En lisant les Anciens (21)

(De la mort)

(…) tout vivant, quand il se met devant les yeux son futur cadavre, à l’instant où les oiseaux et les bêtes sauvages le déchirent dans la mort,
pleure sur lui-même; il ne se sépare pas de cet objet,
il ne s’éloigne pas assez du cadavre étendu,
il s’imagine être lui, et lui communique sa sensibilité, debout à côté de lui.
C’est ce qui fait qu’il se plaint d’avoir été créé mortel;
et il ne voit pas que dans la vraie mort il n’y aura pas d’autre lui-même
qui puisse, vivant, pleurer sa propre fin,
et debout auprès du gisant, gémir d’être déchiré ou brûlé.
(…)
S’ils voyaient clairs dans leur esprit et étaient conséquents avec leurs paroles,
ils délivreraient leur esprit d’une grande angoisse et d’une grande peur.
Toi, en tout cas, tel tu es endormi dans la mort, tel tu resteras
pour le reste des siècles, exempt de toutes douleurs et souffrances.
Mais nous, près de ton corps réduit en cendres sur ce bûcher horrible,
insatiablement nous pleurons, et cette éternelle
tristesse, aucun jour ne nous l’enlèvera du cœur.

De natura rerum, Lucrèce, Livre III, Anthologie bilingue de la poésie latine, Bibliothèque de la Pléiade, 2020, pages 213 à 215.

Voir la série Les Anciens 1.

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