En lisant les Anciens (1)

Ovide (Publius Ovidius Naso), né en 43 av. J.-C. à Sulmone dans le centre de l’Italie (un an après l’assassinat de Jules César) et mort en 17 ou 18 ap. J.-C., en exil à Tomis (l’actuelle Constanţa en Roumanie). Ses œuvres les plus connues sont l’Art d’aimer et les Métamorphoses. Il est adolescent lorsque Auguste s’empare du pouvoir pour transformer la République en Empire, et meurt trois ans après la mort de ce premier empereur (d’après Wikipedia).

« Les Amours »,
Élégie IX, Livre I
(traduit par Jacques Mangeart)

Tout amant est soldat, et Cupidon a son camp; oui, Atticus, crois-moi, tout amant est soldat; l’âge qui convient à la guerre est aussi celui qui convient à Vénus. Fi d’un vieux soldat! Fi d’un vieil amant! L’âge que veut un général dans un brave soldat est celui que demande une jeune beauté dans le possesseur de ses charmes; ils veillent l’un et l’autre; tous deux ils couchent sur la dure; tous deux font sentinelle, l’un à la porte de sa belle, l’autre à la porte de son général. Que de chemin n’a pas à faire le soldat! l’amant, quand sa maîtresse est exilée, la suivra, intrépide, jusqu’au bout du monde. Il franchira les plus hautes montagnes et les fleuves grossis par les orages; il traversera les neiges amoncelées. Faut-il passer des mers? Il ne prétextera point les vents déchaînés; il ne cherchera point le temps propice à la navigation. Quel autre qu’un soldat ou un amant bravera la fraîcheur des nuits et les torrents de pluie mêlés de neige? L’un est envoyé au-devant de l’ennemi comme éclaireur; l’autre a les yeux fixés sur son rival comme sur un ennemi. Celui-là assiège les villes menaçantes, celui-ci la maison de son inflexible maîtresse: plus ou moins grandes, tous deux ils enfoncent des portes.
On fut souvent vainqueur, pour avoir pu surprendre un ennemi plongé dans le sommeil, et tuer, l’épée à la main, une armée sans défense. Ainsi furent égorgés les farouches bataillons du Thrace Rhésus qui se vit enlever ses coursiers trop fameux. Souvent aussi les amants savent profiter du sommeil des maris, et tourner leurs armes contre l’ennemi. Le soin d’échapper à la vigilance des gardes et des sentinelles tient toujours en haleine le soldat et de l’amant.
Mars est douteux, et Vénus n’a rien d’assuré : les vaincus se relèvent et ceux qui vous semblaient ne pouvoir être renversés tombent à leur tour. Qu’on cesse donc d’appeler l’amour une lâcheté: il faut une âme à toute épreuve pour aimer. Achille brûle pour Briséis ravie à son amour: pendant que sa douleur vous le permet, Troyens, brisez les forces de la Grèce. Des embrassements d’Andromaque Hector courait aux armes: c’était son épouse qui lui couvrait la tête de son casque. Le premier des chefs de la Grèce, le fils d’Atrée, à la vue de la fille de Priam, les cheveux épars à la manière des bacchantes, resta, dit-on, interdit d’admiration. Mais lui-même fut pris dans les filets qu’avait forgés Vulcain: nulle histoire ne fit plus de bruit dans le ciel. Moi-même j’étais lent et né pour ne rien faire: le lit et le repos avaient amolli mon âme. Le soin d’une jeune beauté mit un terme à mon apathie: elle m’enjoignit de faire mes premières armes à son service. Depuis ce temps, tous me voyez agile, et toujours occupé de quelque expédition nocturne. Voulez-vous ne point être un lâche? Aimez.

« Les amours », Livre I, Élégie IX, Garnier Frères, Librairies-Éditeurs, 1883, pages 24 à 26.

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