DIEVS GART LA VILA…

… E SENT MARSALS LA GENT.

ou “les Ostensions Limousines” (suite des billets publiés depuis le 18 avril)

“Dieus gart la vila e sent Marsals la gent.” C’est ce qui est gravé sous la statue, dressée sur le Mont Jovis (en haut de ma rue) à Limoges. Pour ceux qui maîtrisent l’occitan aussi mal que l’anglais (cf. billets précédents), ça signifie : “Dieu garde la ville et Saint Martial les gens”. Je vous le prononce avec l’accent… montez le son. Prêt ? “Dieus gart la vila et sent Marsals la gent”. A la fin, ça fait un peu “lou dzin”.

Donc, je vous explique : Saint Martial fut le premier évêque de Limoges, au IIIème siècle. C’est lui qui évangélisa la région. A l’époque, bien sûr, on l’appelait “Martial” tout court. Son second prénom, “Saint”, ne lui fut attribué que beaucoup plus tard pour les raisons que je vais ici vous narrer.

D’abord, que sait-on de Saint Martial ? Franchement, pas grand chose. Son hagiographie ne s’est élaborée qu’entre les IXème et XIème siècles (c’est vrai qu’avant l’hagiographie, mais bon…). Alors, forcément, entre temps, la famille avait paumé des papiers (dont les actes de naissance et de décès… c’est fou ce que ces gens étaient négligents).

Soit dit en passant, j’ai toujours trouvé ça étrange. Dès qu’il s’agit des saints, leur histoire est systématiquement entourée… d’un halo de mystère. On sait que Socrate naquit en 469 av. JC, qu’il but la ciguë en 399, on sait qu’Alexandre le Grand vécut sa courte et glorieuse vie entre 356 et 323, mais il suffit qu’un type (ou, très éventuellement, une femme) s’illustre au service de Dieu pour que les données le ou la concernant s’avèrent lacunaires ou carrément inaccessibles. C’est pas pour dire mais les fonctionnaires de l’Etat Civil au Vatican… c’est pas des aigles… à moins bien sûr… que ces zones de flou biographique soient entretenues à dessein… de crainte qu’on y mette le nez et… qu’on découvre au bout du compte que…

Bref, faute de savoir quoi que ce soit sur son existence et sa personne, on sait ce qu’on lui doit au Martial. Et croyez-moi, ce n’est pas rien. Sans lui, ce blog n’existerait pas. Figurez-vous, en effet, qu’au Xème siècle, Dieu –qui voit tout et qui sait tout– réalisa un matin –à l’occasion, probablement, d’une réunion de routine– que la CGT serait créée à Limoges en 1895 et que la ville voterait à gauche à plus de 60% à chaque consultation électorale. Imaginez son courroux. D’après ce qu’on sait, il aurait tapé très fort sur la table et se serait exclamé : “Je vais nettoyer la ville” (non, il n’aurait pas ajouté “au karcher” personne n’aurait compris).

Ainsi fut fait. Une nuit de 994, Dieu s’introduisit dans la cité endormie et remplaça les céréales entreposées dans les souterrains (oui, Limoges est un vrai gruyère) par du seigle ergoté de chez Monsanto. Résultat : huit jours plus tard, tous les habitants se tordaient de douleur, en proie au “mal des ardents“, aussi appelé “ergotisme” ou “feu sacré” ou ”feu Saint Antoine” –dont je vous épargne la description des symptômes. Vous imaginez l’hécatombe. Et sans le coup de génie des autorités religieuses, la langue française aujourd’hui serait moins riche d’un verbe. Je cite Wikipedia :

Le 12 novembre 994, après trois jours de prières et de jeûne, le corps de Saint Martial, premier évêque de Limoges et protecteur de la cité, est levé de son tombeau, placé dans une châsse d’or, et porté en procession depuis la basilique du Sauveur (place de la République actuelle) jusqu’au mont Jovis, à l’extérieur des murailles (cette manifestation de masse sera la toute première ostension -une appellation qui trouve son origine dans le verbe latin ostendere, qui signifie montrer, ou exposer). (…) Le 4 décembre, alors que le corps de Saint Martial est ramené jusqu’à son tombeau, l’épidémie a cessé de sévir.

Et toc ! C’était pas bien joué ça ?

Et c’est comme ça, grâce à Saint Martial, que la ville sera sauvée, que la CGT pourra bien être créée à Limoges en 1895 et qu’Alain Rodet, le maire socialiste depuis 1990, sera élu et réélu 4 fois à coups de 60%.

D’une certaine façon… après tout… l’un dans l’autre… finalement… ça mérite bien des Ostensions –tous les 7 ans– qui, cette fois, font aussi leur entrée sur YouTube. Ci-dessous, un beau montage vidéo, réalisé par un spectateur…

Ooops ! Li aurà pus res…*

NB 23 avril 2009 : l’auteur de la vidéo (cf. commentaires) s’est plaint à juste titre des propos discourtois qui accompagnaient la présentation de son document. Les lignes incriminées sont retirées ce jour, à 15h… euh… comme la vidéo l’a été par les soins de l’internaute blessé !!!! Mea culpa !

Celles de 1967 sont visibles dans les archives de l’INA.

PS “Les Ostensions limousines” sur Wikipedia.
* ça doit vouloir dire (en occitan) quelque chose comme… “il n’y aura plus rien”.

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