L’espérance de vie… des autres

caveau1J’ai souvent abordé ici la question des retraites. Ici ou ailleurs, d’ailleurs.
Cette question revenant à l’Assemblée, je voudrais y revenir aussi. Dans l’hypothèse où mon humble contribution pourrait alimenter la réflexion du législateur. Non, je plaisante. Je n’ai pas l’oreille des puissants et mes cris ne portent pas très haut. Et puis il n’est pire sourd qui ne veut point entendre. L’heure est aux sacrifices, le peuple en accepte l’augure, les décideurs auraient tort de lui épargner les tauroboles (c’est pas pour faire le kéké mais pour pas répéter « sacrifice ») qu’il est prêt à consentir.
Des arguments existent, marqués au coin du bon sens, ils restent inopérants, incapables d’ébranler le menhir de l’incompréhension et de la servitude volontaire sous lequel nos semblables s’abritent des soleils de l’intelligence et de la lucidité.

C’est –exceptionnellement– pour des raisons personnelles que je reviens sur le dossier.

Figurez-vous que si je vivais sous un gouvernement de gauche, animé de préoccupations sociales et de valeurs de progrès, je serais à la retraite dans une semaine. Compte tenu des dispositions successives prises au cours de la dernière décennie, je devrai encore attendre 14 mois avant de pouvoir prétendre au repos que je mérite. J’entends d’ici des trentenaires harassés, déjà sous le labeur à demi-sommeillant, s’écrier, envieux : « 14 mois ? Une bagatelle ! 14 mois ? Mais à tout prendre, qu’est-ce ? » (de retraite… hi, hi !)

N’en soyez pas si sûr.

14 mois, c’est exactement le temps qu’a pris mon père pour mourir d’un cancer généralisé après son soixantième anniversaire. Je ne nourris pas le même projet, je ne crois pas aux signes, mais bon… facile à dire.

Remarquez, l’homme ne fut pas à plaindre. Il vivait en un temps où la retraite était fixée à 60 ans et où (vous allez rire) il existait un truc complètement ouf, baptisé « pré-retraite » qui lui permit d’abandonner son tour et sa fraiseuse à un âge à peine nubile… 55 ans.

Son frère eut moins de chance. Il partit rejoindre les grandes prairies d’en haut à 51 ans. Qui dit mieux ?

Bref, l’espérance de vie, chez nous… Maintenant, c’est pas qu’on en manquait d’espérance, ou plutôt… d’espoir. Je me souviens. Alors qu’il venait d’atteindre les trente kilos (dans le sens descendant), mon oncle murmurait –entre deux grimaces que lui arrachaient ses escarres sur son lit d’hôpital– « Dès qu’ils vont me laisser partir, je vais me requinquer ». Il a toujours eu de l’humour, mon oncle. Ils l’ont, effectivement… laissé partir, mais bon…

Tout ça pour en venir à une proposition. Au demeurant désintéressée. Je ne voudrais pas, en effet, paraître mesquin et revendiquer ici un reliquat de cotisations dont les miens n’ont pas su profiter. Et puis… dans mon cas, il est trop tard et c’est plié. Mais de même que la prise en compte de la pénibilité constitue une généreuse avancée, ne serait-il pas possible d’envisager la prise en compte des « traditions sanitaires familiales ». Parce que l’augmentation de l’espérance de vie, c’est bien joli, mais je la trouve assez mal partagée.

CowboyCowboy

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6 commentaires pour L’espérance de vie… des autres

  1. Cejy Revanfos dit :

    Hé bien, Cowboy, je vous trouve bien pessimiste aujourd’hui. J’ai moi-même quelques ancêtres en ligne directe qui ont cassé leur pipe bien avant mon âge actuel. La génétique est loin d’être déterminante dans cette affaire et normalement plus on avance en âge , plus on devient serein.
    J’en suis d’ailleurs à m’interroger sur ce paradoxe : comment se fait-il que l’on soit content d’être vivant alors qu’on ne peut être mécontent d’être mort….!?

    • Cowboy dit :

      Cejy,
      « Normalement, dites-vous, plus on avance en âge, plus on devient serein ». Je trouve que l’adverbe manque un peu de conviction. En tout cas, personnellement, je tiens seulement pour vrai que « plus on avance en âge, plus on vieillit ». Quant à la sérénité…
      Je vous signale enfin que vos deux derniers pseudos sont « Revanfos » et « Crevanfos ». Les sonorités obtenues ne font pas de vous un promoteur crédible de cette sérénité 🙂

  2. Hey, Cow-Boy ! It’s been a long time !

    Pour les retraites, il faudrait que Hollande s’en préoccupe autant qu’avant son élection…

    Content de te retrouver (et n’oublie pas de mettre ta blogroll à jour : http://hadominique75.wordpress.com

    • Cowboy dit :

      Bonsoir l’ami,
      (et félicitations pour la qualité de ton anglais).
      Il ne s’agit pas d’un retour mais d’une simple incursion. Je passe de temps en temps (j’avais écrit « pense de temps en temps »… p… d’inconscient…) épousseter les étagères et arroser les plantes. Rien de plus.
      J’avais néanmoins noté ta nouvelle migration (tu me fais penser que je n’ai ni vu ni entendu les grues cette année) sans mettre ma blogroll à jour. Je m’en occupe derechef.
      Bien à toi.

  3. JPhi dit :

    Loin de moi l’idée d’appuyer où ça fait mal en insistant sur le manque de savoir-vivre récurrent des mâles dans cette lignée. Les abus répétés de produits plus ou moins licites -en tout cas fortement déconseillés par l’académie- n’incitant guère à la pitié…
    Je souhaitais juste apporter ma petite contribution à ces réflexions qui vont bientôt me concerner aussi si j’en crois le courrier reçu il y a peu qui récapitule mes trimestres acquis.
    La ligne d’arrivée s’éloignant aussi sûrement que je m’en approche, l’idée de revenir à des pratiques qui ont fait leurs preuves il n’y a pas si longtemps (à l’échelle de l’humanité). Il me semble qu’il fut un temps où la conscription était « négociable ». Les pauvres l’étant de plus en plus (et la vie étant bien faite, les riches aussi, juste par souci d’équilibre), on pourrait imaginer un système de revente de ses trimestres acquis. Les pauvres n’ayant statistiquement que peu de chances de profiter longtemps de leur retraite – et dans quelle condition de toutes façons- autant que cette manne profite à des gens qui auraient les moyens d’en profiter et avec sûrement plus de goût. En cette période de disette, les pauvres pourraient ainsi -de leur vivant- manger, se loger et se vêtir décemment et par contrecoup relancer ainsi l’économie et la consommation. Tout bénef.
    J’entends déjà les hurlements et les critiques.
    Oui, je sais, il y a un risque… Que les pauvres ainsi mieux nourris et logés ne vivent plus longtemps et ne coûtent cher à la collectivité en soins divers. Hypothèse qu’une analyse poussée réfutera vite. N’oublions pas qu’un métier pénible de pauvre n’aide pas à prolonger son espérance de vie. Le pauvre sera donc délivré de son existence aussi rapidement qu’avant, sans surcoût pour ses contemporains plus aisés.
    Gagnant/gagnant, non ?
    Le cow-boy, faisant partie des nantis, ne pourra que souscrire à cette proposition et verra le problème de ses 14 mois manquants rapidement résolu…

    • Cowboy dit :

      Je prends acte du postulat selon lequel je ferais partie des nantis. Même si je vois mal ce qui peut vous le laisser supposer.
      En tout cas -et en préambule-, il faut que vous sachiez une chose : il ne me manque pas 14 mois. J’ai mes trimestres… MOI. Ils sont là, bien alignés, par groupes de 4, comme des militaires à la parade, sur le document récapitulatif que mon administration vient de me faire parvenir. Il n’en manque pas un. Les 14 mois qu’il me reste à faire sont ceux qui me séparent de l’âge légal scélératement fixé à 61 ans et 2 mois pour les ultimes et tardifs coups de reins du baby-boom dont je fais partie. Ainsi, quand je partirai, je serai en « surcote », laquelle –vous vous en doutez- n’est pas mesurée à la même aune que la « décote ». Celle-ci est creusée au bulldozer, celle-là abondée avec une pince à sucre.

      Mais passons. Je devine, à la lecture de votre commentaire, que vous devez être un jeune quinqua. Autant le dire, la pire tranche d’âge. Vos cadets auront grandi dans l’idée que le concept même de retraite est un concept suranné et ils s’accommoderont de leur triste sort. Peut-être –les naïfs- vont-ils même se ruer sur le miroir aux alouettes des « complémentaires » qui leur permettront de goûter les délices des privations avant même d’être un senior perclus de rhumatismes. Pour ce qui vous concerne, trop tard ! Souscrire aujourd’hui ne vous rapporterait que des picaillons.

      Alors acheter des trimestres de « pauvres » ? Pourquoi pas ? On a bien vendu des points de permis sur Internet. Je gage que ce genre de transaction sera bientôt possible. Mais à quel taux, y avez-vous pensé ?
      C’est pourquoi, plus sérieusement, je vous conseille de vous tourner vers des nantis de mon espèce, confortablement installés au dernier échelon de leur corps d’élite, les poches bourrées de bons gros points IRCANTEC (comme autant de promesses d’îles grecques). Si mes calculs sont exacts, je devrais terminer avec un excédent de 5 trimestres. 5 trimestres que je céderai à l’encan sur Ebay ou le Bon Coin. Je suis prêt à recevoir dès à présent votre première enchère.

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