Le fléau sportif

Je l’ai proclamé à cinq reprises sur ce blog (1) : je déteste le sport. Je suis prêt à reconnaître des vertus à “l’activité sportive”, prêt à admettre qu’un homme de mon âge ne devrait pas en faire l’économie au nom du simple entretien courant de sa machine biologique, mais je conchie le sport. Sous toutes ses formes. Individuel ou collectif. Amateur ou professionnel.

Le sport, c’est du libéralisme en short ! Point barre. Le sport sent le médicament, la mauvaise bière et la vieille pouffe assise à l’arrière de la limousine venue chercher, à l’aéroport, l’arbitre international ou l’émissaire du CIO. Pour la Rolex, on verra pendant le cocktail.

J’y vais fort ? Oui, mais je me retiens. Pas comme Marc Perelman (2), professeur à Paris-X-Nanterre, qui publie “Le Sport barbare”, chez Michalon. 94 pages seulement. Le sujet ne mérite pas qu’on s’y étende et ceux qui devraient les lire peuvent sans doute difficilement en absorber davantage. Mais 94 pages tout en… muscles, semble-t-il. En tout cas pour autant que l’article que Robert Solé lui consacre dans le Monde des Livres du 11 avril (page 7) me permet d’en juger. Il cite :

“Le sport” (…) “fléau mondial” (…) “légitime l’ordre établi, quel qu’il soit”. (Le sport), “l’un des grands systèmes totalitaires des temps modernes”. “Le sport ne permet pas de contenir la violence ou de la canaliser, comme le croient certains intellectuels bien naïfs mais, tout au contraire, il la crée, la génère, l’entretient et la diffuse partout.” (Il est) “un modèle réduit du capitalisme”, “un nouvel opium du peuple”. “(Il) lamine tout sur son passage et devient le seul projet d’une société sans projet. La nation, ce n’est plus un peuple mais une équipe ; ce n’est plus un territoire mais le stade ; ce n’est plus une langue mais les beuglements des supporteurs.”

Je ne me suis pas encore procuré l’ouvrage. Je vais le faire. Ces extraits me dissuadent de dissoudre mes colères dans un long billet. Marc Perelman dit certainement mieux que je ne pourrais le faire tout ce que je voudrais dire.

A l’évidence, son propos est sans nuance, presque haineux, dira-t-on, et donc il perd de sa force. C’est ce que pense Robert Solé, en conclusion de son article. Je ne le crois pas. Il est des choses qui méritent qu’on frappe fort, il est des bébés si laids qu’il faut savoir les jeter avec l’eau du bain. Le consensus têtu qui règne autour du sport est une plaie. “Oui, il y a des dérives dans le sport mais…”, “il ne faut pas mélanger sport et politique…”, “il faut moraliser le sport…”, etc. Poubelle ! Déchetterie ! Terminé. Il y a un moment où il faut le dire. Ce qui est irrécupérable est à jeter. Le sport ne subit pas d’influence mauvaise, il est mauvais en soi, délétère. Toute son histoire, de l’Antiquité –où dopage, tricherie, spéculation et argent sale existaient déjà– à nos jours le confirme, le démontre, le crie, le proclame. Je l’ai dit, j’ai déjà écrit sur le sujet à cinq reprises, je ne vais pas ressortir et développer à l’envi des argumentaires qu’on connaît mais qu’on refuse d’entendre. Je me contente, dans le contexte des prochains JO, d’exprimer ma propre détestation et ma colère.

Une colère d’autant plus forte que toute l’agitation qu’on observe actuellement autour de la préparation des prochaines olympiades confiées en pleine conscience à un régime totalitaire n’est que clapotis et vagues murmures. Toute la question en effet semble être de savoir si oui ou non, on boycottera la “cérémonie d’ouverture”, si oui ou non, on arborera un badge en appelant à “un monde meilleur” ! Mon Dieu ! Quelle violence dans l’ambition protestataire ! Quel camouflet ! On croit rêver ! Quel réconfort pour les fusillés, les emprisonnés, les bâillonnés ! De qui se moque-t-on ? Quelle entreprise d’équipement sanitaire obtiendra le marché des cuvettes nécessaires à recevoir toute la honte qu’il faudra bien, à un moment ou un autre, c… ?

Je n’ai pas besoin d’aller plus loin. Comme dirait Serge Reggiani : “J’entends déjà les commentaires”.

 

 

 

(1) Archives : Le sport salit la hainePanem et circences I, Panem et circences II, Panem et circences III, Panem et circences IV.

(2) Marc Perelman est né en 1953. Architecte de formation, il a soutenu une thèse de philosophie sur les rapports entre le corps et l’architecture. Il est professeur d’esthétique à Paris-X-Nanterre. “Le Sport Barbare”, Critique d’un fléau mondial, Ed. Michalon, 94 pages, 2008, € 12.

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