Ne m’appelez plus jamais Prix Nobel

Ah, le prix Nobel ! C’est quelque chose, le prix Nobel. Le prix Nobel, c’est la récompense, la consécration, le couronnement suprêmes. Une récompense de portée IN-TER-NA-TIO-NALE, dit Wikipedia en ouverture de son article. Un prix décerné à des personnes “ayant apporté le plus grand bénéfice à l’humanité” poursuit l’encyclopédie en ligne.

Sur un CV, une carte de visite, ça pose un peu son homme, le prix Nobel. Oui, statistiquement, c’est surtout son homme que ça pose, les prix Nobel. En tout et pour tout –toujours sur Wikipedia-, j’ai compté 38 femmes nobélisées dont… Jean-Marie Le Clézio, mais ça doit être une erreur -à moins que… Marie, ça les ait foutu dedans.

Sachant que le prix Nobel a été créé en 1901, qu’il récompense cinq disciplines (sans compter le petit dernier, l’économie) et qu’à de rares exceptions près, il a été décerné tous les ans, ça vous fait –à la louche– près de 500 paires de c… décorées pour seulement 38 paires d’ovaires. Si vous aviez un doute sur vos vertus, mesdames, je suis en mesure de le lever.

Mais l’objectif du présent billet n’était pas de m’attirer les bonnes grâces de la gent féminine en soulignant l’injustice qui, une fois de plus, lui est faite. Fin, donc, de la digression inaugurale.

L’objectif, on le devine, est d’apporter une note discordante dans le tumulte médiatique que soulève l’attribution du plus prestigieux de tous les prix, celui de la Paix, à Barack Hussein Obama, président des Etats-Unis d’Amérique.

Qu’a-t-il fait pour mériter ça ? (en dehors de nous débarrasser de Bush et de sa clique… ce qui somme toute…). Lui-même était un peu gêné en apprenant la nouvelle et ses premiers mots cachaient mal un certain embarras : “Let me be clear : I do not view it as a recognition of my own accomplishments (…) To be honest, I do not feel that I deserve to be in the company of so many of the transformative figures who’ve been honored by this prize”.

Car, si vous avez bien lu la phrase d’ouverture de l’entrée “Prix Nobel” de Wikipedia, il s’agit d’un prix récompensant des personnes “ayant apporté le plus grand bénéfice à l’humanité”. Or, Obama n’a, à ce jour, apporté que de l’espoir, dont beaucoup vous diront qu’il est d’ores et déjà déçu (et qui vous le diront avec d’autant plus de conviction qu’ils ont placé tous leurs efforts dans la balance pour lui mettre les bâtons dans les roues).

Aussi, tel abonné du Monde a-t-il beau jeu d’écrire dans une chronique sélectionnée par la rédaction :

“(…) qui aurait l’idée de décerner le prix du Meilleur Ouvrier de France au jeune boulanger qui vient d’ouvrir boutique au coin de ma rue pour l’encourager à faire de bonnes baguettes ?”

Amusant, non ? Moi, je trouve. Et de citer la glorieuse liste des impétrants : Henri Dunant, Albert Schweitzer, René Cassin, Martin Luther King, Mère Teresa, Desmond Tutu, Médecins sans frontières. Que des pointures.

Sûr que l’Obama, il doit pas faire le fier dans ce Panthéon.

Pourtant, je voudrais ici le rassurer. En attirant son attention sur un lauréat au moins (et dans la même catégorie que lui) : Henry Kissinger, l’homme dont la responsabilité dans le coup d’état et le bain de sang au Chili en 1973 (l’année où, ironie du sort, il était nobélisé) n’est plus à établir et qui disait, à l’occasion des enquêtes sur les crimes perpétrés par la junte : “Je ne vois pas pourquoi il faudrait s’arrêter et regarder un pays devenir communiste du fait de l’irresponsabilité de son peuple.” Charmant, non ?

Une autre citation ? Que diriez-vous de celle-ci -quand il justifiait son soutien à l’infâme Suharto en ces termes : “C’est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute” (”he may be a son of a bitch but he’s our son of a bitch”). Dois-je encore évoquer ses complicités notoires avec la junte argentine et l’opération Condor ou ça suffit ?

Bref, que le président des Etats-Unis d’Amérique ne s’encombre pas trop de pudeur face aux largesses du parlement norvégien. S’il n’a rien fait pour mériter ce prix, au moins ne l’a-t-il pas encore déshonoré. Et si selon l’expression “il vaut mieux avoir des remords que des regrets”, les membres du comité peuvent le couronner et dormir tranquilles.

Tiens… 0h16… je vais y aller aussi. Bonne nuit.

Cowboy

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