Message subliminal

(suite du billet du 29/10) 

Oui, franchement, le pouvoir de nuisance du corps enseignant ne laisse de m’étonner. Il est réel, c’est indéniable, même si ses causes me semblent largement fantasmées. L’enseignant fait dans le négoce de la culture et de l’intelligence, qu’il fournit et dispense sans contrepartie. Il ne produit pas de richesses, il en dépense. Aucun point de croissance n’est lié à son action.

Attention, qu’on ne se méprenne pas. Quand je dis que l’enseignant fait dans le négoce de la culture et de l’intelligence, je ne prétends pas qu’il en soit pétri. Il n’est qu’un intermédiaire. Point n’est besoin d’être une lumière pour en produire. On ne demande pas au libraire d’être Prix Nobel de littérature pas plus qu’on n’attend du disquaire qu’il décline sa discographie personnelle.

Non, vraiment, que les rythmes scolaires règlent le tempo de l’économie, de la politique et des mouvements sociaux me laisse perplexe. Surtout dans un pays où le chef de l’état est objectivement inculte et se revendique de l’inculture.

L’enseignant exercerait-il un pouvoir occulte ? Serait-il investi d’une autorité morale supérieure, sournoise, à laquelle se soumettrait l’inconscient collectif ? Il en est pour accuser les profs de jeter les gosses dans la rue. C’est à se demander si leur influence délétère ne va pas au-delà. Pensez donc, des mômes à qui on bourre le mou, à longueur de journées, avec une littérature rebelle, pernicieuse, à qui on scande et martèle les textes des Montaigne, Montesquieu, Voltaire et consorts (et je ne parle pas de ceux qui nourrissent l’obsession de La Boétie), ça laisse des traces, c’est fatal. Et je pose l’hypothèse que, d’une manière ou d’une autre, les gosses en parlent le soir, autour de la table familiale. Et même s’ils n’en parlent pas (pour cause de Kho Lanta et que mange ta soupe et ferme-la), ils sont à ce point imprégnés qu’ils contaminent insidieusement le foyer. En vérité, je crains qu’il suffise qu’un père embrasse son enfant avant l’embauche pour contracter aussitôt le syndrome du piquet de grève.

A ce stade de notre raisonnement, dont nous mesurions tant l’audace que la fragilité, nous avons voulu en savoir davantage. Conscients que nous risquions de jeter l’opprobre sur une profession sur la base de simples spéculations, “the Cowboy and the Comtesse” a souhaité confronter la théorie à l’expérience du terrain, à la réalité, en investissant un de ces lieux dont un panneau apposé à l’entrée proclame qu’il est ”interdit à toute personne étrangère à l’établissement” (est-ce un hasard ?). Une heure passée en classe de lettres d’un lycée de province a suffi. Le test est éloquent. Au programme ce jour-là, la scène 1 d’Andromaque. Rien que de très inoffensif, penseriez-vous. A voir…

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