En lisant Flaubert (1)

(des pierres de Carnac et de l’archéologie celtique)

Le 1er mai 1847, Gustave et son ami Maxime quittent Paris par le chemin de fer de la gare d’Orléans. (…) Première étape: les châteaux de la Loire, et au-delà, une Bretagne « primitive » que ne sillonnent ni réseau de chemin de fer ni touristes et où « l’on ne trouvait guère que des chemins creux surplombés par des haies dont les ronces et les clématites s’entrelaçaient autour des houx ». (dans Pamphlétaires et ironistes du XIXe siècle – Courier – Mérimée – Quinet – Flaubert, L’Archange Minotaure, 2002)

Voilà donc ce fameux champ de Carnac qui a fait écrire plus de sottises qu’il n’a de cailloux; il est vrai qu’on ne rencontre pas tous les jours, des promenades aussi rocailleuses. Mais, malgré notre penchant naturel à tout admirer, nous ne vîmes qu’une facétie robuste, laissée là par un âge inconnu pour exerciter l’esprit des antiquaires et stupéfier les voyageurs. On ouvre, devant, des yeux naïfs et, tout en trouvant que c’est peu commun, on s’avoue cependant que ce n’est pas beau. Nous comprîmes donc parfaitement l’ironie de ces granits qui, depuis les Druides, rient dans leurs barbes de lichens verts à voir tous les imbéciles qui viennent les visiter. Il y a des gens qui ont passé leur vie à chercher à quoi elles servaient et n’admirez-vous pas d’ailleurs cette éternelle préoccupation du bipède sans plumes de vouloir trouver à chaque chose une utilité quelconque? Non content de distiller l’océan pour saler son pot-au-feu et de chasser les éléphants pour avoir des ronds de serviette, son égoïsme s’arrête encore lorsque s’exhume devant lui un débris quelconque dont il ne peut deviner l’usage.

Flaubert énumère ensuite, sur le même ton, les diverses hypothèses formulées par de soi-disant savants pour expliquer l’origine des alignements de Carnac, avant de conclure :

Après avoir exposé les opinions de tous les savants cités plus haut, (…) si l’on me demande à mon tour, quelle est ma conjecture sur les pierres de Carnac, car tout le monde a la sienne, j’émettrai une opinion irréfutable, irréfragable, irrésistible, (…) et cette opinion la voici: les pierres de Carnac sont de grosses pierres.

Des pierres de Carnac et de l’archéologie celtique, Pamphlétaires et ironistes du XIXe siècle, Flaubert, L’Archange Minotaure, 2002, pages 16 à 28.

Par les champs et par les grèves, Gustave Flaubert, Librairie de France (édition du centenaire), 1924, pages 68 à 75.

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