En lisant Franz Kafka (7)

Résolutions

Sortir d’un état de détresse doit être facile même en employant à cela une énergie de commande. Je m’arrache à mon fauteuil, m’élance autour de ma table, remue ma tête et mon cou, mets une flamme dans mon regard et tends les muscles autour de mes yeux. Je lutte contre tout sentiment, salue A. avec fougue s’il doit venir à l’instant, tolère amicalement la présence de B., bois à longs traits tout ce qui est dit chez C. malgré ma douleur et ma peine.
Mais quand il en irait ainsi, tout, le facile et le difficile, s’arrêtera à la moindre faute, qui ne manquera pas de se produire, et il me faudra parcourir le cercle en sens inverse.
C’est pourquoi mieux vaut encore tout accepter; se conduire en masse pesante et, dût-on se sentir emporté par le vent, ne pas consentir à un seul pas inutile; regarder l’autre avec un regard de bête; ne ressentir aucun remords, bref, écraser de sa propre main ce fantôme qui reste encore de la vie, c’est-à-dire ajouter encore au dernier silence sépulcral et ne plus rien laisser subsister que lui.
Un geste caractéristique des états de ce genre consiste à se passer le petit doigt sur les sourcils.

Résolutions, Récits I, volume IV, Cercle du livre précieux, 1964, page 24, traduction de Marthe Robert.

Voir aussi dans la traduction de Claude David, Œuvres complètes, Tome II, Bibliothèque de la Pléiade, (édition 1980) page 174.

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