Soy el Che !

Le mouvement s’essouffle. C’est ce que je lis, ce que j’entends un peu partout et je dois à la vérité d’avouer que le décompte (approximatif) que j’ai pu faire lors de la manifestation d’hier confirme une tendance que presse et radio amplifient avec jubilation.

Avec jubilation, disais-je, car je perçois le sourire, le soulagement, pour ne pas dire la joie des journalistes chaque fois que le flash qui leur est confié est l’occasion d’annoncer la fin de la grève ici ou la réouverture, là, d’un dépôt de carburant. Déjà, mercredi soir –quoique sans me le dire explicitement– chacun semblait avoir à coeur de m’éviter le déplacement du lendemain, en m’assurant que les cortèges seraient exsangues et que je serais mal inspiré d’aller me ridiculiser aux côtés d’une poignée de braillards radicaux. Je suis passé outre mais je conviens, beau joueur, que si le défilé auquel je me suis associé était encore de bonne facture, ce n’était plus l’affluence des grands jours.

C’est « l’effet vacances », paraît-il. Il était prévu, programmé, annoncé, souhaité et rarement un gouvernement avait attendu avec autant d’impatience que le pays débauche. Attitude paradoxale dans le contexte mais… le fait est.

Que le pays débauche ? Mais qu’est-ce que je raconte, moi ? Ainsi, tout s’arrêterait pendant les vacances scolaires ? Ainsi impulserais-je au pays tout entier le rythme de son activité économique et politique ? Ainsi, quand je suis en exercice, aurais-je le pouvoir de déchaîner les foules, d’ébranler les gouvernements, de faire et défaire les républiques ? Et il suffirait que je me posasse cinq minutes pour que docilement, tout le monde rentrât dans le rang ? Franchement, la révélation me troue le cul. Quelle responsabilité !!!

Si tel est le cas, j’aime autant vous dire qu’aucun projet de modification des rythmes scolaires ne franchira la porte des groupes de réflexion. Si je tiens à mes seize semaines de vacances, d’autres ont de bonnes raisons d’y tenir plus que moi encore. Pouvez toujours gueuler « ils ont trop de vacances, ces fumiers » (oui, oui, ne le niez pas, je vous ai entendu, vous là, le petit gros avec les moustaches, poujadiste de mes deux), z’avez aucune chance d’être entendus. La garantie de mes seize semaines, c’est du pouvoir que je la tiens. De tout pouvoir quel qu’il soit. Mes seize semaines, ce n’est pas aux psychopédagogues, aux chronobiologistes que je les dois, c’est à l’instinct de conservation de la classe dirigeante. Eussé-je les cinq semaines règlementaires de tout citoyen lambda, aucun gouvernement ne tiendrait six mois. Je suis le Che !!!

Publicités
Cet article a été publié dans Divertissement, Economie, Education, Politique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s