Tous les Guéant se valent (2)

(suite du billet du 9/2/2012)

Rappel de l’énoncé : « Toutes les civilisations ne se valent pas ».

Donc, disais-je –ou du moins m’apprêtais-je à le faire-, les réactions indignées et consécutives à cette nouvelle éructation guéantienne semblent s’être focalisées sur une seule partie de l’énoncé incriminé : « ne se valent pas ». A l’autre extrémité, le terme (et surtout le concept) de « civilisations » (au pluriel) sont passés comme une lettre à la poste ; ou, selon la terminologie linguistique, comme un présupposé.

Le présupposé –dont nous avons souvent parlé ici– est un truc du feu de Dieu qui, l’air de rien, nous permet quotidiennement de faire de considérables économies de salive. Ainsi, si j’annonce tout à trac ici : « je viens d’acheter une nouvelle montre à ma femme », je porte à votre connaissance une flopée d’informations dont mon sibyllin propos n’est a priori pas porteur (je suis marié / ma femme avait une ancienne montre / elle sait probablement lire l’heure / je dispose des moyens financiers m’autorisant ce genre de dépenses / mon achat est récent / je suis un type attentionné / je parle un français exempt de scories, etc.).

Il en va de même chaque fois que vous ouvrez la bouche. Pour une information que vous croyez donner, vous en balancez dix, vingt, trente, en loucedé. Parfois d’ailleurs à votre insu. Lorsque Guéant nous dit « Toutes les civilisations ne se valent pas », vous conviendrez avec moi qu’il nous dit très clairement qu’il est un sale con alors qu’il n’avait, selon toute vraisemblance, aucune intention de nous le faire savoir ou –du moins– de nous le confirmer.

Bref, au fait. Et à cette fin, examinons deux définitions de « civilisation » empruntées au TLF (c’est moi qui souligne) :

1. Fait pour un peuple de quitter une condition primitive (un état de nature) pour progresser dans le domaine des mœurs, des connaissances, des idées.

2. État plus ou moins stable (durable) d’une société qui, ayant quitté l’état de nature, a acquis un haut développement.

Un fait et un état… On le voit (ou alors il va falloir me croire), nous avons, d’une part (sens 1) un emploi imperfectif du mot (qui exprime une action envisagée dans son déroulement, donc dans la durée) et d’autre part (sens 2), un emploi perfectif (qui envisage le procès dans son terme).

Ainsi, qui dit « civilisation » envisage soit un processus en cours, soit le résultat de ce processus. La comparaison est audacieuse mais me séduit trop pour que je m’en prive : il y a entre le sens 1 et le sens 2 de « civilisation », le même écart qu’entre la « dentition » et la « denture ». Eclairant, non ?

En affirmant que « toutes les civilisations ne se valent pas », Guéant fait le pari (réussi) qu’on ne questionnera pas son présupposé, qu’on ne le contestera pas et qu’on verra dans « civilisation » un état, l’aboutissement d’un processus.

A partir de là, il n’a plus qu’à montrer du doigt et c’est gagné. Car les présupposés, c’est la bouteille à l’encre. Tu en laisses passer un, dix autres s’engouffrent dans la brèche. Le contradicteur doit alors détricoter toute la chaîne argumentaire pour remonter jusqu’à la première arnaque. Et ça devient une impossible croisade dialectique. En évoquant (et en dénonçant, le cher homme) l’oppression dont les femmes seraient victimes ici ou là (et surtout Allah) Guéant feint de croire (présuppose) que  ce serait un choix de « civilisation ».

En nous imposant le sens 2 de « civilisation », Guéant peut compter autant de civilisations qu’il existe de pays. En revanche, en posant le postulat que la civilisation est avant tout (sens 1 que diable !) « le fait pour un peuple de quitter une condition primitive (un état de nature) pour progresser dans le domaine des mœurs, des connaissances, des idées », on pose que la « civilisation » est « une », qu’il n’existe qu’un seul et unique processus civilisationnel (à des stades d’avancement divers) comme il n’existe qu’une seule race : la race humaine.

Car qu’on ne s’y trompe pas, la dialectique guéantienne n’est ni plus ni moins que la réhabilitation de la vieille théorie sur l’inégalité des races. Simplement, le passé et la très mauvaise réputation de cette dernière la rendent peu fréquentable et Claude Guéant sait se tenir.

3500 signes… J’ai encore été trop long. (A suivre).

Cowboy

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19 commentaires pour Tous les Guéant se valent (2)

  1. Ce Gobineau de petite envergure (malgré ses ailes) sera renvoyé dans sa case, sa hutte et son abri de feuilles après le 6 mai. Le régime politique nouveau lui montrera qu’il est, lui, civilisé.

    • Cowboy dit :

      Puissiez-vous avoir raison, Dominique, mais depuis quelque temps, vous me paraissez résolument optimiste quant à la trogne qui s’affichera sur mon écran, le 6 mai, à 20 h. Faute d’être un disciple de Gobineau (ce dont je vous félicite) ne seriez-vous pas un émule du docteur Coué ? 🙂

  2. totolezheros dit :

    pfuuuh, là, j’ai rien compris…

    • Cowboy dit :

      Totolezheros,
      Vous ne comprenez pas ? C’est normal. Changez de pseudo et vous verrez que tout de suite…
      Bon, allez, je déconne, c’est pour rire. D’ailleurs, vous allez voir, je vais être encore plus « salaud » avec Michèle. 🙂

  3. Hervé dit :

    Dominique, je ne connais pas de Gobineau de grande envergure. Tout Gobineau est petit. Précisons pour toto qu’Antoine de Gobineau est un « théoricien » français de l’inégalité des races au XIXe siècle, et que ses écrits ont influencé à la fois le nazisme et les arguments des colonisateurs européens de l’Afrique et de l’Asie.

    • Cowboy dit :

      Très bien, RV, le décodage du présupposé Hasselmannien. Je vous mets 18 et je vous propose pour les féloches au prochain conseil de classe. 🙂
      PS Antoine de Gobineau s’appelle en vérité Arthur.

    • totolezheros dit :

      Merci, Hervé , je connaissais 🙂 c’est au billet de cowboy que j’ai eu les neurones embrouillés.
      Mais grâce à ta remarque j’ai pu découvrir le blog de Posuto, et je vais le mettre dans ma liste…

      • Cowboy dit :

        Z’allez voir qu’il va mettre le Posuto dans sa liste et qu’il va m’en virer, l’animal. Mais je vous préviens, chez Posuto, y en a qui comprennent pas toujours non plus. Vous risquez d’aller de Sabra en Chatila… euh… non… pardon, de Charybde en Scylla. Enfin, c’que j’en dis…

  4. michèle dit :

    J’ai pas tout lu & j’ai pas encore fait mon com. intelligent car je me suis arrêtée, esbaudie, à
    “je viens d’acheter une nouvelle montre à ma femme”
    argggghhhh…………………..
    Une Philippe Patek ?

    Alors au troisième étage une art/déco avec trois brins de muguet et au quatrième étage une représentant le printemps tip top jolie, crop jolie : voilà mes préférées du musée ; pour celles de la boutique, ma préférée est une rose toute simple sans diams, 21 000 € environ, pas exposée, dans les quatre moins chères, je l’avions choisie toute seule. Mieux que mon papa, quand je parle de mes montres, le dernier m’a dit je ferais bien de toi ma maîtresse mais t’as des goûts que je peux pas assurer. Et centré sur lui-même, comme d’hab, même pas il a constaté que je porte jamais de montre. Mais je vais m’y mettre.
    Ahnonmaisoh !

    Je suis très douée et puis pour ressembler à mon père il aurait fallu s’être levé de bon matin. Donc pour cela la nuit dormir au lit. Elle au lit lit, Lou.

    • Cowboy dit :

      Bon, on est bien d’accord, Michèle, dès que vous publiez votre com’ intelligent, vous prévenez quand même. 🙂 🙂 🙂 🙂

      PS Très chouette, le texte lié. 🙂 « Est-ce beau, dis ! » Ah, on savait causer en 1912 !!!

      • michèle dit :

        Je me prépare au com.intelligent, reprenez du potage, et je vais z’être dans le sujet, en plein, je m’en trop réjouie.

        il aurait fallu s’être levée je m’a suis trompée lourdement avec le participe ; je voulions écrire , il aurait fallu s’être levé, pardonnez-moi, mes accords sont aléatoires. (Pour la montre, je suis désolée si j’ai gaffé, c pas trop grave, d’ailleurs pour ma part je dois aller vérifier l’étage parce que peut-être me suis-je trompée d’étage c au quatrième les brins de muguet et au troisième le paysage de printemps. Et ma mienne j’ai exagéré comme d’hab. c’est 18 600 en or blanc (c + discret l’or blanc et 17 000 en or jaune mais çà fait parvenue et parvenue à quoi au fait ? je vais le lire votre billet je vous le promets de toutes façons je vous admire, vous et RV parce que mariés le dire, c rien, mais le faire c beaucoup, donc je suis confite et béate itou).

      • Cowboy dit :

        Mea culpa, vous ne vous étiez pas trompée. C’est moi qui avais ajouté le « e » à « levé » parce que je pensais que vous étiez une fille. Oui, à cause du prénom sans doute. Maintenant, vous eussiez écrit « Il eût fallu se lever », ça nous aurait évité tout un pataquès.
        Du coup, j’ose pas toucher au « e » de « je m’en trop réjouie ».

        NB c’est bien la première fois qu’on m’admire sous le prétexte que je suis marié. On a plus souvent tendance à le déplorer. Ma femme, surtout.

  5. Cowboy dit :

    @ Dominique, @ totolezheros, @ RV, @ Michèle,
    C’est pas pour dire, mais avouez que vous fréquentez le blog d’un sacré salopard !
    Je vous embrasse (surtout Michèle).

  6. Racys Fonjeve dit :

    C’est bien ce que je pensais. La civilisation de M. Guéant, ça ressemble aryen.

    • Cowboy dit :

      « Racys, les poings noyés dans des manchettes sales,
      Qui songent à ceux-là qui les ont fait lever,
      Et, de l’aurore au soir, des grappes d’amygdales
      Sous leur menton chétif s’agitent à crever. »
      Non… cherchez pas, rien à voir. Juste une association d’idées à partir du pseudo. Et puis un texte qui m’obsède.
      Bref, tout ça pour ne rien dire si ce n’est que vous faites encore très fort.

  7. Bref dit :

    Les « grappes d’amygdales », oui, je comprends que l’image puisse « convoquer » un certain trouble ! Mais, pas d’inquiétude, Cowboy, z’êtes pas encore rassis.
    A. R.

  8. Hervé dit :

    C’est pas désagréable qu’on parle de moi comme ça… enfin Cowboy a un peu trop le don de me clasher, comme dit ma fille, mais il a raison le bougre ! 🙂 Les félicitations ? Allons mon ami, souvenez-vous, la seule chose que je kiffe ce sont les Palmes !!!
    Mes excuses à toto, et mes remerciements de suivre ce bon vieux Posuto.

    ———–
    @ Hervé,
    Comment qu’elle cause, vot’ fille !
    C.

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