Haro sur la droite (4)

Ah feu de Dieuuuuuu !

J’avais lancé un appel à la droite. Un appel à contribution. Purement rhétorique s’entend. Eh bien, j’ai été entendu. Au-delà de toute attente. A tel point que j’ai dû consacrer ces derniers jours à répondre à des commentaires abondants. Jusqu’à ce que je finisse par comprendre que j’étais tombé dans le piège que me tendaient les forces de la réaction. Leur logorrhée s’étalait à longueur de commentaires. Objectif : Me distraire, me divertir (au sens pascalien du terme), me détourner de ma Mission. L’échec est consommé, sonnez trompettes, chantons des Te Deum, “haro sur la droite 4″ !

Après la défaite cuisante du premier tour, le doute n’était plus permis. Cet échec, ce revers, cette débandade, cette déculottée, cette débâcle, cette déconfiture, ce désastre, ce naufrage, ce camouflet populaire étaient la conséquence directe de la publication de mes trois billets précédents. J’en veux pour preuve… les chiffres. Eux ne mentent jamais. Or si je fais le compte des lecteurs des trois billets sus-cités, déduction faite d’une marge d’erreur de 1% (résultats de clics accidentels ou de survol de mon espace par les escadrilles de la droite), j’obtiens à quelques dizaines de voix près, le nombre exact de suffrages qui se sont portés dimanche 9 mars sur les listes des forces de progrès. Si c’est pas une preuve ça ?

Inutile de vous dire que sur le coup des 20h, au 55 rue de La Boétie, y z’ont commencé à le prendre au sérieux le Cowboy. Devedjian se serait même fâché tout rouge. Il fallait à tout prix me faire taire au risque d’une nouvelle Bérézina le 16. Et on ne me fera pas croire que le camion de la Brinks que j’ai évité de justesse lundi matin devant la Banque de France passait là par hasard. En arrivant au bureau, je me suis bien gardé, comme à mon habitude, de prendre un café au distributeur. Pas fou ! Le soir, en rentrant, et les jours suivants, j’ai bouleversé mon itinéraire tel un Salman Rushdie laïc et vigilant.

Faute de pouvoir m’atteindre physiquement, dès mardi, ils changeaient de stratégie et décidaient de m’attaquer par où j’avais péché : le verbe. Ils avaient pour l’occasion, délégué leurs meilleures plumes, leurs plus mondaines, leurs plus courtoises, leurs plus taquines. Guaino avait été pressenti mais on ne l’avait pas jugé de taille. Trop rustique. Ses 450 mots de vocabulaire s’écraseraient sur le front de l’intelligence comme des moustiques sur les dents d’un motard souriant.

Bref, aujourd’hui, leur offensive, pathétique, a été contenue. Leurs troupes sont en déroute et je peux enfin répondre à la question de Charles-Henri, six ans, (cf. “Haro sur la droite 4″). Je la rappelle ici pour le lecteur contingent (dont je tairai ce que j’en pense) :

“Pourquoi est-ce que c’est-il que les pauvres votent à droite ?” demandait notre jeune lecteur.

Souvenez-vous, avant une longue digression sur le glissement sémantique “pauvre versus précaire”, j’avais posé une première hypothèse en ces termes : “Le pauvre ne serait-il pas un peu c… sur les bords ?”. C’était brutal, je sais, et quoiqu’il m’en coûte, je suis, avec le recul d’une semaine, contraint de confirmer ce postulat.

Oui, statistiquement, le pauvre n’est pas le couteau le plus affûté du tiroir. L’indigence est un cancer et à ce titre, sujet à métastases. Quoique la réciproque ne se vérifie pas, les fonctions supérieures échappent rarement aux dommages collatéraux de la précarité économique. Souvent, à l’école, le pauvre fait preuve d’ambitions “ataviques”, donc modestes, d’une assiduité et d’une concentration perfectibles. Il en paie le prix fort au moment des conseils de classe, des examens et surtout de l’orientation. Ses performances athlétiques, le soutien du professeur d’Education Physique ne suffisent pas à lui assurer un cursus linéaire. De vastes pans du programme (en particulier du programme d’histoire) glissent sur lui comme de l’eau sur les plumes d’un canard. Alors bien sûr… devant l’urne…

La politique éducative actuelle de la droite ne s’y est pas trompée. Elle sait tout le bénéfice qu’elle a à tirer des bâillements de l’écolier et de la faiblesse de son encadrement. Elle s’emploie, avec une belle énergie, à encourager les premiers par le démantèlement du second.

Et puis, je l’ai dit cent fois, voter à droite, c’est naturel. Pour être sensible aux exigeantes valeurs des Lumières, il faut disposer soi-même d’un éclairage minimum. J’envisage la grève du 18 mars prochain comme un hommage, un soutien à la fée “électricité”. Elle peut compter sur moi.

Tocqueville écrivait que le tyran a la politique de son ambition et le démocrate l’ambition de sa politique. Ça rend la tâche de ce dernier plus difficile. Forcément. Au risque de faire bondir encore les consciences timorées, tout en rondeur et nuances, je m’obstine à établir le même parallèle entre la droite et la gauche. On m’opposera l’état de la gauche actuelle, je n’en ai cure et ne crains pas d’affirmer encore une fois que tant qu’à avoir une politique de droite… je préfère la confier à un gouvernement de gauche. Il me semble que deux siècles d’Histoire me laisseront une meilleure marge de négociation.

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