Match nul

C’est apparemment le bilan de la journée d’action de jeudi. Les syndicats n’ont pas crié victoire et l’Elysée s’est bien gardé de pavoiser. En d’autres termes, on n’a pas gagné mais on n’est pas éliminé et je gage qu’une mobilisation moindre nous aurait valu l’annonce de quelques sacrifices supplémentaires à consentir. J’étais à la manif, ne me remerciez pas, serviteur.

Maintenant, et en dépit de promesses déjà anciennes, je n’ai pas/plus grand chose à dire sur la question des retraites. La conjuration des fourbes et des imbéciles m’épuise et si un simple raisonnement de bon sens avait des chances d’être reçu, on ne m’aurait pas attendu.

Je me contenterai de deux ou trois remarques émises en bâillant.

2050. Chronique d’une catastrophe annoncée. Il y a urgence. Dont acte.

Question : comment se fait-il que les gens capables de prévoir une catastrophe dans quarante ans se soient-ils révélés incapables de subodorer une situation d’urgence il y a… vingt-huit ans ?

Si le politique est doublé d’un visionnaire, alors Mitterrand et Mauroy savaient pertinemment (en abaissant, en 1982, l’âge de la retraite à 60 ans) qu’ils mettaient, à terme, le pays dans la panade. Ou alors avaient-ils prévu le retour de la droite –qui plus est, de cette petite frappe de Sarkozy (c’est ce qu’il semble penser)– et ils n’ont pas résisté au plaisir de lui savonner la planche. Amusant mais, franchement, le raisonnement ne tient pas. Démagogie de gauche ? Sûrement, vous avez raison. En 82, c’est bien connu, la démagogie était une arme de gouvernement… ce n’est plus le cas aujourd’hui. Heureusement. Hein ?

La vérité est beaucoup plus simple. L’horizon 2050 est un épouvantail à couillons. La prévision à quarante ans, c’est de la science fiction. Point barre. D’ailleurs, comment accorder la moindre crédibilité aux discours de gens qui, huit jours avant la crise mondiale, se frottaient les mains à chaque fermeture des marchés et qui m’annonçaient, il y a six mois, la reprise, quelques semaines avant qu’un nouveau séisme financier n’agite la zone euro. Si un élu était capable de clairvoyance (et surtout de sollicitude) au-delà de sa prochaine échéance électorale, ça se saurait depuis longtemps.

Sans compter –on oublie de vous le préciser et c’est là le plus drôle ou le plus tragique– que l’hypothèse 2050 n’est recevable qu’après acceptation du présupposé libéral. L’explosion de la bulle des retraites n’est inévitable que dans un monde soumis à la loi des marchés qui vous ruinent une planète en un mois et placent un pays en cessation de paiement en une semaine. L’hypothèse 2050 exclut toute remise en cause, entre temps, du capitalisme (dont on se demande pourquoi il est dit financier…). Bref, vous serez dans la merde en 2050 parce qu’on entend bien continuer à jouer aux cons et à vous tondre la laine sur le dos.

La question des retraites ne surgit pas sous l’effet du seul paramètre démographique (je signale au passage que la France est le meilleur producteur d’enfants de l’Europe de l’ouest). Que le vieillissement de la population ne rende pas les choses faciles, il ne viendrait à personne l’idée de le contester. Mais que dire des politiques de réduction systématique des masses salariales (inaugurées par la fin de l’ère industrielle) et les délocalisations organisées méthodiquement depuis des années. Moins d’actifs ? A qui la faute ?

Dois-je une fois de plus citer un rapport du Conseil Economique et Social (qui compte peu de bolchéviques dans ses rangs) en date de 2003 :

“Au cours du XXème siècle, et plus particulièrement de sa deuxième moitié, la productivité horaire du travail a été multipliée par 20, le PIB de la France a quant à lui été multiplié par 14.” (sic) Dans le même temps, “la croissance de la productivité s’est pour partie traduite dans des vagues de licenciements, la baisse de la masse salariale (…) et une hausse du taux de profit.” (sic !).

Je pose donc une question simple : Si le travailleur français doit pâtir de l’augmentation de sa durée de vie, n’a-t-il pas le droit de profiter de celle de sa productivité ?

En deux mots comme en cent, le discours de nos dirigeants consiste, après avoir conduit une politique de remembrement ravageuse, à nous dire : “Mais bon sang de bonsoir, vous voyez bien qu’il n’y a plus d’arbres ?”

Et, fondamentalement, je suis intimement persuadé que ce qu’on veut AVANT TOUT, c’est vous voir TRA-VAIL-LER. Votre oisiveté est dangereuse pour le puissant. Vous pourriez en profiter pour penser.

PS Je parle souvent ici d’obscénité. La (re)proposition récente (et vieille obsession du MEDEF) de Laurence Parisot de (re)lancer les retraites par capitalisation –dont elle SAIT qu’elle a ruiné une vie d’épargne de millions de retraités américains et britanniques dans le contexte de la crise mondiale– en fournit une parfaite illustration.

Cowboy

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