En lisant Schopenhauer (20)

Ce vers d’Ovide: Tandis que les autres animaux ont la face courbée vers la terre [Pronaque cum spectent animalia cetera terram], Les Métamorphoses, Livre I, ne s’applique en réalité, au sens physique, qu’aux animaux; mais, au sens figuré et intellectuel, il s’applique malheureusement aussi à la plupart des hommes. Toutes leurs idées, pensées et aspirations sont tendues vers la jouissance et le bien-être matériels, ou vers l’intérêt personnel, dont la sphère renferme toutes sortes de choses qui ne tirent leur importance que de leurs rapports avec celui-ci; ils ne s’élèvent pas plus haut. C’est ce que témoignent non seulement leur manière de vivre et leur conversation, mais leur seul aspect, leur physionomie et son expression, leur tournure, leurs gestes. Tout chez eux crie: in terram prona! [Penche-toi vers la terre], Salluste. Ce n’est donc pas à eux, mais seulement aux natures nobles et bien douées, aux hommes qui pensent et s’interrogent véritablement, qui apparaissent comme des exceptions parmi leur race, que s’appliquent les vers suivants: Os homini sublime dedit, cœlumque tueri / Jussit, et erectos ad sidera tollere vultus. [(le fils de Japhet) donna à l’homme un front élevé, lui ordonna de contempler les cieux et de lever ses regards vers les astres.] (Les Métamorphoses, Livre I)

Parerga et paralipomena, Arthur Schopenhauer, Observations psychologiques, Bouquins, Éditions Robert Laffont, 2020, page 546.

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