De la révolution (4)

(suite des billets des 15, 18 et 19 février)

Chapitre 4 :

La révolution est également source de grandes inquiétudes. Certes, rapporté au sang, à la mort ou, à l’inverse, à la joie qu’elle est susceptible de produire, le concept d’inquiétude paraît assez mesquin.  On aurait tort de le sous-estimer. Surtout lorsque cette inquiétude affecte les marchés.

Les marchés sont régulièrement sujets aux inquiétudes. Ils se font de la bile pour un rien. Cette tendance est d’ailleurs assez naturelle puisque les marchés ne connaissent -en tout et pour tout- que trois sortes de sentiments : l’euphorie, l’inquiétude et la panique. Notez que la “panique” des marchés est très largement fantasmée. Elle ne se produit que très exceptionnellement et surtout en 1929. Depuis, les financiers sont devenus des gens sérieux, qui ne laissent rien au hasard et qui gardent toujours grand empire sur leurs passions. Ainsi, plutôt que de panique, parlera-t-on généralement de “vent de panique”. Précision historique : les défenestrations de banquiers lors du krach de 29 relèvent de la légende. Maintenant, mieux vaut prévenir que guérir, et je conseille, en cas de crise avérée, d’emprunter le trottoir d’en face en passant devant la banque.

Ainsi, et dans la très grande majorité des situations, les marchés financiers n’expriment-ils que les deux premiers sentiments cités : l’euphorie et l’inquiétude. Il suffit d’écouter une radio nationale sur le coup des 13h pour s’en convaincre. Le flash boursier commence invariablement par : “marché euphorique ce matin”, “l’euphorie se poursuit sur les marchés” ou “inquiétude sur les marchés”, “l’inquiétude grandit sur les marchés”, etc. Notez encore que, lorsqu’elles perdurent, les périodes d’euphorie sont source d’inquiétude. Elles donnent alors lieu à ce qu’on appelle des “séances de consolidation” et des “prises de bénéfice”.

J’anticipe, à ce stade, la question qui brûle les lèvres du lecteur. Elle est double et je la formulerai pour lui :

“Qu’est-ce qui produit, d’une part, l’euphorie et, d’autre part, l’inquiétude des marchés ?”

Eh bien, c’est très simple. Chaque fois que vous allez bosser en sifflotant, que vous marchez, d’un coeur léger, vers le bureau, l’usine, le chantier, la mine ou les champs, vous faites plaisir à voir et vous mettez du beaume au coeur des marchés. Chaque fois que vous travaillez avec entrain, que vous produisez de la richesse en veux-tu en voilà –et surtout si vous le faites pour un dollar par jour-, vous contribuez à la bonne marche et à la bonne humeur des marchés. C’est bien.

En revanche, quand vous traînez des pieds, quand vous débrayez pour un oui ou pour un non, quand vous cherchez des crosses au monde de l’entreprise ou pire quand vous vous en prenez aux dictateurs -qui ont leur côté bourru, certes, mais qui sont réglos en affaires-, vous faites de la peine aux marchés, vous inquiétez les marchés. Et c’est mal.

Les évènements de Tunisie et d’Egypte n’ont pas échappé à la règle. Ils ont fortement inquiété les marchés qui, bon an mal an, ont su tenir bon en prenant sur eux. Avec la Libye, un nouveau cap est franchi et c’est presque le “vent de panique”. “Inquiétude sur les marchés” annonçait-on à 12h59 sur France Inter. Pensez-donc… Toute cette violence, tout ce sang, tous ces morts ! Mettez-vous à la place des marchés ! Il faudrait avoir un coeur de pierre pour échapper aux affres d’une légitime inquiétude.

Cowboy

PS de très mauvais goût : l’observation de cette image montre la pénurie qui affecte les services de santé libyens. La preuve ? Les deux médecins de gauche (casaques rose et rayée) sont obligés -faute d’équipement- de mimer le pied de perfusion en levant le bras pour rassurer le blessé.

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