du « respectable ». Les idées invitent à la prise en considération mais surtout, disons le mot, à la simple tolérance, pas au respect.

Non, les idées ne sont pas respectables (bon, les miennes, d’accord, mais si on commence à m’interrompre avec des évidences, je ne suis pas au bout de ma démonstration). Les idées ne sont pas respectables, la vie humaine, en revanche, l’est. Et mettre les idées sur le même plan que la vie humaine, c’est le début de la barbarie. Et qu’on ne vienne pas m’opposer qu’on puisse éventuellement mourir pour des idées, je le sais, mais rappelle qu’on n’en vient à ces extrémités que lorsque, précisément, il est trop tard.

Et pourquoi les idées ne sont-elles pas respectables ? Pour la bonne et simple raison que le concept de respect repose sur l’ambiguïté entretenue par son double sens. Non, je ne respecte pas les idées de mes adversaires, je les tolère et ils doivent s’en contenter. Si je me mets à les respecter, donc à les vénérer, autant faire une croix sur les miennes. Non, je ne respecte pas les idées de mes adversaires, je les entends et les tolère avant de les combattre. C’est ce que faisaient Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, oncle Bernard et les autres.

CowboyCowboy

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Elise Lucet pas grand chose

Elise_LucetDepuis ce matin, sur France 2, minute par minute, Elise Lucet nous assure, minute par minute, qu’elle nous tiendra au courant, minute par minute, de tout ce que, minute par minute, elle ignore. Pour remplir les rares blancs que son grand professionnalisme réduirait de toute manière à la portion congrue, Elise Lucet accueille sur son plateau, des chroniqueurs et des experts de tout poil dont certains nous disent qu’ils se garderaient bien de nous en dire davantage afin de ne pas nuire aux opérations en cours.

Et puis, tout à trac, Elise Lucet pose la question que nous reproduisons sur l’image. A notre tour, une question à Elise Lucet : « Et si on les en privait de ces images, quitte à nous en priver aussi ? Qu’en dites-vous ? Si on laissait – conformément à la formule consacrée – la police faire son travail ? Est-ce qu’on ne contribuerait pas, éventuellement, à la résolution de ces situations dramatiques ? »
Enfin, ce que j’en dis…

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