Pire que Guantanamo !

Il y a pire que Guantánamo, Abou Ghraib, S 21, les caves du KGB, les geôles de la Securitat ou de la Stasi, l’Ecole Supérieure de Mécanique de la Marine à Buenos Aires et Treblinka réunis… Il y a ça :

Quelques-unes des victimes de la fraude Madoff.

Oui, je sais, vous vous dites “le gars cowboy, il a plus toute sa tête”, “on le voyait plus trop, mais on comprend pourquoi”. OK. Gaussez vous tant que vous voulez, tant que vous pouvez. C’est très drôle. N’empêche… imaginez qu’on vous mette à l’isolement et qu’on vous oblige à contempler ces images pendant… disons… au moins… cinq ans. Ça y est ? Vous imaginez ? Vous visualisez le calvaire ? Vous le sentez dans votre chair, votre rétine ? Hein ? Quoi ? Silence… Ah on moufte plus et on fait moins les fiers, n’est-ce pas ? On le sent le filet de sueur (froide) le long de l’échine, non ?

Eh bien l’idée de ce supplice ignoble, ce supplice atroce, en comparaison duquel les fours de l’Enfer, la gégène, la baignoire, les tiges de bambous sous les ongles et tous les trésors d’invention de la Chine éternelle font figure de taquineries, n’a pas jailli de l’esprit d’un monstre froid aux mains rougies du sang de ses victimes mais de celui d’un Prix Nobel de la Paix !

Oui, j’ai bien dit… Un Prix Nobel de la Paix ! Et pas n’importe lequel… un rescapé de la Shoah, un romancier, un dramaturge, un essayiste universellement respecté : Elie Wiesel lui-même.

Et pour qui préconise-t-il ce traitement inhumain ? Pour un ancien de la SS enfin traîné devant la justice des hommes ? Que nenni ! Pour Bernard Madoff, le financier marron. Voici ce qu’il propose (extrait d’un article du Monde du 27 février 2009) :

“Psychopathe est un mot trop gentil pour le (Madoff) qualifier” (…). “Il devrait être placé à l’isolement pendant au moins cinq ans avec un écran sur lequel seraient diffusées des photos de ses victimes […] Il faudrait inventer n’importe quoi pour le faire souffrir (…) Il devrait être présenté à des juges qui trouveraient un châtiment”.

Costaud, non ? On la voit bien suinter à la commissure, la haine. On voit la lippe retroussée sur des canines assoiffées de vengeance. “Inventer n’importe quoi pour le faire souffrir”. “N’importe quoi”. “Pour le faire souffrir”. Oui, il faut le répéter, le scander pour bien prendre toute l’effrayante mesure du propos. Et pourquoi un tel ressentiment, pourquoi ce déferlement de férocité ?

Par solidarité avec toutes les victimes innocentes de la fraude monumentale et aussi peut-être parce que la Fondation Elie Wiesel avait donné en gestion la quasi-totalité de ses avoirs à la société de Bernard Madoff, soit plus de 15 millions de dollars, précise le New York Post d’où est empruntée la citation.

Eh bien moi qui n’ai pas l’imagination débordante en matière de châtiment, j’ai eu simplement envie –en découvrant cette déclaration– de lui mettre ma main dans la gueule au Prix Nobel de la Paix. Oui, Madoff est une pourriture, et une pourriture de la pire espèce, mais je crois savoir que tous ceux qui émargeaient chez lui savaient fort bien –à défaut de prévoir la déroute– que les intérêts servis par Madoff à ses investisseurs dépassaient de loin tout ce qu’il était possible d’envisager dans le cadre de transactions financières ordinaires. Je crois même savoir que parmi ces investisseurs circulaient une rumeur –qui, soit dit en passant, contribuait à l’élargissement de la fraude en stimulant son attractivité– selon laquelle Madoff avait trouvé “un truc pas honnête mais légal” et que cette rumeur “électrisait les détenteurs de capitaux” (sic Le Monde).

Ce que c’est que le pouvoir des mots, de leurs connotations. Pour certains –dont je suis-, les deux premiers termes de l’expression “pas honnête mais légal”, suffiraient à me braquer, à me faire regimber. Pour d’autres, plus légalistes sans doute, ils glissent comme un pet sur une toile cirée.

Si mon banquier, demain, m’annonce : “je vous connais un placement sans risque à dix ou quinze pour cent”, mon premier réflexe –avant de prendre congé– sera de répondre : “Où est l’arnaque ?” Pas Elie Wiesel. C’est sans doute parce qu’il a trop fréquenté les Justes.

Cowboy

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