Obscène !

Je le savais bête, je le savais inculte, je le savais hargneux et vindicatif, je le savais vulgaire, il est obscène !

Je ne regarde JAMAIS la télévision et, depuis quelques mois, je n’écoute plus guère la radio ni ne lis les journaux. Par instinct de conservation. Les faire-part quotidiens m’annonçant la disparition de tout ce qui rendait cette société fréquentable m’étaient trop douloureux et je n’ai pas le temps de suivre tous les enterrements.

La dernière trouvaille de Napoléon le Petit, le Petit Monnier, a néanmoins trouvé le chemin de mes oreilles. A moins que ce soit l’odeur de ce pet qui ait assailli ma narine. Toujours est-il que je suis informé.

D’après ce que je sais, chacun des 775258 élèves de CM2 se verra confier, à la rentrée 2008, la mémoire d’un des 11400 enfants juifs français victimes de la Shoah.

Je suppose que l’expression de mon premier étonnement, purement comptable, ne serait pas de bon goût et je fais confiance à M. Darcos pour organiser la répartition.

Je me garderai bien également de disserter de la mémoire, du “devoir de mémoire”, de son impérieuse nécessité et des moyens de l’enseigner, et aussi de le préserver des “assassins de la mémoire”, plus actifs que jamais. Je n’en ai pas le droit. Ces questions, depuis plus de soixante ans, ont noirci des tonnes de papier, justifié des centaines de travaux universitaires, occupé des colloques où survivants de l’holocauste et brillants esprits (parfois les mêmes) ont réfléchi, débattu, disputé à l’occasion mais toujours avec dignité et la conscience aiguë de la gravité et de la suprême importance de la question qui les réunissait.

Il y aurait une bonne dose d’indécence de ma part à développer ici une réflexion personnelle qui, quelle qu’en soit la pertinence, ne mériterait pas de servir de chaise à une Simone Veil ou une Annette Wieviorka. Or je sais que le sang de la première s’est glacé à l’annonce de l’initiative de son ex-poulain et que la seconde s’est exprimée sans ménagement à propos de la même initiative. La première a connu la Shoah dans sa chair, la seconde y a consacré une vie d’études et de recherche.

Pourtant ce n’est pas auprès de ces esprits-là que M. Sarkozy est allé chercher son inspiration sur un sujet si grave mais dans le secret de son cabinet élyséen. Je les vois d’ici, les Guaino et consort. Réunion. Branlebas de combat. On perd dix points dans les sondages, c’est l’hémorragie. Le bateau présidentiel prend eau. “Secouez-vous le cul !”, a dit le patron qui, en privé, aurait son franc parler. “Il faut prendre une initiative, nom de Dieu, contre-attaquer. Il reste moins d’un mois d’ici aux municipales !” Il y a eu un moment de silence presque parfait. On n’entendait que le ronronnement des encéphales en gésine.

Et puis l’idée purulente est sortie. Peu importe d’où, de qui elle est sortie, elle est sortie. Et on a applaudi. Pas un n’a protesté, pas un n’a posé de questions, émis de réserves, pas un n’a vomi. On a peut-être même arrosé ça. Tiens, vous savez quoi ? Je ne serais même pas étonné d’apprendre qu’un d’entre eux a lâché, entre deux coupes :

“Avec une idée pareille, z’allez voir, on le leur met profond aux sondages !”

Oui, je sais, j’exagère, je vois le mal partout.

Cowboy

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