Y a pas le feu, on reste au lit

La semaine dernière, les démocrates s’étaient levés tôt. A 9h, ma buraliste n’avait déjà plus de Charlie-Hebdo. Cette semaine, soit ils s’étaient tous abonnés, soit ils étaient retombés dans leur torpeur puisque jeudi, il restait encore deux exemplaires sur le présentoir.

Oui, je sais, j’arrive un peu tard pour évoquer l’évènement. C’est que je me connais. Aurais-je réagi à chaud que j’aurais, dans la seconde, tracé ici un minaret en forme de phallus ou figuré le prophète avec un étron sur la tête en guise de turban. Ça n’aurait pas été très malin. Heureusement aussi, je dessine fort mal.

Oui, un instant, j’ai senti monter en moi la colère et la haine. Une haine et une colère torrentielles, boueuses, diluviennes. Une haine et une colère dont je n’étais ni maître ni fier. J’avais beau savoir que les méchants appelaient de leurs vœux cette haine et cette colère qui sont leur raison d’être, je sentais que j’aurais eu du mal à les leur refuser.

Je sais aussi qu’à l’heure où j’écris, aucun indice ne désigne avec certitude les fous de Dieu derrière l’autodafé mais les présomptions sont si fortes que personne, à ce jour, n’a tenté de les en exonérer.

Bref, j’ai donc pris sur moi et j’ai eu la sagesse d’attendre. Le premier qui dit « t’aurais dû attendre encore » en prend une. Qu’on se le dise. C’est que je suis un démocrate mais je n’ai pas la démocratie innée, instinctive. Je suis un démocrate laborieux, un démocrate tâcheron, un démocrate par choix et non par nature. N’ai-je pas, d’ailleurs, dit et démontré cent fois ici que la démocratie n’a rien de naturel. Elle est labeur, elle est patience, elle est connaissance, elle est entêtement contre tout ce qui, naturellement, vise à la contrarier.

A chaque fois qu’on brûle ou qu’on assassine au nom du prophète (ce qui est tout de même assez fréquent), c’est la même antienne. Gardons-nous de tout amalgame, ne confondons pas une poignée de fadas avec l’immense majorité pacifique des mulsumans. Ne confondons pas le fou de Dieu avec le macho lambda, le cinglé qui aspire à Shahada et aux 70 vierges du Paradis avec le polygame sérieux, légitime, qui sait couper proprement le pharynx du mouton après avoir consciencieusement aiguisé le couteau et prononcé « Bissmi Allah wa Allah ouakbar ». Quand même ! J’adhère sans réserve à ce distinguo que je reformulerai simplement en ces termes : faut pas confondre « con comme un panier » et « con sur les bords ».

Au moment de l’affaire des caricatures, je me souviens de M. Dalil Boubaker, Recteur de la Mosquée de Paris, citant alors que les flammes léchaient les murs de l’ambassade du Danemark à Damas, un extrait du livre du prophète Osée : « Qui sème le vent récolte la tempête ». Selon la distinction ci-dessus établie, M. Boubaker entrerait dans la catégorie « con sur les bords ». Soit.

Et rebelote mercredi 2 novembre, puisque tout en « condamnant fermement cette manière d’agir », Mohammed Moussaoui, président du Conseil Français du Culte Musulman, ne pouvait s’empêcher d’ajouter : « nous continuerons à dénoncer tout dessin sur le prophète car les musulmans ne sont pas prêts à accepter ces caricatures ». On est encore dans la catégorie « con sur les bords » mais je trouve que ça fait quand même les bords larges, non ?

(3000 signes. Trop long. Alors… à suivre… peut-être)

Cowboy

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11 commentaires pour Y a pas le feu, on reste au lit

  1. Contre la censure… mais aussi contre les dessins « sur le prophète ». En fait, il y a des jésuites chez certains musulmans, ce qui est une information à vocation oecuménique (parle à ma tête…).

    Il apparaît pourtant évident que Claude Guéant, fier démocrate, met tout en oeuvre pour faire rechercher et attraper les incendiaires – heureusement les « caricaturistes » de Charlie Hebdo ne passent pas la nuit à se torturer sur place les méninges pour leur feuille de chou hebdomadaire – et les déférer très vite devant la justice, souvent représentée d’ailleurs par quelques irresponsables avec un glaive et une balance mais les yeux bandés : qu’attend le placide ministre Mercier pour poursuivre ce genre d’atteinte insupportable au symbole dont il est le garde déçu ?

    « La prochaine fois, le feu » avait écrit un Noir américain, James Baldwin : mais les pompiers pyromanes du gouvernement français s’étonnent soudain que des cocktails Molotov soient lancés contre une publication qui va à l’encontre, avec ténacité, de leurs propres idées…

    Les allumettes sont encore en vente libre, il faudrait peut-être songer à en augmenter la TVA, avant l’interdiction radicale ?

    • Cowboy dit :

      En vérité, je me posais une question que je n’ai pas encore abordée dans ce billet que les « cons sur les bords » s’empresseront de taxer d’islamophobie (mais je m’en tape au point que je n’ai pas pris la précaution d’usage qui veut qu’on ne manque pas de dénoncer, dans le même temps, les cathos intégristes pour bien montrer qu’on a la laïcité… oecuménique). Depuis les années 60, Hara-Kiri, puis Charlie-Hebdo ont donné, avec une régularité de métronome, toutes les raisons aux imbéciles de foutre le feu à leur repaire de voyous bêtes et méchants. Il y a eu telle interdiction célèbre, des menaces en veux-tu en voilà et Philippe Val s’est même fait casser la gueule à la sortie de la Maison de la Radio (en un temps bien sûr où les vigiles des lieux n’avaient pas pour mission de veiller sur sa sécurité). Or ce n’est qu’aujourd’hui que ce que j’ai toujours craint se produit. Why ? J’ai ma petite idée sur le pourquoi du comment. Elle m’a été soufflée par le trou du Turc qui revendiquait récemment les cyber attaques contre le site du journal. J’y reviendrai peut-être.

  2. Quoi qu’il en soit (ainsi soit-il), le dessin de Luz est excellent, et c’est une idée à reprendre (par le roi Decaux) pour les kiosques parisiens !

  3. anita dit :

    J’aime bien votre définition de la démocratie laborieuse. Je crois que je la partage. Quant au reste, allez savoir pourquoi, me revient l’une des très rares sentences de vieux patron qui marquèrent le jeune médecin que j’étais. « Anita, mon petit, ne prenez jamais les gens pour des cons. mais n’oubliez quand-même pas qu’ils le sont souvent. »

    • michèle dit :

      Ah Anita, j’aime bien aussi la définition de Cow-boy sur la démocratie laborieuse mais moi j’ai agi quelque peu à l’inverse dans ma vie pro. : jamais je n’ai pris les gens pour des cons, et aujourd’hui, le cercle se resserre : ah dieu mais que les gens sont cons !… Moi avec je pense. C’est donc la déconfiture. Disons que j’ai tenu trente ans à faire une confiance absolue à des gens qui n’en valaient absolument pas la chandelle.
      Je me suis trompée de casting comme dit ma coiffeuse. Moi je dirai j’ai misé sur le mauvais cheval. Une autre a dit je me suis trompée sur la marchandise.
      Demain, y’aura pas le feu, je resterai au lit.

      • Cowboy dit :

        Michèle,
        Je sais que c’est un peu difficile à suivre mais ce commentaire sera la suite du PS de mon précédent sur la gauche décomplexée :
        Michèle, l’équitation non plus, c’est pas votre truc. 🙂

  4. michèle dit :

    ouh la demain je vais suivre (tout faire pour suivre, quitte à me doper), (non plus ça fait référence à quoi déjà ?), mais là j’avions fait une erreur que je m’empresse de corriger : ma coiffeuse a dit
    j’ai commis une erreur de casting
    moi j’ai misé sur le mauvais cheval
    elle je me suis trompée sur la marchandise

    P.S j’adore ma coiffeuse elle parle trop bien mais elle s’adapte.

    P.P.S : vous en savez plus sur moi que moi-même : c’est vrai l’équitation c’est pas mon truc. Bientôt, en janvier je crois, dans Monthy Python, je vais cruellement le constater : les chevaux, les calèches et tout le toutim dans l’écurie je peux les fourguer à la fondation Gianadda à Martigny au sous-sol, à côté des carcasses rouillées.
    Mais avant hier, j’ai croisé un cheval seul, comme moi, j’étais deux mais je suis seule, qui m’a regardée droit dans le blanc des yeux. On était perdues, comme d’hab, dans le noir comme d’hab. eh bien grâce au cheval , je lui ai dit à l’aventurière ce matin nous sommes passées par ici je reconnais le cheval et j’avais raison c’était ben vrai. On a rebroussées chemin et retrouvées la voiture, ce cheval nous a sauvé la vie. Désormais, je l’aime.
    Gnagnagna.

    • Cowboy dit :

      Le sens des fautes d’orthographe en caractères gras m’échappent… Remarquez, y a pas que ça. C’est fou ce que vous êtes dure à suivre, des fois 🙂

  5. michèle dit :

    Ben c’est parce que, parfois, l’orthographe on s’en moque comme de l’an quarante.
    Je comprends bien la difficulté, en ce moment, je suis un

    dans un
    http://www.boutiqueanglaise.com/achat/cat-f-services-a-the-et-accessoires-a-the-67.html
    si vous croyez que c’est confortable, même pour moi, c pas si facile, mais baste !
    🙂

    • Cowboy dit :

      Attention, Michèle, dès qu’on met plus d’un lien dans un com’, on est spammé par le serveur. J’ai dû aller vous exhumer de la poubelle. Il suffisait de ne mettre que celui-ci. 🙂

      • michèle dit :

        de la poubelle, ciel !
        nota : il est crai crai mimi mais il n’est pas une fille, las ! Le même en fille m’irait.
        bonsoir Cowboy

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