Une vocation : S.A.Viste !

Les lecteurs réguliers de ce blog savent que j’ai une relation particulière et privilégiée aux S.A.V. (cf. les billets SAV et les allumettes suédoises 2).

Deux épisodes, pourtant hauts en couleurs, n’avaient pas suffi à m’ouvrir les yeux. Après une troisième expérience, vécue il y a quelques minutes, le doute n’est plus permis : ma vraie place est derrière un comptoir de service-après-vente.

Explications :

J’ai fait à Noël l’acquisition d’une de ces machines à café dont j’avais toujours rêvé et qui vous font des cafés tellement mousseux qu’elles vous interdisent le port de la moustache sous peine d’avoir l’air ridicule devant votre petit noir.

Les premiers temps, ce n’était que bonheur et enchantement. Chaque matin, la perspective nauséeuse du labeur quotidien était balayée par celle, exaltante, de mon espresso de l’aube. Puis, un jour d’avril –soit quatre mois seulement après le passage du Père Noël-, patatrac… j’avais beau tourner les boutons, dans un sens, puis dans l’autre… Nada.

L’appareil étant sous garantie, j’accueillais ce coup du sort avec philosophie et rapportais la machine chez le revendeur qui avait passé avec moi le fameux contrat de confiance qui fait sa renommée. (NB à toutes fins utiles, je précise que le percolateur en question est d’une marque quasi homonyme de celle qui a participé activement aux efforts de guerre allemands lors des deux conflits mondiaux).

Me voici donc au S.A.V. Accueil parfait, considérations navrées, excuses, assurance que tout serait mis en oeuvre dans les meilleurs délais, etc. Ainsi fut fait et trois semaines plus tard, je récupérais l’objet qui condescendait à nouveau à fonctionner. Oui… enfin… pendant quinze jours. Et hier… rebelote. Symptômes différents, plus spectaculaires mais résultat identique : plus d’espresso.

Re-SAV. Re-accueil parfait (d’autant plus que le re-type me reconnaît), re-considérations re-navrées, re-excuses, re-assurance que re-tout re-serait etc., un “eh ben alors, vous, vous n’avez pas de chance” en prime. Je garde le sourire, on s’en étonne presque, je rassure, “c’est pas votre faute” qui me vaut en retour un “ah si tous les clients étaient comme vous !” Parenthèses : là-dessus, il a tout faux et ignore que si je dois revenir une troisième fois, son magasin ressemblera à Los Angeles après le Big One (1). Mais laissons-le rêver.

Un problème cependant : l’envoi de l’appareil à l’atelier exige une description complète et détaillée de la panne et des symptômes. Exercice de rédaction qui n’a l’air de rien mais qui… sans relever du champ littéraire… à l’improvisade… peut suffire à vous prendre un chou.

“Alors, si j’comprends bien, ça goutte dans le truc en bas et la pression fait “pschitt !” quand vous enlevez le machin… la poignée… c’est bien ça ?”. Il me semble avoir formulé les choses un peu différemment mais j’opine.

“Ouais… alors… euh… qu’est-ce je mets… euh… fuite ? Oui… et… la pression sort très fort… très très fort. Oui, je peux pas mettre “pschitt !”… ah, c’est pas facile… C’est que vous comprenez, quand y pigent pas, y téléphonent et y gueulent”.

Je suggère : “Ejection brutale de la pression à l’enlèvement du bras du percolateur”. Je reste insatisfait du double partitif, cherche autre chose mais mon interlocuteur, déjà, exulte. Il me regarde avec des yeux presque apeurés.

“Mais c’est vachement bien ça ! Ah ouuuuiii ! Je leur mets ça. Comment vous avez dit ? Ejection de…

– Ejection brutale de la pression à l’enlèvement du bras du percolateur.

– Ah ouais… Ah ouais… c’est bon ça, c’est très bon, ça.”

Il scande en écrivant, savoure la phrase, l’accompagne presque du geste : “Ejection brutale de la pression après enlèvement du bras du percolateur”. Il la regarde, lève respectueusement les yeux vers moi puis se la redit encore dans un grommelo. Pour son seul plaisir.

On en a terminé. On est devenus de vrais amis. Derrière moi, un client attend avec une plaque de cuisson défectueuse. Le type du S.A.V. a envie que je reste. Il n’ose pas demander. Il jette un oeil sur la plaque de cuisson. Si seulement l’éjection de la pression de cette putain de plaque de cuisson pouvait être brutale après enlèvement du bras du percolateur. Mais ça serait bien le diable…

————————–

(1) A moins que, pour être en cohérence avec le fabricant, je ne fasse tout simplement donner la Grosse Bertha ! (suggestion d’une lectrice). Mais ce qui est sûr, c’est que, dans un cas comme dans l’autre, y aura du sang sur les murs !

Cowboy

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