Ah la s… !

J’ai envie de me dénoncer au modérateur. J’ai envie de cliquer sur le bouton “Alerter”, là en bas, bouton que j’ai toujours eu envie de tester. Pour savoir ce que ça fait de vivre dans la peau d’un délateur. Ben oui, quoi, j’ai pas connu la guerre. J’ai pensé faire un essai anonyme sur un blog ami, comme ça, pour voir, mais j’ai jamais eu le courage.

Et puis tout à l’heure, coup de sang !

Sur ma page d’accueil défilent, inlassablement, les actualités à la Une du Monde et de Libération, heure par heure, minute par minute. Alors évidemment quand j’allume l’ordi, elles m’accrochent l’œil.

Ainsi, à l’instant où j’écris –on est en direct– j’apprends que l’arrogance des Bleus agace les Suisses et que le président de la FIFA en appelle à Sarkozy. Enfin… les deux infos n’ont aucun rapport. Si ce n’est le football a priori. Pour en savoir davantage, il faudrait que je cliquasse. Peuvent se brosser. Vient ensuite le titre : “Retraites : forte mobilisation en province”. Je ne cacherai pas une certaine fierté attendu que justement, je crèche en province. “Peu de perturbations dans les transports” précise-t-on. Je dis “Dommage !” Une grève qui ne perturbe pas, c’est comme un placebo. A cette différence près que les placebos, des fois, ça marche. Restent trois titres : “Ségolène Royal regrette les attaques inutiles de Bertrand Delanoë”, “la réforme du CNRS suscite de vives oppositions” et “Barak Obama et la communauté blanche”. Je me contente de constater que le dernier est une phrase nominale mais je n’en fais pas un fromage.

Et puis… oh là là ! Oh la s… ! C’est pas vrai ! Oh la s… ! Oh la… Oh la s… ! Non décidément, vaudrait mieux que je me dénonçasse tout de suite, que le modérateur ferme définitivement cet espace tant qu’il est encore temps ! Parce que si j’écris trois lignes de plus, ça va être le zoo de Vincennes à l’heure du repas des lions ! Je vais le lui faire bouffer moi, le carré Hermès ! C’est pas Dieu possible ! Je sais qu’elle a déjà dit :

“La liberté d’entreprendre s’arrête là où commence le code du travail”, à l’Assemblée générale du MEDEF en janvier 2005.

“La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?”, Le Figaro, 30 août 2005.

“La précarité est une loi de la condition humaine.”, France Inter, 3 septembre 2005.

“Le mot précarité est un mot à la mode qui a pour objectif de nous empêcher de réfléchir.”, France Inter, 3 septembre 2005.

“On embauchera plus s’il est moins compliqué de licencier.” (le Monde, 29 août 2007).

Mais c’est pas une raison pour la laisser vicier l’air ambiant de ses éructations délétères.

Ah oui, je l’ai pas encore dit, je parle de Parisot. L’infâme Parisot. L’immonde Parisot. L’ignominieuse Parisot. L’obscène Parisot. Sa dernière trouvaille, je n’ai pas la force de l’imposer à mon clavier. Je la fige en image, je la juxtapose à SON image.

Oui, cette phrase, comme le florilège cité par Wikipedia et reproduit plus haut, est un condensé de l’ignoble, un concentré d’abjection. Elle le sait mais elle ose. Elle sait que désormais, dans ce pays, où l’on a remplacé le “pauvre” par le “précaire”, la “lutte des classes” par la “fracture sociale”, dans ce pays où le démantèlement de l’Etat, des services publics et du Code du Travail répond au doux nom de “modernisation de l’économie”, on peut enfin dire tout haut ce qu’on pensait tout bas entre amis, on peut insulter le sens commun, on peut cracher sur des siècles de luttes et d’ambition sociales.

L’infâme, l’immonde, l’ignominieuse, l’obscène Parisot ignore que mon dabe, tourneur fraiseur, est mort à 60 ans et quatorze mois (oui, bon, 61 et deux mois) mais elle sait qu’à 35 ans, l’espérance de vie d’un ouvrier est de 38 ans et que celle d’un notaire est de 44 ans et demi, que la probabilité de décès entre 35 et 65 ans est de 13% pour le notaire et de 26% pour l’ouvrier. Elle sait que la France fait partie des états européens où les inégalités devant la mort sont les plus fortes, en dépit d’un bon accès aux soins (aujourd’hui menacé), que la mortalité des manuels entre 45 et 59 ans est supérieure de 71% à celle des hommes du même âge ayant une activité intellectuelle ou que les hommes de 35 à 50 ans sans diplôme ont un taux de mortalité quasiment trois fois supérieur à celui de ceux ayant fait des études supérieures. Etc.

Elle sait tout ça, l’infâme, l’immonde, l’ignominieuse, l’obscène Parisot, mais elle n’en a cure. Elle sait que le libéralisme triomphant qu’elle promeut a le vent en poupe, elle sait que les grandes usines de la misère qu’il dirige aux quatre coins du monde tournent à plein et que la production de pauvreté aujourd’hui est si florissante qu’elle se prend à rêver d’un idyllique XIXème siècle qu’elle n’a pas connu mais sur lequel ses ancêtres et tous ceux de son espèce ont construit leur empire. Elle en jubile, Parisot ! “Chiche que je le dis”, lâche-t-elle au cocktail. “T’es pas cap’ !” rétorquent Ernest Antoine, Alexandre Charles Henri et Jean Edouard. “J’suis pas cap’ ? J’suis pas cap’ ? Z’allez voir !” Ils ont vu. On a vu.

Tiens, je l’ai déjà faite celle-là mais je ne résiste pas à l’envie de la refaire. C’était y a longtemps après tout. Et puis, elle ose bien, elle ! L’hommage cinématographique de “The Cowboy and the Comtesse” à Lolo :

 

 

PS notez bien que, d’un strict point de vue linguistique, Parisot ne nie pas qu’il soit CATASTROPHIQUE de prendre sa retraite à 63,5 ans. Elle s’interroge simplement sur la dimension de la catastrophe.

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