Journal de l’acheneneun (1)

Qu’Anne Frank se le tienne pour dit, je commence aujourd’hui le journal de l’acheneneun. Tous les jours (ou presque) en fonction de mon état, de mes disponibilités et surtout de mon bon vouloir, on lira ici mes impressions de futur malade, de malade et, enfin, de convalescent ou d’agonisant. Dans le pire des cas, ma compagne, informée, relaiera les ultimes paroles que, l’oreille collée à mes lèvres desséchées, gonflées ou purulentes, elle recueillera pour mon lectorat. Ce qui signifie que, tout autant que la publication régulière de mon bulletin de santé, le nombre de fautes d’orthographe dans les prochains billets sera un indicateur précieux quant à ma capacité à me traîner moi-même jusqu’au clavier.

“The Cowboy and the Comtesse” inaugure, ce jour, le reality-blog. Il fournit, en kit, la panoplie du parfait voyeur qui permettra au lecteur de suivre son odyssée sanitaire. La mort en direct ? Qui sait ? C’est parti !!!!

J moins ?

C’est exactement le temps qu’il me reste avant que, du fond de mon lit, râlant et maudissant mon intransigeance, je ne livre à la bête immonde une bataille perdue d’avance. Quand je pense dans quel état me met un simple rhume, j’en frémis. Aujourd’hui, là, tout de suite, hic et nunc, dans la grisaille et les frimas, je jouis (je le sens) de mes derniers jours (heures ?) de belle santé. Demain, après-demain, dans huit jours, dans un mois, le truc de la photo de droite (est-ce un hasard ?) va sournoisement s’insinuer en moi –si ça se trouve, vu le temps d’incubation, c’est déjà fait–, se balader en matamore conquérant dans les rues de mon organisme, saccager des vitrines, retourner des bagnoles, foutre le feu aux poubelles, glavioter dans mes canaux lymphatiques, tataner la gueule de mes organes, festoyer et se goberger de mes globules blancs et faire enfin de grands barbecues dans les jardins ravagés de mes profondeurs intimes (ou “les profondeurs ravagées de mes jardins intimes”, la réversibilité étant la qualité première de ce genre d’images).

Je le vois d’ici. Ou plutôt je l’imagine. Avec sa tronche d’apache, sa casquette de travers, sa cibiche à la lippe, ses auréoles sous les bras, son air arrogant, rotant, pétant et faisant des doigts d’honneur à la pharmacopée.

Pourtant, c’est décidé, croix de bois, croix de fer, etc. s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là… Non, non et non… je ne me ferai pas percer. Vous n’aurez pas mes veines et mes artères ! (oui, bon, ça va, je sais que c’est une intradermique mais je trouve que “vous n’aurez pas mes veines et mes artères”, ça ch… un peu plus à l’oreille et ça sent l’acte de résistance, non ?).

Oui, je le crie, je le proclame, je le scande et le répète, je ne me ferai pas percer.

La suite, demain, si Dieu le veut.

Cowboy

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