En lisant les Anciens (7)

Sénèque, Lettres à Lucilius.

(ce qui est gratuit coûte souvent bien cher)

Sachons donc voir que ce qui provoque notre ambition et nos efforts si laborieux ou ne renferme nul avantage, ou offre encore plus d’inconvénients. Telle chose est superflue, telle autre ne vaut pas notre peine. Mais notre prévoyance ne va pas si loin, et nous appelons gratuit ce qui coûte le plus cher. Ô stupidité de l’homme! Il s’imagine ne payer que ce qui vide sa bourse, et obtenir pour rien ce pour quoi il se donne lui-même. Ce qu’il ne voudrait pas acheter, s’il fallait, en échange, livrer une maison, une propriété d’agrément ou de rapport, il est tout prêt à l’acquérir à prix d’inquiétudes, de dangers, de temps, de liberté, d’honneur. Tant l’homme n’a rien qu’il prise moins que lui-même! Que ne fait-il donc en tout projet et pour toute chose ce que fait quiconque entre chez un marchand? L’objet qu’on désire, à quel prix sera-t-il livré? Souvent le plus dispendieux est celui qu’on reçoit pour rien. Que d’acquisitions, que de présents je puis te citer qui nous ont arraché notre indépendance! Nous nous appartiendrions, s’ils ne nous appartenaient pas.

Lettres à Lucilius, Lettre XLII, traduction par J. Baillard.

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