Balkanaille

9h45. Je ne suis même pas douché. Quand je vois ce que j’ai à faire, rien qu’aujourd’hui, je voudrais que l’espérance de vie fût portée à deux ou trois siècles. Même en me levant tard, ça me laisserait de la marge.

Sans compter que si l’on vivait deux ou trois cents ans, il me semble que la canaille y regarderait à deux fois avant de s’encanailler. Non ? Tiens, prenez Madoff, par exemple. S’il avait eu la garantie de purger la totalité de sa peine, m’est avis qu’il aurait hésité, ce vieux.

Parce que je sais pas si vous avez remarqué, mais la canaille n’est que rarement un oisillon de l’année. Pour devenir une parfaite pourriture en col blanc, une bonne vraie fripouille bien hideuse, bien juteuse, ça prend du temps. La phase d’apprentissage est lente, l’entraînement laborieux. Faut se faire la main, commencer tôt. A cinq ans, on taxe le camion de pompier du petit copain au jardin d’enfants, à onze, flanqué de deux ou trois cancres sédimentaires, on s’arroge le monopole des frites à la cantoche. Puis on tisse des réseaux qu’on teste en faisant sauter sa première contredanse. Le détournement d’argent et de fonds publics, l’abus de bien social, la forfaiture n’interviennent que beaucoup plus tard, au prix d’une longue expérience. C’est la raison pour laquelle, sur le banc des accusés, on ne voit généralement que des vieux. Vieux dictateurs, vieux banquiers, vieux politicards. D’autant plus que la justice est une vieille dame binoclarde, percluse de rhumatismes, qui peine à se mettre en marche. Elle leur balance bien par-ci, par-là, quelques coups de sac à main mais ne les épingle, dans le meilleur des cas, qu’en fin de carrière.

Prenez les Tiberi. La sentence vient enfin de tomber. Trop tard. Le temps qu’ils aient épuisé les recours, l’affreux tandem sera entre quatre planches de chêne. Prenez Pasqua, tellement enduit de vieille graisse corrompue que la justice a encore du mal à s’en saisir. Prenez Balkany dont le casier judiciaire est si épais qu’il porte, à lui seul, une lourde responsabilité dans la déforestation amazonienne. Prenez… bref, j’en passe.

Mais attention, qu’on ne se méprenne pas. J’ai cité Madoff, Tiberi, Pasqua, Balkany. N’allez pas croire que je confonde le virtuose de l’escroquerie aux 65 milliards avec l’amateur, le brocanteur de l’arnaque –l’ensemble des sommes détournées par le couple Balkany n’excèderait pas 1 000 000 d’euros… une misère. Ce que je compare, c’est la morgue insoutenable, l’amoralité militante, en un mot, l’obscénité de ces êtres chez qui je cherche en vain le signe, l’indice ténu, l’empreinte diffuse de nature à me convaincre que nous appartenons à la même espèce.

L’obscénité ? Obsession de ce blog. Faut-il encore définir le terme ? Pas facile tant elle a, telle l’Hydre de Lerne, de multiples visages.

L’obscénité, c’est ce qui traque, offense, humilie, avilit l’humanité qui est en moi par son inconvenance, son indécence, son manque de pudeur. C’est cet étalage monstrueux, ostentatoire, lubrique des plus effrayantes noirceurs d’une âme. C’est une conscience jaunie qui jubile de ses propres turpitudes, qui trempe ses chairs flasques dans le bain ignoble de l’impudeur, du mensonge et de la tricherie. C’est cette propension à se vautrer dans la scélératesse, cet appétit insatiable de honte, cette boulimie d’ignominie, cette façon de toujours commencer là où l’infamie croyait finir pour en repousser encore les limites. 

L’obscénité ? Un exemple en images, dans cet extrait vidéo (déjà ancien, 2006), où Balkany se laisse piéger par de faux journalistes américains. Tiens… savez quoi ? Si j’avais 150 ans de prison à distribuer, je crois que je préfèrerais encore les décerner à cette minute quarante de Balkany qu’aux vingt ans de fraude d’un Madoff dont AUCUNE des victimes ne pouvait ignorer –compte tenu des intérêts servis– qu’elles trempaient dans une arnaque.

“Hausse périlleuse de la dette, explosion des dépenses festives, “anomalies” dans le contrôle des frais : la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France a dressé un sévère bilan de la gestion de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), dont le maire est Patrick Balkany, un proche de Nicolas Sarkozy.” C’est ainsi que commence l’article du Monde du 29/06/09 intitulé : “La gestion de Patrick Balkany à Levallois-Perret épinglée” (le rapport, daté du 6 avril, est disponible sur Rue89)

Cowboy

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