Flashback

Ah vous m’auriez connu il y a trente ans… Dieu c’que j’étais beau ! Ah si, vraiment, c’est pas pour me vanter mais j’étais beau gosse. D’une beauté latine, insolente et rebelle. L’œil vert sous la toison d’ébène. Le genre de beauté qui convoque ipso facto l’idée de perfection. Ah fallait voir, j’vous jure ! Quand je battais la campagne, j’aime autant vous dire que ça caquetait dans les poulaillers. Remarquez… n’allez pas croire que je ne sois, aujourd’hui, point aimable. Simplement, le temps a passé, et du temps, l’irréparable outrage… Le charme est toujours là, intact, mais… comment dire… les pièces du haut restent habitables mais la façade a morflé, voilà.

Et attendez, c’est pas tout. Non seulement j’étais d’une beauté exceptionnelle mais j’étais d’une intelligence qui ne l’était pas moins. Comme on dit « toujours tout pour les mêmes ». C’est injuste, mais que voulez-vous y faire ? Mon père disait souvent : « chez moi, la beauté attire et l’esprit retient ». La pomme ne tombant jamais loin de l’arbre, j’ai pu très tôt relayer et faire mienne la devise paternelle.

Hein ? Pourquoi cet hagiographique billet ? Croyez bien que mon indécrottable humilité vous l’eût volontiers épargné si l’actualité ne me remettait en mémoire ces qualités et ces dispositions précoces.

Figurez-vous que je fus un anti-nucléaire de la première heure. A la fin des années 70, j’étais de toutes les actions, de toutes les manifestations. Militant farouche, radical, activiste de première bourre. La prise de la mairie de Saint-Sylvestre, ce petit village de la Haute-Vienne, planté sur le filon uranifère, c’était moi ! Si, si ! Enfin, c’était nous, attendu que nous étions une petite dizaine au moment de l’assaut. Ça vous dit rien ? Normal, même à l’époque, on en avait peu parlé. Pour ne pas effrayer le pays sans doute. Notre attaque, planifiée en grand secret et franche rigolade, n’avait rencontré aucune résistance. Le maire était ce jour-là en train de sarcler ou de labourer dans un champ voisin. Prévenu, il était accouru pour nous découvrir, goguenards, vautré dans la salle du conseil, en train d’écouter du Joan Baez sur un mange-disque. Les forces de l’ordre, dépêchées sur place, s’étaient présentées sous forme de deux gendarmes ronds et bonhommes qui mirent deux plombes à s’extraire de la 4 L.

Le maire avait gueulé un peu, à cause d’un carreau cassé, mais ça n’avait pas été plus loin. Quelques villageois, futurs cancéreux et tous employés dans les mines d’uranium alentour nous auraient bien cassé la gueule et coupé les cheveux mais leur projet avait tourné court grâce à la médiation de la maréchaussée.

Bref, tout ça pour dire qu’à 20 ans, j’étais déjà parvenu aux conclusions vers lesquels s’oriente aujourd’hui tout esprit un peu sensé : le nucléaire, c’est dangereux. Avec 30 ans d’avance ! Si c’est pas la preuve d’une intelligence supérieure, je sais pas ce qu’il vous faut !

(à suivre)

Cowboy

PS s’agissant du nucléaire en Limousin, je propose un lien suggéré par Jyf, lecteur régulier de cet espace. Qu’il en soit remercié.

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11 commentaires pour Flashback

  1. michèle dit :

    Ben oui, merci, on le sait, au Japon aussi, ils l’ont vécu.

    Sinon et en vrac :

    beau comme un ange ? Je prévois le pire, vous ne pouviez que déchoir.
    Heureuse de ne pas vous avoir croisé, je me serais tant méfiée que même l’esprit de la lettre n’aurait eu aucun impact sur moi.
    Cheveux longs idées courtes ? Et maintenant cheveux courts idées longues ?
    héhé ricana-t-elle sardonique en son très fort intérieur

    Euh, je pourrai développer mais je vais être laconique ; j’ai du boulot et je compte le finir ce matin pour avoir un week-end normal : grosso modo j’y arrive, je commence seulement mais je tiens le bon bout.

    • Cowboy dit :

      Eh oui, Michèle, si je vous dis que j’étais beau, j’étais beau et puis c’est marre. Ah mais !
      Comme un ange ? Je ne dirais pas ça dans la mesure où le sexe de ces derniers est encore sujet à caution. Le mien était sans ambiguïté.
      Cheveux longs ? OK. Idées courtes. Pas tant que ça, figurez-vous. D’ailleurs, relisez attentivement ce billet et ne cédez pas d’emblée aux fantasmes ovariens. J’ai dit que j’étais IN-TEL-LI-GENT. Je l’ai pas dit peut-être ? Evidemment, vous focalisez sur mes seules vertus esthétiques. Toutes les mêmes ! Et c’est pas la peine de jouer les bêcheuses rétrospectives, vous m’auriez connu à l’époque, vous auriez fait comme les autres, vous vous seriez… pâmée. Non mais !!!
      🙂 🙂 🙂 🙂

      • michèle dit :

        De sérail jamais je n’ai fait partie, désolée.
        Mais dites-moi, et soyez sincère, the question is  » est-ce grave  » ? Je veux dire par là souffrez-vous ?

      • Cowboy dit :

        Est-ce grave ? Quoi ? De ne pas faire partie du sérail ? Pour le calif, oui. Pour vous, sans doute pas.
        Moi, ce que je trouve grave, c’est de vieillir. « Mourir, cela n’est rien, mourir, la belle affaire, mais… vieillir !!! Vieillir !!! »

      • michèle dit :

        mais non, Cowboy : de ne plus être beau, est-ce donc grave ? Là est ma question. Je veux dire souffrez-vous ?

        Vieillir, ce n’est pas grave ; je vais vous dire et écoutez-moi attentivement : vieillir, c’est moins pire que mourir ( z’avez-vous mon niveau en français, hein ?).
        Mais êtes-vous toujours aussi intelligent ou bien est-ce la déliquescence ?

        P.S : dans le guépard de Visconti, Burt Lancaster est bien plus beau qu’Alain Delon qui fait si freluquet dans ce rôle-là.
        La jeunesse insolente, arrogante n’a qu’un temps.
        Et finalement, il est si bref ce temps-là. Et aussi si inconfortable, l’avez-vous oublié ?

        P.S : j’ai pas la fonction répondre à votre dernière réponse ; auprès de qui puis-je récriminer ?

      • Cowboy dit :

        Moi non plus j’avais plus la fonction « répondre » (c’est nul à ch… ce truc). J’ai dû vous répondre depuis le tableau de bord. Cette fois encore. Pourtant votre com’ s’est bien intercalé au bon endroit. Je n’y comprends pas grand chose. Enfin, tant que ça fonctionne…
        Suis-je toujours aussi intelligent ? Bonne question. En fait, ne le répétez pas mais je ne suis pas sûr, au fond, de l’avoir jamais été. Chuuuuut. La répartie qui fait pschittt ! oui. Mais l’intelligence, c’est autre chose.
        Quant à Burt Lancaster plus beau qu’Alain Delon… Mouais… à voir.
        « La jeunesse insolente, arrogante n’a qu’un temps », dites-vous. Personnellement, je l’ai trouvée assez longue. C’est maintenant que ça va vite. Trop vite.

      • michèle dit :

        Alors résumons : moi j’aime beaucoup la fonction répondre : j’ai essayé un truc, il a marché on peut donc réessayer. Quand on continue sur le même fil de conversation, on remonte au dernier répondre qu’il y a dans la discussion et hop on répond et hop cela se cale au bon endroit, càd. la réponse au com. précédent.
        Ne me dites pas que vous étiez tellement beau que vous avez fait semblant d’être intelligent et que cela a suffi. Si vous me dites ça, je vous passe un savon.
        Alors si oui qu’est ce l’intelligence si ce n’est s’adapter à des situations diverses et variées ?
        Sur ce que vous dites, cela me fait furieusement penser au marin qui ne voit pas son cap arriver, il doit le doubler impérativement. Puis ça va trop vite ; l’Atlantique est derrière, le Pacifique devant. Derrière c’étaient des mers connues, des vents convenus, derrière le cap il sait rien, alors il flippe.
        Alors qu’alizées et douces tropiques, j’ai pas écrit vahinées. Pas forcément Tristes. Non, non.

        Je me souviens à Rome de cette scène imprimée dans ma rétine abasourdie : un homme magnifique, très bel homme, vieux, vraiment, mince, une allure incroyable, traînant littéralement par la main une jeune femme mannequin, ou telle, jeune et mince elle aussi : à leurs mains à eux deux, des tonnes de sacs de fringues de couturiers. Il n’avait qu’une envie, rentrer à la maison, elle de rester dehors et de continuer à courir les boutiques en jeune compagnie. Ils étaient out of order tous les deux. Aujourd’hui où sont-ils ?
        Dans le guépard Lancaster dit à Delon le mariage, un an de flammes pour trente ans de cendres (je sais pas s’il dit trente ou vingt mais c’est énorme et le premier est si bref) ; il dit aussi qu’il est grand temps de ne plus faire de mariages consanguins (ou de raison ou de liage de fortune) pour avoir droit à des filles belles et sensuelles comme Claudia Cardinale.

        Waouh, aujourd’hui, la distance c’est si bon.
        Non ?

  2. Jyf dit :

    Hélas, Cowboy, la majorité de nos concitoyens ne possèdent pas vos attributs. Y’ en a qui sont petits et laids qui ne comprennent pas la leçon. D’autant plus quand on lit ceci :
    http://www.criirad.org/actualites/dossiers2006/dechetslimousin/notetechniquecriirad.pdf

    Il semble qu’en Haute Vienne vous soyez gâtés par la nature…et par l’exploitation de la nature.
    Pour info, je suis pas mal conservé aussi.

    • Cowboy dit :

      Figurez-vous, Jyf, que j’ai hésité à mettre un lien vers quelque site éloquent sur la question de l’uranium en Limousin. Celui que vous proposez n’est pas le moindre et je vais me permettre de le rajouter (en vous en créditant, bien sûr).
      Il se trouve que dans les années 70/80, j’étais passionné de minéralogie et la région uranifère où je suis né et où j’ai vécu est particulièrement riche en minéraux. Je me souviens qu’on pouvait même -dans des blocs de béryl- dénicher des émeraudes. Le musée de minéralogie de Limoges en exposait quelques échantillons. De quoi faire rêver le minéralogiste en herbe que j’étais et qui sillonnait la région sur son vélo, puis sur son cyclomoteur, pour dégotter les quartz enfumés, les calcites, les améthystes et autres pierres semi-précieuses (il me reste, dans ma cave, une étonnante collection). A 15 ans, il m’arrivait même de pénétrer, inconscient et en loucedé, les terrains barbelés des zones d’exploitation, dédaignant l’effroyable logo en forme d’hélice noire sur fond jaune qui m’annonçait que j’entrais en zone… sensible. Une fois, repéré, je fis l’objet d’une alerte, au haut-parleur du haut d’un mirador. A mon âge, je ne savais pas en apprécier la sublime symbolique. Bref, je vous assure que si je vous racontais ce que j’ai VU (de mes yeux vus) et entendu autour du nucléaire en Limousin en ces temps lointains, vous penseriez que j’affabule.
      Merci.

  3. @ JYf : c’est pas gentil de ne plus me donner signe de vie !

  4. Cowboy dit :

    En fait, Dominique, je peux bien vous le dire, Jyf n’existe pas. Je l’ai inventé, créé de toutes pièces pour donner à ce blog le semblant d’audience qu’il n’a pas.
    Bien sûr, j’ai aussi créé Michèle.
    Et tiens… je peux bien vous l’avouer… vous-même n’existez pas.
    Quant à moi, très honnêtement, j’ai quelques doutes.

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