Le bac ES

« Dominique Seux a planché pour vous sur les sujets du bac de la série ES ».

C’est ainsi que France Inter, par la voix de Patrick Cohen, introduisait l’autre matin la chronique de son matinal et carminatif économiste officiel. Enfin… planché… pas vraiment. Disons que Dominique Seux a posé son regard d’expert sur les sujets de la session 2011 (et, par conscience professionnelle, sur ceux de quelques sessions antérieures). Les conclusions auxquelles il est parvenu sont sans appel : la conception des sujets d’économie du baccalauréat de la série ES est systématiquement confiée à l’aile bolchévique la plus radicale du corps enseignant.

D’ailleurs, écrit-il, « les milieux proches des entreprises » ne s’y trompent pas qui « jugent que l’approche est déséquilibrée – elle insiste (…) sur la face noire de l’économie, les méfaits de la mondialisation, la précarité, etc. Le pessimisme domine. On parle mal ou peu des entreprises, dans lesquelles travailleront pourtant la plupart des étudiants. » (sic)

Que le journal Les Echosqui reproduit la chronique intitulée « Au bac, la face noire de l’économie »– me pardonne mais ce serait perdre beaucoup que de s’en tenir à de courts extraits. Poursuivons donc notre lecture (c’est un peu long mais ça vaut son pesant de cacahuètes) :

1- Premier sujet : l’emploi permet-il toujours de s’intégrer à la société française ? La réponse qui découle des documents joints est sans appel : de moins en moins. Un texte est centré sur le désarroi des salariés, les licenciements, le déclassement, le stress, la souffrance et le mépris qu’ils subissent (!). Un autre est le témoignage d’un livreur de Rungis qui explique que du temps des Halles, c’était le bonheur, mais que maintenant, c’est l’horreur ; un autre, encore, évoque la crise du modèle salarial et les menaces du patronat. Un tableau détaille aussi les parcours des travailleurs pauvres. L’approche est assez claire…

2- Le second sujet consiste à montrer que l’innovation résulte de l’action des entrepreneurs mais aussi des pouvoirs publics. Des documents qui accompagnent les chiffres, l’élève est invité à conclure que seul l’Etat fait du bon travail…

Rien n’est vraiment faux… mais c’est vraiment une vision univoque ! Bien sûr, la crise vaccine contre les certitudes. Personne ne veut d’une lecture rose. Personne, d’ailleurs, n’y croirait. Mais faut-il que tout soit vu sous un angle négatif ? Faut-il que l’économie soit vue uniquement sous l’angle des problèmes qu’elle pose et pas des solutions qu’elle apporte et qui font quand même vivre le pays ?

Qu’en est-il des années précédentes ? (…) Sujet de 2009, avant la crise grecque : dans quelle mesure les pays de la zone euro disposent-ils de marges de manœuvre suffisantes en matière de politique économique ? En fait, on s’aperçoit que le problème n’était pas le carcan des critères de Maastricht sur les déficits, mais que certains pays ont disposé de trop de marges budgétaires. Sujet de 2007 : comment expliquer l’exclusion sociale aujourd’hui ? Sujet de 2006 : après avoir expliqué l’évolution du syndicalisme, vous montrerez que les syndicats restent des acteurs importants de l’action collective. Rien n’est faux, mais la ligne est claire !

Conclusion ? D’abord, un vrai coup de chapeau aux élèves, les sujets sont difficiles ! Ensuite, une anecdote. En 2006, la France – seule en Europe – a refusé d’inscrire l’acquisition de l’esprit d’entreprise parmi les objectifs de la scolarité des jeunes. Esprit d’entreprise, mot atroce. Sa définition, pourtant, c’est l’aptitude à passer des idées aux actes. Il ne faut pas s’étonner que les Français soient les plus méfiants au monde sur l’économie.

Eloquent, non ? Savoureux aussi. Mais avouez qu’il n’a pas tort. Tandis que le monde de l’entreprise s’évertue patiemment, à grands coups de sacrifices, de grapiller des points de croissance, l’examen le plus prestigieux de l’école française crache régulièrement sur l’économie libérale et roule dans la boue la sphère de la finance. C’est fou, non ? Imaginez des sujets d’épreuves de lettres qui s’acharneraient à dézinguer les auteurs du programme !!!

Parenthèse –et dans le même ordre d’idée-, j’ai récemment eu à connaître les sujets d’anglais du « Certificat en Langues de l’Enseignement Supérieur ». Les textes soumis à la réflexion des candidats traitaient du thème du travail. Parmi les questions posées, celle-ci : « Rank these jobs from the most beneficial to the least beneficial to society and the environment ». Suivaient une liste de 6 professions que le corrigé hiérarchisait ainsi :
1- waste recycling worker
2- hospital cleaner
3- childcare worker
4- city banker
5- advertiser
6- tax accountant

Rendez-vous compte ! Un technicien de surface hospitalier, une puéricultrice bénéficieraient davantage à une société humaine qu’un banquier ou un publicitaire !!! Ben voyons ! Je ne vous dis pas les dégâts que de telles assertions sont susceptibles de produire dans un esprit en formation ; dans la conscience d’un futur travailleur. C’est proprement irresponsable. Scandaleux !

N’allez pas croire pourtant que je sois un partisan intégriste du « politiquement correct » et je conçois très bien qu’on propose, ça et là, des sujets un peu dérangeants ou caustiques. Mais de là à en faire une règle académique, il y a une marge.

En tout cas, j’espère que ce cri d’alarme de l’éminent Dominique Seux sera entendu par l’Inspection Générale et que la session 2012 sera l’occasion de restaurer une image plus juste, plus optimiste, plus vivifiante et plus roborative de notre économie.

Et qu’il me soit permis, en conclusion, de soumettre (en toute humilité) quelques propositions de sujets susceptibles de mettre un peu de beaume au coeur de nos jeunes futurs CDD :

1- Vous dirigez une entreprise employant x… salariés. L’exercice 2010 laisse apparaître des bénéfices record. Quel plan social mettrez-vous en oeuvre pour conforter, sur le long terme, cette exceptionnelle réussite ?

2- A l’aide des éléments fournis dans le dossier qui vous est proposé, vous développerez les stratégies d’entreprise permettant une délocalisation réussie.

3- A partir d’exemples précis, vous montrerez pourquoi on peut parler en France d’une « culture de la grève » et proposerez une stratégie d’entreprise de nature à favoriser un meilleur encadrement des libertés syndicales.

Cowboy

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6 commentaires pour Le bac ES

  1. totolezheros dit :

    Ah, mais là, tu donnes les futurs sujets de l’examen de fin d’année des IAE !

    C’est pas bien…

  2. Toibuze dit :

    • Cowboy dit :

      Il est plutôt « fair play » Dominique Seux. Mais… et ça m’ennuie de le dire… il n’en demeure pas moins une sacrée canaille 🙂

  3. Mon fils a passé le bac section SES. On a vu au cours de l’année comment cette matière était de plus en plus dans le collimateur des « réformes » lancées par Darcos et poursuivies par Chatel. L’un des rares enseignements (avec la philo, l’histoire-géo) où l’on acquiert un certain esprit critique est voué à la peau de chagrin voire à la disparition. Les profs de SES se sont pourtant remués pour éviter cette éradication programmée.

    Dominique Seux est un domestique libéral qui récite le catéchisme officiel : et dire que c’est sur une radio de « service public » (il est vrai qu’on a de plus en plus de mal à faire la… différence avec Europe 1 ou RTL).

    Quand il n’y aura plus de SES dans les lycées, on trouvera peut-être encore des bouquins de Ricardo ou de Bourdieu en version papier ou électronique ?

    • Cowboy dit :

      Oui, mais bon, est-ce qu’il l’a eu ce bac, le petit Hasselmann ? C’est ça qu’on veut savoir. En attendant, la pomme ne tombant jamais loin de l’arbre, on se promet du fils ce qu’on connaît du père. Ça rend serein et optimiste et on se dit… mention ? 🙂

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