En lisant Valéry (7)

« (…) l’enthousiasme, cette foudre stupide, apprenez à le mettre en bouteilles, à le faire courir sur des fils dociles. Séparez-le des objets ridicules où la foule l’éprouve et l’attache. Ridicules, car ils sont tels et tels, et non ceux que vous voulez. Brûlez, brillez mais seulement à votre commandement, – et, méprisant toute chose particulière, retirez un pouvoir de partout. Cependant, mille choses sont constamment nulles, si l’on veut. Leur néant est à votre disposition… Tenez, tous les sots se réclament de l’humanité et tous les faibles de la justice; ayant, les uns et les autres, intérêt à la confusion. Évitons le troupeau et la balance de ces Justes si mal appris; frappons sur ceux qui veulent nous faire semblables à eux. Rappelez-vous tout simplement qu’entre les hommes il n’existe que deux relations: la logique ou la guerre. Demandez toujours des preuves, la preuve est la politesse élémentaire qu’on se doit. Si l’on refuse, souvenez-vous que vous êtes attaqué et qu’on va vous faire obéir par tous les moyens. Vous serez pris par la douceur ou par le charme de n’importe quoi, vous serez passionné par la passion d’un autre; on vous fera penser ce que vous n’avez pas médité et pesé; vous serez attendri, ravi, ébloui; vous tirerez des conséquences de prémisses qu’on vous aura fabriquées, et vous inventerez, avec quelque génie, – tout ce que vous savez par cœur. »

Dialogue ou nouveau fragment relatif à Monsieur Teste, Gallimard L’Imaginaire, page 109.

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