Wikifuites 2

(suite du billet du 9 janvier)

Ainsi, disait Védrine, “Wikifuites” ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà. Oh là… tout doux ! Tu parles pour toi, coco ! Vu que toi et maman, à la maison, vous m’envoyez dans ma chambre chaque fois que vous avez des trucs de grands à vous dire.

Il y a quand même quelques révélations savoureuses dans ce fatras, non ? Personnellement, lire que le Vatican avait refusé de coopérer dans le cadre d’une enquête sur les abus sexuels de ses divins porte-flingues dublinois confortait l’estime dans laquelle je tiens la calotte. Ce n’est pas que je soupçonnais la moindre sincérité dans leurs discours de contrition, mais en recevoir la confirmation donne une once de légitimité supplémentaire à mes détestations. Lire que Noel Fahey, ambassadeur d’Irlande au Vatican, décrivait cette période comme “la plus difficile qu’il ait eu à gérer”, ça vaut son pesant de vin de messe, non ? Surtout quand on sait le motif de la réticence vaticane ? Non respect de la procédure et de la voie diplomatiques par la commission Murphy. Ben voyons…

Bref, il y en a d’autres bien sûr, mais combien sommes-nous à avoir passé les 250000 dépêches au stabylo ? Futile et inutile pensum de toute façon, vu que le point commun de toutes ces révélations est de n’avoir -contrairement à ce qu’on voulait nous faire craindre- AUCUNE conséquence. Les dispositifs de sécurité et d’autorégulation du système sont parfaitement verrouillés. Cette énième preuve de l’ignominie, de l’abomination et de la putasserie ecclésiastiques a occupé furtivement l’ouverture de deux ou trois journaux radio (et peut-être télé) sans qu’un seul fidèle ne manque à la messe du lendemain.

Le problème de Wikifuites est plus largement celui de la toile tout entière. L’inflation d’informations, leur juxtaposition font que ces informations s’annulent l’une l’autre, se phagocytent, se piétinent, se dissolvent. Wikifuites est capable, dans une même communication, de nous apprendre que tel sommet international s’est tenu à tel endroit parce que tel dirigeant y entretient une pétasse et qu’on a frôlé tel jour, à telle heure, une catastrophe écologique ou un conflit d’envergure. Le temps qu’on ait fini de se marrer à la première révélation, la seconde est passée, bousculée, poussée vers la sortie par une troisième, une quatrième… et combien d’autres.

Chaque information exige qu’on accorde à celui qui la reçoit un temps de réflexion, de digestion, de délibération, lui permettant de traiter cette information, de la faire sienne, d’en mesurer la portée, les implications avant de former son jugement, d’ajuster ses réactions. Je crois savoir, qu’avant les attentats du 11 septembre 2001, la CIA disposait d’éléments suffisamment troublants et convergents pour attirer son attention et attiser sa vigilance. Légèreté, incrédulité, manque de personnel, surcharge cognitive… toujours est-il qu’aucun signe précurseur de la tragédie n’a été pris en compte.

Qu’on n’aille pas croire cependant que j’exige, en tout et pour tout, une transparence totale. Loin de moi l’idée de remettre en cause la raison d’état et les secrets d’état. Ils s’imposent assurément. Mais faut pas non plus me prendre pour une bille. Que Wikifuites ou, plus modestement, le Canard Enchaîné aillent faire quelques poubelles pour révéler au grand jour qu’Eric Woerth est bien la canaille et le prévaricateur que je sais qu’il est me paraît relever des obligations les plus élémentaires de la profession de journaliste.

Cowboy

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