Confessions ou…

« Comment peut-on être pauvre et… de droite ? »

Mon père disait… non, il ne disait pas que « c’est le vent du nord qui a raboté la terre entre Zeebrugge et l’Angleterre » (de Brel, il n’aimait que la valse à mille temps). C’était un type brutal, primaire, à l’image des seules études qu’il suivit, sans succès d’ailleurs, pour cause de cinq fautes éliminatoires à la dictée du certif’. Mais il est vrai aussi, qu’ensuite (comme disait Sol), les études, c’est secondaire.

Il était aussi chasseur et, corollairement, levait volontiers le coude, ce qui avait des effets amplificateurs sur ses organes de la phonation. Il parlait peu, gueulait beaucoup.

Sinon, il avait un sens étonnant de la repartie et un instinct infaillible qui lui tenait lieu d’intelligence et compensait efficacement une inculture encyclopédique. Ses mains, c’était de l’or, et tout ce qu’il touchait était aussitôt transformé, magnifié. Cassais-je un jouet –ce qui, sachant le prix des choses, m’arrivait rarement-, je le retrouvais au matin, sur la chaise qui me servait de table de chevet, plus rutilant qu’au sortir du magasin. Il y avait souvent ajouté une fonction, un automatisme que les concepteurs n’inventeraient que bien plus tard.

Donc, à la veille de chaque élection, quand ma mère lui demandait pour qui il fallait voter, mon père disait : « Je sais pas, mais ce que je sais, c’est qu’ouvrier, je peux pas voter à droite ». Il s’emparait alors de l’enveloppe de la mairie, en extirpait les trognes et les professions de foi et faisait deux tas sur la table de la cuisine. A droite, tous ceux de droite et du centre (instinct infaillible, disais-je) et à gauche, les autres : les socialos, les cocos et l’extrême gauche. Il prenait ensuite le tas de droite qui, aussi épais fût-il, ne résistait pas une seconde entre ses mains puissantes de prolétaire et en faisait des confettis auxquels il adressait des remarques rageuses que la bonne tenue de ce blog m’interdit de reproduire.

Puis il montrait le tas de gauche à ma mère, en disant : « tu prends qui tu veux là-dedans, si ça fait pas de bien, ça peut pas faire de mal ». Oui, mon père avait inventé la gauche plurielle et le programme commun avant tout le monde.

Le lendemain, à l’annonce des résultats et de la victoire de la droite (de son temps, elle gagnait toujours), il répétait invariablement en hochant la tête : « Sont-y cons, ces ouvriers ! »

PS anecdote : mon père est mort à 61 ans et deux mois. Or il termina sa carrière en des temps paresseux où on prenait sa retraite à 60. Pas d’bol. A quelques décennies près, il aurait pu mourir en action, sur sa chaîne de montage… comme Molière.

Cowboy

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29 commentaires pour Confessions ou…

  1. Arsenyc Jevof dit :

    Parce qu’ils rêvent de devenir eux-mêmes riches, (par exemple en travaillant plus pour gagner plus), auquel cas ils ne supporteraient pas d’être sous un gouvernement de gauche !
    Salauds de pauvres !!

  2. anita dit :

    On serait moins samedi, je me forcerais à un commentaire intelligent, ou du moins réfléchi. Mais comme on est pas mal samedi, Cowboy, je vous aime bien.

  3. Les riches ont décidé de diminuer d’un chouïa leurs émoluments ; les pauvres ont caché leurs chéchias.

    • Cowboy dit :

      Par-delà l’harmonie allitérative qui réconcilie riches et pauvres, force est de reconnaître que ces derniers en « chéchia » beaucoup plus que les premiers.

  4. michèle dit :

    >arsenic jef : Le reste (coms intelligents) + tard (mauvaise nouvelle privée ce soir) ; quand tu payes les études à tes mômes, à part le trottoir, comment tu fais si tu travailles pas plus pour gagner plus ?
    T’as des recettes ?
    Surtout quand tu gagnes trop pour que tes mômes aient droit à une bourse te dit l’assistante sociale que t’étranglerais avec satisfaction, si t’avais pas un instinct primaire qui veut t’éviter la tôle ? Et le trop l’est pas haut.

    Pour vot’père Cowboy, j’y pense. Vie de taf, mains en or. Comme mon grand-père.
    J’aime beaucoup ses deux tas : avec lui au moins c’était pas compliqué.

    • Cowboy dit :

      Michèle,
      Je crois qu’Arsenic Jevof… plaisantait. 🙂

      • michèle dit :

        Non !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Sérieux Cowboy ?
        Demain, je dors jusqu’à neuf heures, le cœur léger, les jambes lourdes : après j’irai faire la crête des Fourbes (après avoir voté Mélenchon).

      • Cowboy dit :

        C’est bien de faire les choses dans cet ordre. Mieux vaut faire la crête des Fourbes après avoir voté Mélenchon que de faire la crête de Mélanchon après avoir voté « fourbe ».

  5. Vous avez raison. Sol et votre père ont été de formidables philosophes. Que dire de plus? Je me fais bref pour ne pas diluer…

    • Cowboy dit :

      Je dois à la vérité d’avouer que mon père n’était ni… philosophe ni franchement… formidable. La bonne image qu’il envoie ici tient, pour une bonne part, à l’artifice de la fiction qui reste une des lignes (éditoriales) de force de ce blog. Mais bon… Et puis de toute façon… il y a prescription désormais.

      • annie dit :

        Ce soir, en écoutant les infos dans ma voiture je me suis dit que votre père aurait trouvé que son « Sont-y cons ces ouvriers ! » était un jugement bien indulgent pour ces cons d’ouvriers qui avaient acheté un cadeau pour l’offrir à Sarkozy lors de la visite de leur usine qui sera peut-être fermée dans quelques mois si la mouche « délocalisation » pique le patron ou les actionnaires. Ils n’auront qu’à tenter d’aller voir Sarkozy pour lui dire « Vous vous souvenez de nous ? On a acheté une Sophie la girafe pour votre fille (quand on est aussi con on achète sans doute un cadeau aussi banal) ; vous vous souvenez quand même ! vous nous avez dit merci » et Sarko leur répondra « Cassez-vous pov’cons » et là, cette fois, Sarko aura raison. Ce sont de pov’ cons !

  6. michèle dit :

    Eh bé !
    En attendant Cowboy : il n’y a pas plus joli qu’une girafe, même et y compris en plastique qui fait pouet pouet et que l’on met dans le bain.
    C’est la vertu des gens simples : ils ont le cœur sur la main, quand il y en a pour un, il y en a pour deux et puis pour quinze, enfin pour le quartier. Là où vous songez qu’ils réfléchissent et qu’ils calculent c’est ni l’un ni l’autre.
    Enfin annie, Hal, ou vous êtes une rigolote pince sans rire, çà existe, ou bien vous pouvez aller faire un stage dans le désert, vous avez vos chances de revenir transformée.

    • Cowboy dit :

      Michèle,
      Vous êtes la gardienne du temple.
      S’agissant d’Annie, rassurez-vous –si la personne, derrière le pseudo, est bien qui je crois-, c’est une sacrée « rigolote » (re-sic). Mais je ne pense pas qu’elle plaisantait une seule seconde et je ne la soupçonne pas non plus (une autre seule seconde) d’avoir jamais songé que ces prolos-là réfléchissaient. Il y en a qui le font (ou qui l’ont fait) mais pas ceux-ci. Ils sont bel et bien d’authentiques et d’indécrottables cons.
      Bon vicande. Beau mais frais.

  7. Bob dit :

    Bonjour Cow-boy,
    Après quelques semaines d’absence à négliger ce blog, je reviens vous lire et retrouve facilement la verve, la finesse et la puissance des idées, habituelles dans nombre de vos billets.
    Hélas, la finesse de votre vision de nos contemporains n’a visiblement pas atteint complètement votre capacité de raisonnement, car la réponse à votre juste interrogation est dans la question.
    En effet, si les pauvres sont pauvres, c’est qu’ils sont un peu cons, sinon ils ne le resteraient pas … Et donc, ils peuvent effectivement voter à droite… CQFD
    Ironie mise à part, cette tendance des catégories les plus défavorisées et les plus vulnérables à se laisser embobiner et fasciner par ceux défendent ceux qui les exploitent, en devient férocement rageant pour vous et moi, qui sommes des démocrates exemplaires…
    Platon classait la démocratie parmi les pires des régimes politiques car le plus sensible à la démagogie et à la manipulation des peuples, donc le plus incertain et le plus dangereux pour l’avenir des sociétés.
    A méditer…

    • Cowboy dit :

      Bob,
      Quoi ? « la verve, la finesse et la puissance des idées, habituelles dans nombre de vos billets » (sic). Est-ce à dire qu’elles manqueraient à certains ??? Lesquels ??? Vous voudriez gâcher mon dimanche que vous ne vous y prendriez pas autrement.
      Et puis qu’est-ce que c’est que cette « négligence » invoquée en manière d’excuse à votre désertion ?
      Bref, je plaisante.
      Pour le reste, j’ignore dans quel texte Platon rangeait la démocratie « parmi les PIRES des régimes politiques » mais je gage que ce n’est pas son meilleur.
      Et je préfère la formule de Churchill qui déclarait que la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres. (« Democracy is the worst form of Government except all those other forms that have been tried from time to time »)

  8. Bob dit :

    La démocratie est-elle le moins mauvais des régimes? Peut-être… Mais souvenons-nous de la façon dont les partis nazis ont su manipuler et dévoyer la démocratie allemande pour l’amener au pire régime que l’Europe ait connu…
    La démocratie moderne reste un système jeune dans le monde contemporain, un siècle ou deux pour les plus anciennes, ce qui est peu à l’échelle de l’histoire des régimes politiques. Attendons de voir ce qu’elle va donner, d’autant que les partis d’extreme-droite sont en embuscade…
    Quant aux petites « piques » vous concernant, elles sont indispensables à mes notes, vous permettant de tester votre vivacité, et me permettant d’exprimer une légère jalousie quant à la qualité de vos écrits…

    • Cowboy dit :

      « La démocratie est-elle le moins mauvais des régimes? » (sic)
      « Attendons de voir ce qu’elle va donner » (sic)
      C’est tout vu, Bob, la question est définitivement caduque et le doute n’est pas permis.
      La fragilité de la démocratie ? Bien sûr. Et cette faiblesse est sa force et sa dignité.
      Le tyran écrase toute contradiction dans la violence et le sang, la démocratie l’autorise, en fait sa raison d’être.
      Le credo stalinien
      « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » ne tient pas la route démocratique. En démocratie, nous sommes condamnés à laisser la parole aux méchants. Nous devons en tirer fierté tout en restant vigilants.

  9. michèle dit :

    Com un :
    L’autre jour, après avoir écrit « le trottoir et Platon et déambule », il y eut une expérience hors norme : banquet avec celui-ci sans huitres chaudes ah non, puis arpenter le trottoir avec Socrate pour finalement avoir une prise de tête avec Aristote. Ces moments ne se répètent pas souvent, las, trois fois. C’est Bob avec ce Platon qui me remet en mémoire ce matin heureux, merci.

    • Cowboy dit :

      « Kesako » que « le trottoir et Platon et déambule » ? Qui est « celui-ci » ? I am confused.

      • michèle dit :

        Ma réputation est en jeu, je répondais à jefvaszyankor
        le15 octobre, 2011 à 23:47
        >arsenic jef : Le reste (coms intelligents) + tard (mauvaise nouvelle privée ce soir) ; quand tu payes les études à tes mômes, à part le trottoir, comment tu fais si tu travailles pas plus pour gagner plus ?

        D’où le trottoir.
        Platon, ce fut dans la foulée.
        Donc celui-ci est Platon (avec lui le banquet) puis Socrate pour déambuler sur le trottoir et enfin Aristote pour se prendre la tête : on se bataille mais personne n’emporte le morceau (obligés de se réconcilier sur l’oreiller, vous voyez le topo ? Antique… mais ça marche.).

        Est-ce que vous me suivez ?
        (je crains horriblement le pas du tout, mais je m’y attends).

  10. michèle dit :

    Com deux :
    >Cow boy bonsoir
    après avoir lu votre défense acharnée de la démocratie sur le billet de l’Iran, puis avoir vu Mean streets de Martin Scorsese, je pense que cette dernière (la démocratie) (comme la vie de couple) se gagne au prix d’un travail acharné de tous les instants. Comme creuser un puits quand tu cherches l’eau et que tu sais que ta vie en dépend.
    Une fois que la veine apparaît, nous sommes sauvés : avant cela pas mal de conneries en chemin pour cause sans doute de je sais pas, je dirai d’impétuosité et de manque de distance.
    Le risque, mourir avant d’avoir trouvé la veine.
    La démocratie c’est pas d’la tarte.

    • Cowboy dit :

      J’ai écrit un billet sur l’Iran, moi ? J’entends d’ici les machos de service brocarder les carences , notoirement féminines, en géographie. 🙂

      • michèle dit :

        Là, je n’ai d’autre solution que la cendre, des tombereaux ; on fomente un complot : dès que ses potes viendront parler politique je serai reléguée en cuisine d’où j’ai réussi à sortir à force d’admonestations répétées et convaincantes « je ne veux pas faire tout le temps la cuisine, gni, gnagna, gni, gnagna ».
        Je serai envoyée préparer l’apéro, je leur ramènerai du jus de tomates avec des feuilletés au foie gras (j’ai une cuisine de rechange dans la cave) planquée en loucedé.
        Fin de partie : au départ des dits potes je serai agonie d’injures diverses et variées, menacée de ne jamais remettre les pieds à Beyoglu et renvoyée aux calendes grecques.
        Je m’incline à contrecœur, mais vous avez raison : c’est vachement plus à l’est et plus sec : Les barrières orogéniques périphériques formées par les massifs de l’Elbourz, au nord, et du Zagros, à l’ouest et au sud, conditionnent l’aridité du climat en Iran.

      • Cowboy dit :

        Otez-moi d’un doute… Quand vous parlez de barrières orogéniques, vous faites bien allusion aux mouvements de la croûte terrestre, qui, se concentrant non sur une ligne mais sur une surface, et se produisant d’une manière brusque et énergique, ont la propriété de fracturer cette croûte et de soulever des chaînes de montagnes ?

  11. michèle dit :

    Juste Cowboy, juste !
    Les chaînes, de l’Oural aux Balkans à l’Himalaya à la cordillère en passant par les Aléoutiennes, schbing ===> barrières orogéniques (je ne serai pas cantonnée hors les potes, ai eu chaud).

  12. Gwen dit :

    Bonjour,
    je découvre votre blog,
    avec plaisir !
    Je vous dois cependant une introspection effrayante qui ne peut qu’aboutir à la seule conclusion que, du « normale » dont je m’étiquetais, je vais devoir faire des confettis. Je suis « pauvre », et de droite … mince alors.
    J’utilise la même méthode que votre père, mais en sens inverse : tous ceux qui sont trop à gauche, au centre ou à l’extrème droite sont délaissés. Puis je vote blanc, en attendant de créer une nouvelle droite 😉

    • Cowboy dit :

      Chère Gwen,
      D’abord bienvenue au sein de mon modeste -mais génial… oui, je peux être aussi atrocement démago 🙂 – lectorat.
      Compte tenu de l’importance numérique de ce dernier, il serait contre-productif de vous contredire. Mais, en parfait misanthrope, « j’ai le défaut d’être (…) un peu plus sincère qu’il ne faut » et je suis bien forcé de souligner le fait que vous vous invitez ici sur un… mensonge !
      Non, ne criez pas, disons un… paradoxe. Je m’explique.
      « Tous ceux qui sont trop à gauche… sont délaissés », dites-vous. Or, précisément, JE suis TROP à gauche (à un point que vous n’imaginez pas) et vous prétendez -dans le même temps- découvrir mon blog avec plaisir. Un blog qui pue la « gauchitude » (comme dirait Ségo) à plein nez. Avouez qu’il y a là un truc qui ne colle pas. Ou alors, je parle déjà dans le vide, dans le sillage que je devine élégamment parfumé -d’autant plus que vous êtes de droite- et que vous avez laissé avant de me… délaisser. Mais ce serait bien dommage car vous me plaisez déjà. Ce qui m’ennuie beaucoup vu que… je déteste les gens de droite 🙂 :-).
      Bref, récapitulons. Vous êtes pauvre et de droite. Ça fait effectivement beaucoup. Se débarrasser de ces deux fléaux à la fois tient du tour de force. Je n’ai pas de solution miracle mais j’aurais tendance à vous conseiller (et il m’en coûte) de vous débarrasser en priorité de la pauvreté. Vous verrez comme on se sent meux et comme il devient facile, alors, d’être de droite :-).
      Bien à vous.
      C.

      PS Quant à la nouvelle droite (l’expression tient de l’oxymore), laissez tomber. Je suis trop habitué à l’ancienne (oui, celle de l’âge des cavernes), ne m’en privez pas.

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