En lisant les Anciens (40)

Ovide, Les Amours

ÉLÉGIE IV

Toutes les femmes lui plaisent.

Je ne viens point défendre, ici, mes folles mœurs,
Donner le change sur mes vices.
Si l’aveu peut servir, avouons nos erreurs;
Défilez, amoureux caprices.
Je vous hais, vous chéris et me meurs de regrets
Qu’un joug forcé nous importune!
La passion m’emporte et brise mes agrès:
Tel l’esquif, jouet de Neptune.
D’une seule beauté mon cœur n’est point épris;
J’ai cent motifs d’aimer sans cesse.
Vois-je des yeux baissés, un modeste souris,
La pudeur accroît mon ivresse.
Un regard provocant, sur de moelleux coussins
Me promet des jeux de Bacchante.
L’air farouche et rigide, imité des Sabins,
Voile, je pense, une âme ardente.
Est-on docte? louange à de rares talents!
Ignorante? gloire aux naïves!
Callimaque a des vers près des miens peu coulants:
Toi qui le dis, tu me captives.
Celle-ci critiqua ma muse et ses accords?
Je voudrais la prendre à la taille.
Nonchalante, on me plaît; et raide, ce beau corps
S’assouplira, livrant bataille.
L’une égrène, en chantant, les perles de sa voix;
J’aspire à ces lèvres charmantes.
L’autre parcourt la lyre avec de légers doigts:
Qui n’aimerait mains si savantes?
Et ces bras arrondis, et ce pas cadencé
D’où le geste lascif s’échappe?
Ne parlons pas de moi que tout rend insensé:
Vienne Hippolyte, et c’est Priape!

Toi, si grande, en ton port Andromaque revit;
Au lit tu tiens royale place.
La petite a du nerf. Chacune me ravit:
Mignonne ou grande bien s’enlace.
Sans parure êtes-vous? que l’éclat vous siérait!
Ornée, au complet sont vos charmes.
Blonde ou brune, on m’attire, et mon cœur, nouveau trait,
Aux Vénus noires rend les armes.
J’aime d’obscurs cheveux, épars sur un col blanc;
Ceux de Léda furent d’ébène.
Vivent les blonds! l’Aurore a le front rutilant:
L’histoire encourage ma veine.
L’âge fleuri m’est doux, l’âge mûr me séduit.
L’une brille, l’autre est adroite.
Enfin tout ce que Rome en beau sexe produit,
Ma flamme immense le convoite.

Ovide, Les Amours, Livre II, Élégie IV, traduction par le comte de Séguier, Éditions A. Quantin, 1879, pages 64 à 66.

(Traduction en prose de Jacques Mangeart)

Cet article, publié dans Culture, Littérature, Poésie, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s