De la révolution (3)

(suite des articles des 15 et 18 février 2011)

Chapitre 3 :

Les révolutions marquent souvent l’avènement de ce qu’on appelle un leader charismatique. Le leader charismatique a une belle et puissante voix qui donne envie d’aller à la castagne. C’est du haut d’un balcon que le leader charismatique fait le plus d’effet, même si, en début d’insurrection, une caisse peut tout aussi bien faire l’affaire. Le leader charismatique est un type qui a des c… -ou du moins qui en a eu avant de connaître les tortionnaires du tyran. Au nom des souffrances qu’il a endurées, le leader charismatique est a priori un type sympathique et fréquentable. Il faut pourtant se méfier de sa belle voix et se garder de tout emballement à son égard, attendu qu’il est un peu comme l’enfant battu… il reproduit.

Pour faire la révolution, il faut être nombreux. Plus on est nombreux, plus la révolution a de chances de succès. Ça tombe sous le sens. Le tournant d’une révolution en marche intervient au “premier sang”. Soit il casse l’ambiance, soit il galvanise. Dans le second cas, c’en est fini des méchants. Car il se passe alors un truc incroyable. Incroyable et irréversible. Quand le manifestant voit les premières gouttes de son sang couler sur sa chemise, il a mal. Bien sûr qu’il a mal. Il a même très mal. Mais sa douleur a des effets collatéraux inattendus et en totale contradiction avec les objectifs de ceux qui la lui ont infligée. Alors que c’est un peu de sa vie qui s’en va par les trous de sa blessure, c’est aussi sa peur et son humiliation qui s’enfuient par les mêmes trous. Toute la peur et toute l’humiliation accumulées pendant des années de servitude foutent le camp. Pffft ! Comme par enchantement. Le blessé est lui-même étonné de se sentir si guilleret dans sa souffrance. Les trous de sa blessure deviennent comme la place de la Concorde aux heures de pointe. Ça circule dans les deux sens. Tandis que la peur et l’humiliation se font la malle, c’est la fierté, l’honneur, la conscience de sa force qui déferlent dans l’autre sens, qui s’invitent dans la blessure, pour remonter dans les veines, dans le sang, dans le cœur et dans la tête. Le blessé a mal mais le blessé sourit. C’est le signe infaillible de l’imminente défaite des méchants. A partir de cet instant, à partir de ce sourire, ils usent leurs cartouches en pure perte. Et quand ils n’ont plus de munitions ou des ampoules aux doigts, ils décanillent et la révolution est déclarée victorieuse.

Le succès d’une révolution est généralement suivie d’une “teuf” jusqu’à plus d’heure. Disons-le tout net, c’est le meilleur moment des révolutions, le moment où tout le monde s’aime, s’embrasse et communie dans la joie de la liberté retrouvée. Les purges commencent le lendemain. Une révolution sans purge, c’est comme un baiser sans moustache dans les années vingt. IM-PEN-SABLE !

La purge a pour objectif de s’attaquer au “fondement” du régime et consiste, en d’autres termes, à lui administrer le clystère. Ce n’est pas la partie la plus élégante d’une révolution.

Vient ensuite -voire dans le même temps, car tout va très vite- la mise en place du nouveau régime. J’ai dit plus haut que le meilleur moment de la révolution était la “teuf” et cette nouvelle étape le confirme. Là, vraiment, ça commence à merder… grave. Parce que quand les méchants ont été renversés, quand ils ont pris la poudre d’escampette et que les révolutionnaires investissent les palais, ceux-ci ont la surprise de constater qu’ils sont beaucoup plus petits qu’ils ne le pensaient et que leur nombre de culs révolutionnaires excèdent largement le nombre de fauteuils pleine peau laissés par l’ancien régime. D’où des tiraillements. Cette course au fauteuil s’explique très naturellement par le fait que les nouveaux dirigeants ont connu les geôles humides de l’ex-dictateur. Quand on a dormi sur une planche pendant des années, on a le dos moulu, les reins en compote, et on ne se supporte pas cinq minutes sur un strapontin.

Cowboy

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