Avec du persil dans les oreilles

Tiens ! Un autre qui me plaît, un autre qu’il est bien… enfin, moi, je trouve, c’est Kessler. Denis de son petit nom. Vous le connaissez ? Franchement, il mérite. 

Ça sonne bien Kessler, non ? Ça fait penser à “caisse claire”. Bien sûr, Denis, ça fait penser à Diderot aussi. Mais pas longtemps. Kessler, il a pas ouvert le clapet qu’on pense plus à Diderot. Ni à la mère Denis d’ailleurs. Car s’il a les mains tout aussi potelées, je gage qu’elles sont nettement moins “encroûtées, éraillées, durcies par la potasse des lessives et le suint des laines”. Pas plus qu’elles ne “restent entrouvertes pour présenter d’elles-mêmes l’humble témoignage de tant de souffrances subies” (Mme Bovary). Je m’égare.

Pourtant, rien à voir avec Hervé Novelli, ex-militant d’extrême droite dont il était question hier. Lui, le Denis, quand il était jeune, c’est marxiste qu’il était. Maoiste même. Si, si ! Et puis de fil en aiguille, il est devenu vice-président exécutif du MEDEF. Entre 1998 et 2002. Désormais, il est président du groupe SCOR, une société de… réassurance –que je savais pas que ça existait.

Maintenant, ça ne m’étonne guère, parce que de l’assurance, il n’en manque pas Denis. D’après Wikipedia, il défend “une remise à plat totale du modèle social français” (cf le magazine Challenges d’octobre 2007).

Une “remise à plat”. J’adore ces expressions imagées : “remettre à plat”, “faire bouger les lignes”, “réduire la voilure”, etc. On sait tout de suite à qui on a affaire. Pour le remettre à plat, le modèle social français, il me semble qu’il doit falloir le laminer, non ? C’est ce à quoi s’emploie le Denis et, d’après lui, le gouvernement français itou. Il s’en réjouit, Denis. Ecoutons-le. Ou lisons-le… avant d’aller voter :

“Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance […] Il est grand temps de réformer, et le gouvernement s’y emploie […] La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception […] Il s’agit aujourd’hui de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance.” (l’article complet en PS)

Ma grand-mère disait souvent : “Celui-là, je l’achèterais pour le battre”. Puisse ce genre d’envie ne me prendre jamais, j’exploserais mon budget.

 

 

 

PS l’article complet paru le 4/10/2007 dans « Magazines Challenges »

Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées – toujours qualifiées d’« historiques » -et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.Ce compromis, forgé aune période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général) se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.

Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les « tabouise » en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.

Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse. » 

par Denis Kessler 

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