Back from the dead

« Un post ?

– Oui, mais alors juste un. Là, là, stop, j’ai de la route à faire. Allez, à la santé d’Ingrid !”

“Je suis con et je voudrais rencontrer le Roi des Cons pour lui dire ce qui me gêne dans la connerie”.

Cette phrase –je n’en suis pas plus fier que ça mais je n’en rougis pas non plus– m’est venue tout à trac en lisant un article de Libération du mercredi 9 juillet intitulé :

“Bétancourt veut dire au Pape ce qui la gêne dans le catholicisme”.

Depuis qu’elle est rentrée de l’Enfer où elle a vécu six longues années, Ingrid Bétancourt… etc. etc. je ne vais pas y revenir. Tout a été dit. En long en large et en travers. Ingrid Bétancourt est l’incarnation du courage, de la détermination, elle est l’héroïne positive à laquelle tout le monde s’identifie, elle est le rayon de soleil dans la grisaille de la conjoncture internationale et sa simple apparition est une bouffée d’oxygène qu’on respire à pleins poumons. Quand elle apparaît, on se sent médiocre avec nos petits soucis de pouvoir d’achat. Elle est du consensus à l’état pur et je ne serais pas étonné d’apprendre qu’elle puisse produire de la croissance.

Si je suis content qu’elle ait été libérée ? J’en suis ab-so-lu-ment ravi. Enchanté. Rançon, pas rançon, tractation, pas tractation, coup de force réussi, reddition, m’en fous. Elle est là, rayonnante, avec “ses bonnes joues” (sic) et c’est ce qui compte.

Pourtant oui, je l’avoue, l’expression tonitruante de mon bonheur et de ma joie a été un peu découragée dès son premier signe de croix sur le tarmac de Bogota. L’annonce de sa prochaine visite au pape ne m’a pas mis dans de meilleures dispositions à son égard.

Ingrid Bétancourt est croyante. Elle l’était avant son enlèvement et sa foi est sortie renforcée des épreuves qu’elle a vécues. C’est son affaire, je n’ai rien à en dire et sans cet article de Libé (manquerait plus que j’apprenne qu’elle aime le sport…), j’aurais gardé mon amertume pour moi, même si j’ai le droit de penser qu’elle en fait un peu too much sur le dossier.

Dans cet article en effet, j’apprends qu’elle s’est largement répandue dans les colonnes du journal Le Pélerin (que j’ai consulté au passage) sur l’aide que Dieu lui a apporté pendant sa captivité et sur le rôle déterminant que lui et son fiston auraient joué dans sa libération (l’armée aussi, je crois, mais ça intéresse moins les lecteurs du Pélerin).

Il y a des fois où je voudrais être juif pour m’autoriser à dire : “Dieu m’a beaucoup aidé à Auschwitz, il m’a même pistonné pour y entrer.”

Maintenant, il y a autre chose. Naïf comme je suis, lorsque j’ai lu “Bétancourt veut dire au Pape ce qui la gêne dans le catholicisme”, je me suis dit un court instant : “Attends, tu vas voir ce qu’elle va lui mettre au pontife, y va en prendre plein la mitre”. A coup sûr, l’avortement, la contraception, toutes ces positions hallucinantes qui élèvent le premier prélat du monde catholique au statut de “criminel de paix”, vont être abordées sans tabou. Quand on a passé six ans dans la jungle et dans la boue, on ne s’embarrasse pas de protocole et ce n’est pas un vieillard en robe, même avec du doré dessus, qui va vous impressionner.

Eh bien penses-tu ! La question qui lui tient à cœur à l’Ingrid est la suivante : « Je me sens catholique, mais il y a des choses qui me gênent dans cette religion. Par exemple, pourquoi l’Église catholique s’arroge-t-elle le droit d’excommunier des gens alors que Jésus n’a jamais excommunié personne ? ». Ben voyons ! Pan sur le pif à Ratzinger ! Ça c’est envoyé, non ?

Dans l’interview qu’elle a accordée au Pélerin, Ingrid Bétancourt dit encore :

“Etre otage vous place dans une situation de constante humiliation. Vous êtes victime de l’arbitraire complet, vous connaissez le plus vil de l’âme humaine. Face à cela, il y a deux chemins. Soit on se laisse enlaidir, on devient aigre, hargneux, vindicatif, on laisse son cœur se remplir de rancune. Soit on choisit l’autre chemin, celui que Jésus nous a montré”.

Non, non, non et non ! Il y a un autre chemin. Plus abrupt encore. Celui de la raison. C’est celui que des Primo Levi (1) ou Robert Antelme (2) ont emprunté pour résister à l’horreur. Et j’ai eu plaisir à relire que Primo Levi évoquant la tentation d’en appeler à Dieu à Auschwitz parlait de la “monstruosité de la chose” et fustigeait un de ses codétenus pour avoir remercié le Seigneur d’échapper à une “sélection”.

Lorsqu’on est jeté au fond de l’horreur, il n’y a plus de règle. Pour survivre, chacun choisit le chemin qu’il veut, le chemin qu’il peut. Je ne juge ni ne condamne aucun choix. Je demande simplement que l’option Dieu soit cantonnée à sa juste place. Je la trouve un peu envahissante ces derniers temps.

(1) “Si c’est un homme” (1947) et “La trêve” (1963).
(2) “L’espèce humaine” (1947).

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