Journal de l’acheneneun (5)

Je suis pris d’un doute. Mes convictions sont ébranlées. Il y a encore quatre ou cinq jours, je vivais mon entêtement à refuser la vaccination comme un acte de résistance et tout à trac, je n’en suis plus si sûr.

C’est tout moi, ça. Les convictions, c’est ce que j’ai de plus fragile (avec les lombaires peut-être). Un jour, je les ai absolues, profondes, intimes, définitives et le lendemain, elles se fissurent de partout. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai renoncé à croire en Dieu. Parce que si je croyais, je lui ferais de la peine tous les jours au grand efflanqué des Ecritures. Il suffirait d’un accident aérien, d’un tremblement de terre à l’autre bout de la planète ou pire que je m’entaillasse légèrement le menton en me rasant pour qu’aussitôt je lui retirasse ma confiance et émisse des réserves sur ses compétences, son infinie bonté, sa perfection, voire son existence même.

Qu’est-ce qui me fait douter dans le cas présent ? Je sais pas… c’est quelque chose, quelque chose dans l’air, dans les regards, une tendance qui s’inverse. Au bureau, quand “l’acheneneun” n’était qu’une hypothèse lointaine et que je pérorais contre la vaccination collective dont le seul objectif, tonitruais-je, était d’engraisser les laboratoires pharmaceutiques, on opinait. Quand je disais que nos dirigeants se fichaient de ma santé comme de leur première promesse électorale, quand je prétendais que la seule chose qui les préoccupait, c’était que toutes les forces vives de la nation se retrouvassent au plumard en même temps et que la machine économique se… grippât, on riait.

Or, plus on se rapproche du pic de l’épidémie, plus le cercle qui m’entourait se restreint. Mon public me boude et les rieurs d’hier ne consentent plus qu’un sourire poli ou s’éloignent, discrètement, le bras encore endolori du vaccin reçu la veille.

Je pensais incarner le courage, la témérité, la désobéissance civile, je me rêvais brandissant le chiffon rouge de l’insurrection et me demande si je ne serais pas, au bout du compte, sur le trottoir, en train d’agiter le drapeau de l’ennemi qui défile dans les rues de nos villes.

Bref, la “panzerdémie″ est là, on entend les cliquetis de ses chenilles sur l’asphalte et je fais le choix infâmant de la collaboration. Je suis le Rebatet, le Brasillach, le Drieu La Rochelle, et le Louis-Ferdinand de “l’acheneneun″. Tandis que les apprentis Jean Moulin patientent, l’épaule dénudée –au risque d’attraper une pneumonie– aux portes des gymnases, sous des chapiteaux dressés à la hâte ou contre les enjoliveurs d’hôpitaux itinérants, je prépare le lit de l’occupant et cours acheter “l’acheneneun sans peine″ afin de pouvoir deviser, le soir au coin du feu, avec l’Obersturmführer viral qui prendra prochainement ses quartiers dans le confort douillet de ma personne. Car ce dont je ne doute pas, c’est que le virus que l’avenir me réserve sera haut placé dans la hiérarchie de l’affection. Tandis que d’autres, plus chanceux, hébergeront des germes harassés, poussifs, en bout de course, je vais, je le sens, me taper l’état major. D’ici à ce que ma compagne se retrouve tondue au printemps…

Cowboy

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