Comment ça marche ?

Sauf erreur de ma part, je n’ai jamais été lauréat du prix Goncourt. Ni d’aucun autre prix d’ailleurs. Mes seuls triomphes se sont cantonnés à des inscriptions trimestrielles au tableau d’honneur pendant mes années de collège.

Je n’ai jamais été délégué de classe, ni militant, ni responsable de quelque groupuscule que ce soit et je fuis toute vie associative comme la peste. J’ai un immense respect pour mes semblables et je me garde bien de trop les fréquenter, convaincu que ce respect ne survivrait pas longtemps à leur commerce régulier.

Je suis un anonyme ; cet anonymat n’est pas sans avantage. Mon indice de représentativité est de zéro et mon pouvoir de nuisance quasiment nul. Je ne constitue pas un danger pour la société et peux m’exprimer haut et fort sans que ça tire à conséquence. Mes cris, mes diatribes sont des missiles à courte portée qui ne régalent –ou ne scandalisent– que mon entourage immédiat. Ainsi pourrais-je proclamer ici qu’Eric Raoult est décidément un gros c… sans que ça fasse la moindre vague. Peut-être le modérateur à demi-sommeillant devant ses écrans me ferait-il les gros yeux (en ricanant sous cape) mais ça n’irait pas plus loin. D’autant plus que j’accèderais de bonne grâce à son désir de modération en remplaçant, sans barguigner, l’adjectif “gros” par “enveloppé”, tout aussi efficace et nettement plus consensuel.

Non, si je parle d’Eric Raoult, c’est simplement par association d’idée. Le thème que je voulais aborder aujourd’hui est celui de la bêtise, de la “connerie”. Moins de quarante-huit heures après qu’il eut évoqué le “devoir de réserve de l’écrivain”. Ça tombe bien mais je jure que c’est pure coïncidence.

La connerie. Un sujet passionnant. Toujours évoqué, toujours cité, mais trop rarement étudié. Il faut avouer que l’entreprise est ardue. Le concept est volatile, presque insaisissable. Il court de vous à moi au gré de nos humeurs respectives. Quel lecteur fidèle ne m’a jamais traité de “con” au détour d’une phrase, au terme d’un billet, tout comme il a pu m’arriver, ça et là, de former muettement les trois lettres à la lecture de tel commentaire. Parfois avec tendresse d’ailleurs, et là est bien le problème. “Connerie”, “con” se prêtent si aisément à l’emploi antiphrastique que la connerie véritable, abyssale, majuscule, sédimentaire, insondable, indécrottable y perd beaucoup.

Car c’est celle-ci qui m’intéresse. La connerie abyssale, MAJUSCULE, sédimentaire, indécrottable et monstrueuse, la connerie absolue, définitive, la bonne, grosse, grasse, vieille connerie, la connerie consubstantielle – celle qui vous laisse sans voix et qu’on regarde simplement passer d’un œil effaré. C’est d’elle dont je voudrais connaître le fonctionnement, la production, la genèse presque. Parce qu’enfin… avant qu’elle franchisse la vanne des lèvres, il faut bien la concevoir, la penser, la pétrir, la fabriquer. Comment est-ce que ça se passe ? Concrètement. N’existe-t-il pas des appareils, des scanners qui, après injection de quelque colorant dans les canalisations cérébrales, nous permettraient d’en observer l’élaboration, la maturation lente ou rapide, le cheminement tortueux le long des chéneaux et des gouttières de l’esprit jusqu’à l’égout buccal. N’y a-t-il pas des chicanes, des checkpoints, des dérivations, des filtres, voire des Vopos –puisqu’on est en pleine célébration– de nature à en ralentir ou en arrêter la course infernale. Comment, par exemple, l’idée –puis la profération– de ce “devoir de réserve de l’écrivain” a-t-elle pu germer, fermenter, pétiller, dans le cortex raoultien ? Et surtout comment a-t-elle pu franchir chaque étape, de sa conception jusqu’à son exonération, sans attirer l’attention, sans déclencher quelque alerte, sans actionner quelque levier stoppant aussitôt son déferlement indécent et obscène, sans déchirer in extremis la zone de contact entre deux synapses chargés de convoyer cette déjection. Comment ? Sans compter qu’avant d’en badigeonner les journaux, il s’est bien trouvé quelqu’un, une oreille, une narine, pour en avoir la primeur, prendre la mesure de l’énormité et pour lui dire, à l’enrobé… “halte là !” Eh ben faut croire que non ! C’est fou, hein ?

Cowboy

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