Vous la sentez ?

Non, je parle de la grève. Celle de d’main. Non, hein ? Vous la sentez pas ? Je m’en doutais. France Inter non plus ne la sent pas. Or, France Inter, en matière de grève, c’est le baromètre qui ne trompe pas. Celle du 7, ils la sentaient bien, ils l’annonçaient triomphante et triomphante elle fut. Celle de d’main, z’y croient pas. Perdre une deuxième journée le même mois, c’est pas raisonnable, qu’ils disent. Ils ont dû se procurer nos fiches de paie, y z’ont fait le calcul et, compte tenu du crédit sur le canapé pleine peau Tousalon… si on veut quand même changer la Logan à la fin de l’année, ils nous la déconseillent carrément.

Elle s’appelle Patricia. Je m’en souviens, son interview passe quasiment en boucle depuis deux jours. Elle est caissière dans un supermarché (Hein ? Patricia Caisse ? Oui, ç’t’amusant). Donc, Patricia a fait grève le 7, mais là, franchement, pourra pas. D’autant plus que si y font grève deux fois dans le trimestre, la prime saute. Cent euros… “c’est qu’on en fait des choses avec cent euros” (sic Patricia).

Hein ? Quoi ? Le journaliste a-t-il regimbé ? A-t-il parlé d’atteinte au droit de grève ? Non, non, pas du tout. Ah ben, écoutez, question de déontologie. C’est le principe du “micro-crottoir”. L’info brute de décoffrage. Pas question pour un journaliste digne de ce nom de s’approprier un témoignage pour faire de la politique politicienne. Sont comme ça à France Inter. Réglos. Service public oblige.

Parenthèse : Réglos mais pas drôles, faut bien l’avouer. Moi je lui aurais dit à la Patricia que compte tenu de ce qu’elle gagne, l’a pas grand-chose à perdre. Ça doit d’ailleurs être pour ça que c’est toujours les pauvres qui font grève. Ce n’est pas seulement pour des questions de revendication. La grève, c’est un peu l’apanage et le luxe du pauvre. Pourraient pas, les riches. Au-delà d’un certain salaire mensuel, la grève devient un pari illusoire. Si le billet de Loto coûtait 500 ou 1000 euros, qui tenterait sa chance ? Le riche ne peut pas se permettre de perdre une grève. Seul le pauvre a les moyens.

Bref, pour apporter une caution “scientifique” au bon sens de Patricia, intervention, dans la foulée, de l’expert dont on sent presque l’after-shave. En gros, il confirme que la messe est dite, le dossier plié, point barre.

“Ainsi, vous pensez que la pression de la rue ne fera pas fléchir le gouvernement”, renchérit la journaliste, craignant qu’occupé à éclater un comédon dans le miroir de la salle de bains, je n”aie pas bien saisi un message à peine subliminal. L’autre s’exécute, docile, allant jusqu’à prétendre qu’une grève réussie pourrait avoir des conséquences dé-sas-treuses en ce qu’elle exacerberait les tensions et radicaliserait les positions. On sent que le paradoxe séduit l’intervieweuse. Elle en redemande.

Pendant ce temps, je me dis, sournois, que l’exacerbation des tensions, la radicalisation des positions… j’ai rien contre. Ce que je peux être ballot, tout de même ! Bon, faut dire aussi que je ne suis pas expert.

C’est plié qu’on vous dit. La loi, votée, est désormais entre les mains noueuses des sénateurs. A part l’échapper sur la moquette –tellement moelleuse qu’il n’y a guère de risque qu’elle en pâtisse– on voit mal ce qu’ils pourraient lui faire subir. 62 ans, c’est l’âge de leurs petits-enfants aux sénateurs. Alors pensez…

Oui, mais 95 ? Oui, mais le CPE ? On peut pas comparer, a dit l’expert. Ah bon ?

Cowboy

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