En lisant Victor Hugo (3)

LES CHÂTIMENTS
Nox
VI

Un mois après, cet homme(1) allait à Notre-Dame.

Il entra le front haut; la myrrhe et le cinname
Brûlaient; les tours vibraient sous le bourdon sonnant;
L’archevêque était là, de gloire rayonnant;
Sa chape avait été taillée en un suaire;
Sur une croix dressée au fond du sanctuaire
Jésus avait été cloué pour qu’il restât.
Cet infâme apportait à Dieu son attentat.
Comme un loup qui se lèche après qu’il vient de mordre,
Caressant sa moustache, il dit: — J’ai sauvé l’ordre!
Anges, recevez-moi dans votre légion!
J’ai sauvé la famille et la religion! —
Et dans son œil féroce, où Satan se contemple,
On vit luire une larme… — O colonnes du temple,
Abîmes qu’à Patmos vit s’entr’ouvrir saint-Jean,
Cieux qui vîtes Néron, soleil qui vis Séjan,
Vents qui jadis meniez Tibère vers Caprée
Et poussiez sur les flots sa galère dorée,
O souffles de l’aurore et du septentrion,
Dites si l’assassin dépasse l’histrion!

16-22 novembre, Jersey.

(1) Louis Napoléon Bonaparte.
Victor Hugo, Œuvres complètes, Éditions André Martel, volume XVIII, pages 16/17

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