Oh la fille !

Oh la fille ! Oh la fille ! Oh la fille !

Que notre lectorat féminin se rassure : aucune allusion misogyne dans la comptine. Simplement la reculade de Javier Crados m’a remis en mémoire des souvenirs de maternelle.

Oui, la maternelle, cet endroit où exercent des diplômés à bac + 5 dont la fonction est “essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches” (sic Javier Crados1).

Je me souviens qu’à l’époque, les petits crétins couillus de mon espèce poursuivaient, pendant les récréations, tel ou tel d’entre nous en scandant “Oh la fille ! Oh la fille !” sous prétexte qu’il avait manifesté une faiblesse indigne du sexe dominant dont il était un représentant.

Car c’est bien de faiblesse dont vient de faire preuve le Ministre de l’Education Nationale et, je le dis tout net, j’en ai honte pour lui.

Vendredi, samedi, dimanche même, il allait tout casser. On allait voir ce qu’on allait voir. Non, il ne serait pas le Ministre de l’Hésitation Nationale, non, il ne céderait pas à la pression, oui, la réforme serait annoncée mardi et entrerait en vigueur dès la rentrée 2009. Qu’on se le dise. D’ailleurs, ajoutait-il fort justement, seul un petit nombre d’établissements étaient touchés par une agitation organisée par des éléments radicaux, minoritaires et le plus souvent étrangers au cadre scolaire.

Et puis vlan, rétropédalage, lundi matin, il annonçait, penaud, devant les micros :

“Oui… bon… j’ai vu l’patron… et bon… on s’est dit que… peut-être… que… bon… dans le fond… vaudrait mieux… laisser du temps au temps” et patati et patata. En français standard, ça signifie qu’à l’Elysée, on lui avait dit :

“Bon, toi, t’arrêtes de faire le c… On est tous assis sur une bombe sociale, tu vas pas nous fout’ la merde à la veille de la trêve des confiseurs, j’ai pas envie que la Velsatis se retrouve coincée dans les embouteillages, faut qu’je passe chez Petrossian ce soir”.

Exit donc la réforme. Et c’est bien dommage. Hier matin, sur le coup des 8h20, j’avais aperçu de la belle jeunesse massée aux portes d’un établissement réputé de la ville. C’était parti, l’amadou était en train de s’enflammer. Les tribuns du CPE étant en retraite ou ayant décroché des plaçous dans les appareils, des apprentis Robespierre boutonneux, juchés sur du mobilier urbain, testaient leurs organes sur des foules acquises et avides d’en découdre. Ça nous promettait de beaux défilés avec de jolis slogans (vu la richesse des rimes en “os”).

Et patatras, voilà que le Périgourdin se dégonfle, qu’il se dérobe sans combattre. Certes, on en a connu, des mous du genou, mais là, c’est l’pompon !

Javier Crados ! Oui, je sais, l’anagramme est éculée. Elle est vulgaire aussi mais elle sied à l’homme. Vulgaire itou. Laquais. Visqueux. Après Ferry, Fillon et surtout Robien, on pensait avoir touché le fond. C’était mal connaître l’imaginaire, le machiavélisme élyséens. Javier Crados est incontestablement le pire de tous.

Je crois aux mots, aux actes rédhibitoires. Je pardonne vite mais n’oublie jamais. Question de prudence. Or celui qui a osé profaner la plus belle, la plus grande, la plus noble réussite du système éducatif français en disant de la maternelle qu’on se contentait d’y torcher des gosses n’est pas/plus digne du poste qu’il occupe. Point barre. Il n’est plus un interlocuteur. Il n’est plus rien. Qu’il retourne s’occuper de Tacite (soit dit en passant, il fait ça très bien) mais qu’il n’ose plus paraître au portail de la rue de Grenelle. Cet homme est abject.

Abject ? Exit la réforme ? Parlons-en. Aux dernières nouvelles, il proclamait : “reporter la réforme, c’est reculer pour mieux sauter”. Eh bien, qu’il saute.

Au lendemain de l’annonce de sa reculade, les milliers de lycéens qui défilaient dans les rues témoignent au moins d’une chose : l’intelligence collective existe.

 

 

 

1 personnellement, à 3 ans, j’étais propre, ce n’était visiblement pas le cas de Javier Crados.

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