La démocratie, ça prend le chou

Franchement, la démocratie, c’est pas pour en dire du mal, mais quelle plaie ! On dira ce qu’on voudra mais un régime un peu musclé, c’est autrement plus simple. On s’y repère mieux.

Un régime autoritaire, c’est comme un beau terrain de football. Une pelouse nickel et des lignes blanches tracées au cordeau et repeintes tous les matins. A droite de la ligne, c’est bien, à gauche, c’est mal, point barre. C’est pas compliqué. Si y en a des qui sont un peu lambins de la comprenotte, à gauche de la ligne, juste au ras, tu mets une rangée de barbelés ou tu plantes une mine antipersonnel tous les trente centimètres, tu peux être sûr que le contrevenant contreviendra une fois… jamais deux.

A l’inverse, la démocratie, ça t’a des airs de terrain vague. Des lignes, y en a tellement qu’on s’y perd. Le contrevenant, y a toujours une loi pour lui trouver des excuses, des circonstances atténuantes. L’opposant, le contestataire, le rebelle, on leur consent des droits ! Alors pensez !

Pour comprendre, y a qu’à suivre la polémique actuelle sur un certain nombre de lois et dispositions initiées par ceux qui nous gouvernent : loi Hadopi, portiques de sécurité dans les écoles, fouille des cartables, loi sur les bandes et le port de la cagoule, etc.

Bon sang de bonsoir, c’est pourtant simple. Le gouvernement fait le constat de problèmes mettant en cause la propriété intellectuelle et la sécurité, il réagit et les règle en un temps record de quelques traits de plume. Il serait en droit d’attendre de la gratitude, des applaudissements. Que nenni ! Une volée de bois vert ! Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les commentaires publiés sous l’article du Monde déclinant ces diverses propositions de lois. Et que je te crie à la dérive sécuritaire, et que je te crie à la démocratie menacée, au fascisme rampant et patati et patata. Franchement !! Y en a, dès qu’on grignote un touuuut petit coin du vaste espace de nos libertés individuelles ou publiques -même s’il s’agit d’une minuscule bande, toute racornie, juste au bord, quelques centimètres carrés effilochés, à un endroit où on ne va même pas- eh ben ils poussent des cris d’orfraie ! Ah je vous jure !

Heureusement que dans ce concert de droitsdel’hommistes bêlants, dans ce tohu-bohu de la déraison, quelques voix -timides, posées- s’élèvent pour remettre un peu de bon sens dans le débat. Fouiller les gosses à l’entrée du bahut ? Et alors ? Pas de quoi fouetter un chat ! Ça va pas les traumatiser les biquets ! On leur fout bien des torgnolles à la maison sans que le TPI s’en émeuve ! Et puis il y a l’argument définitif, imparable : “si on a rien à se reprocher, on n’a rien à craindre de la loi, quelle qu’elle soit.” Alors ? Qu’est-ce que vous avez à répondre à ça ?

Non, de deux choses l’une : soit ces intégristes de la liberté sont tous des pirates informatiques et des parents qui, tous les matins, demandent à leurs gosses -sur le point de partir à l’école : “Bon, t’as rien oublié ? Ta gomme ? Tes crayons ? Tes cahiers ? Ton couteau de cuisine ? Ton FA-MAS * ?”, soit c’est à n’y rien comprendre.

A moins que… A moins que… oui… j’y pense tout à coup, à moins que ces gens tiennent la démocratie en si grand respect, en si haute estime, s’en font une idée tellement élevée qu’ils savent à quel point son entretien est exigeant. Oui, c’est bien ça. Une seule liberté vous manque et tout est dépeuplé, dirait le poète. La liberté, les droits de l’homme sont des monolithes qui ne souffrent pas les éraflures. La démocratie doit se défendre des méchants, c’est sûr. Elle doit s’armer contre le fraudeur, le criminel, le tueur, le terroriste et l’ennemi de la démocratie mais elle doit prendre garde à ne pas se tirer une balle dans le pied.

“Si on a rien à se reprocher, on n’a rien à craindre de la loi ?” C’est vrai. Alors, à la sortie du supermarché, j’ouvre complaisamment mon sac au regard du vigile et à la porte du lycée, je vide mon cartable. Et quand les lois anti-juives entrent en vigueur, qu’ai-je à craindre, moi qui suis un Gentil ? A chaque check-point, avant même qu’on me le demande, je baisse mon froc. Aucun risque. Oui, bon, si j’ai une p’tit’ b…, c’est un peu gênant, mais… au pire, j’en suis quitte pour un éclat de rire -qui est le propre de l’homme. Baaaah…

“Et tout ça, ça fait…”

Cowboy

* Le FA-MAS, ou FAMAS est le Fusil d’Assaut de la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne qui équipe l’armée française.

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