Le feu aux étoupes

De mon temps, on parlait de « majorité silencieuse ». Aujourd’hui « d’opinion publique ». On disait « majorité silencieuse » non parce que c’était une taiseuse mais parce qu’il valait mieux ne pas entendre ce qu’elle avait à dire. Son truc à elle, c’était les poncifs et les idées à l’emporte-pièce. Elle était la porte-parole du « cerveau reptilien ». Dès qu’elle l’ouvrait, c’était pour sortir une connerie. C’est pour ça qu’on la disait « silencieuse ». Par tact. En fait, on évitait simplement de diffuser ses émanations. Il ne serait venu à l’esprit de personne d’ouvrir le journal télévisé sur son expression poussive, laborieuse, indigente.

Aujourd’hui, on est à l’écoute de « l’opinion publique ». Parfois, on dit même « l’opinion ». Tout court. Comme s’il n’y en avait qu’une désormais. Comme si « public », en ces temps où l’on met en charpie les services du même nom, avait quelque chose de vulgaire. On est à son écoute de « l’opinion ». Donc, fatalement, elle parle. Les jours de grève, on la consulte et on ouvre le JT sur ses avis. Doctes.

« Bon ben c’est pas pour dire mais faut pas pousser quand même ! »
« Y z’emmerdent tout le monde, ces enf…. »
« Moi j’dis c’t’un scandale ! »
« Moi, j’veux travailler, moi, m’sieur ! »
« La grève, c’pas une solution. »
« On prend l’usager en otage. »
« Ah, j’préfère rien dire, j’en dirais trop. »
etc.

Le « micro-crottoir » refermé, le journaliste traduit : « Le mécontentement gronde », « l’opinion ne comprend pas le bien-fondé des revendications », « le message est inaudible » (sic France Inter parlant du mouvement étudiant, le 12/11/07 dans le journal de 8h). Le message des « micro-crottés », lui, est clair, audible, marqué au coin du bon sens et de l’intelligence. Non, le journaliste ne va quand même pas jusque là.

La grève de demain, celle du 20, sont prévues, attendues. Tout le monde est prêt. Les syndicats font des vocalises pour scander leurs slogans et le gouvernement a entassé les sacs de sable. Sarkozy a enfilé le casque trop grand qui lui donne des airs de Louis de Funès dans « La Grande Vadrouille » et il passe ses troupes en revue. Un seul mot d’ordre : « Tenir ». Il est prêt pour l’affrontement. Il l’attend. Il le souhaite. Si jamais on vote à bulletin secret dans les A.G., je vous jure que Sarko la vote, la grève. Et plutôt deux fois qu’une. Il la souhaite. Il la veut. Il la veut dure (rires de Cécilia). Il est en première ligne mais il sait qu’à l’arrière, il y a toute l’opinion publique qui guette les nouvelles du front et qui lui tricote des cottes de maille au point d’Alençon dans l’hypothèse où le conflit avec ce ramassis de privilégiés perdurerait.

Sarko compte sur « l’opinion ». Sur son indigence, son ignorance, son inculture politique, ses raisonnements de café du Commerce. « L’opinion », il lui fait confiance, il la choie. « L’opinion », c’est SON électeur. Il fait le pari que plus la grève sera dure, plus elle sera impopulaire… C’est possible. Quoique… Faut voir.

Il la veut dure, la grève ? Banco ! C’est un principe de base des arts martiaux et tous les grands maréchaux en ont fait l’heureuse expérience : il faut exploiter la force de l’adversaire. Il la veut dure ? Il faut la lui faire TRES dure.

Il n’a qu’une crainte, Sarko, qu’une inquiétude. Que la contestation étudiante s’enflamme, embrase les universités, gagne les lycées car il sait que les dernières –les seules– victoires récentes de la rue ont été remportées par la jeunesse de ce pays. Cette jeunesse, improductive, ingérable, cette jeunesse goguenarde, cette jeunesse brouillonne, bouillonnante, irresponsable, cette jeunesse qui a du temps et de l’audace, cette jeunesse qui se fiche comme d’une guigne des froncements de sourcil de « l’opinion publique » dont elle grossira demain les rangs si elle ne s’empresse d’apprendre à penser aujourd’hui, cette jeunesse dont on a, de tous temps, brocardé l’impétuosité et les outrances –quand on ne la réprime pas simplement– mais dont on devrait savoir que l’Histoire, à terme, TOUJOURS, lui donne raison. Il vous faut des exemples ?

« Travailleurs, étudiants, même combat ! » Ringard comme slogan ?

CowboyCowboy

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23 commentaires pour Le feu aux étoupes

  1. totem dit :

    La majorité silencieuse c’est aussi celle des »brèves de comptoir » culture orale du beauf souvent, mais parfois non dénué de bon sens populaire. Par ailleurs, ça réchauffe les idées en regardant le zapping du monde.fr et voir un étudiant s’offusquer d’avoir été chargé par les CRS alors qu’il n’avait rien fait, l »histoire se répète tout bêtement et souvent la révolte commence par cette simple petite injustice, tant mieux si les idées la relayent.

  2. Françoise dit :

    Je suis d’accord avec votre analyse.

    On va montrer qu’on en a, on va te le « casser » le gréviste-preneur-d’otagezinnocents et du méchant-étudiant-gauchoextrémiste qui empêche le gentil-étudiant-travailleur de suivre ses cours. On va leur montrer qu’on a du muscle et qu’on ne cède pas à tous des empêcheurs de travailler plus pour gagner des clopinettes.

    Bon sang c’est dans la rue qu’on fait la démocratie, pas vrai ?

    Les derniers sondages ne sont pas très favorables, même si NS garde 54%. Je lis dans Libé :

    « Plus inquiétant pour l’exécutif, le jugement au bout d’un semestre du bilan de Nicolas Sarkozy sur les questions économiques : il est vivement blâmé, que ce soit sur la fiscalité (54 % des sondés jugent que son action est «un échec»), sur l’emploi (56 %), sur la croissance économique (59 %) et, surtout, sur le pouvoir d’achat (79 %). Sur ce dernier point, l’un de ses engagements phare de la présidentielle, Sarkozy est d’autant plus désavoué qu’il vient de bénéficier d’une hausse substantielle de salaire… Même chez les sympathisants UMP, une forte majorité (69 %) dresse un constat d’échec, comme chez les ouvriers (82 %) et les cadres (79 %), des franges de la population a priori favorables à son action. Conséquence logique : sa cote de popularité subit une chute de 7 points (54 % d’opinions positives). Certes, elle demeure élevée, mais c’est la première fois depuis mai que Sarkozy dévisse autant. »

  3. Cowboy dit :

    Voilà des pourcentages qui font chaud au coeur.

  4. Françoise dit :

    « Bon sang c’est pas dans la rue qu’on fait la démocratie, pas vrai ? »

    J’ai oublié le « pas »… Je voulais « le faire à la sarkozyenne » (c’est raté…) :

    « Le chantage à la rue, ça ne marchera pas. La rue, elle fera pas plier parce que nous sommes dans une démocratie. Le droit de grève, c’est un droit qui est reconnu, mais je vais vous dire quelque chose : le chantage à la rue, ça ne marchera pas ».
    — Nicolas Sarkozy, en réponse à un cheminot, 26 octobre 2007 à Saint-Denis.

  5. Cowboy dit :

    Mea culpa !!! Mille pardons, Françoise, Suis-je bête. Vous aviez bien mis le « pas », c’est moi qui ai cru à une coquille qui dépareillait votre intervention et qui ai corrigé !!! Je suis confus. Ma culture sarkozienne a des lacunes graves.

  6. Françoise dit :

    Ce n’est pas grave, ça m’a donné l’occasion de mettre la citation en entier.

    😀

  7. Michel Petit dit :

    Est-ce qu’il a dit : « Je veux une grève dure » ?

    Je demande ça, parce que le poinçon d’authenticité d’une phrase du président de la République, c’est son début : TOUJOURS « Je veux ».

    Il a bien dit qu’il voulait 3 % de croissance pour cette année, non ?

    (S’IL ne les a pas, il pourra toujours dire que c’est la faute aux gèves…)

  8. Je crois que t’as raté un épisode … y’a un bail de Cecili* ne rigole plus des vannes de Nic*las
    😀

    Concernant les grèves, je regrette qu’il n’y ait que les cheminots et les étudiants qui fassent grève. Ils font quoi les autres ? les profs, les postiers, les flics (ben ouais pourquoi pas, y doit y’en avoir un tas qui sont pas contents de ce qu’on leur fait faire quand même !), les chômeurs & les retraités (qui peuvent pas faire grève mais qui peuvent manifester). Moi je ferais bien grève … mais personne le remarquerait … (à moins que je fasse grève de cuisine, mais y’aurait que 3 pékins qui seraient gênés ;-))

  9. Cowboy dit :

    Michel, Mme de K.
    Bien sûr, il n’a jamais dit mot pour mot « je veux une grève dure ». Faut pas pousser. N’empêche qu’il est clair qu’il la veut. Il veut une grève perturbante et donc impopulaire. Pour une fois, je suis d’accord avec lui. Une grève est pertubante ou n’est pas. Cela ne m’empêche pas de compâtir avec ceux qu’elle affecte mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs. La solution est celle que propose Mme de K. Quand les gaziers sont en grève, les profs et consort n’ont qu’à descendre dans la rue*. A charge de revanche. Mais les corporatismes ont la vie dure.
    Le reproche adressé aux étudiants (le message ne serait pas audible) n’est pas innocent. Les étudiants mettent tout sur la table. La réforme des Universités et les Sans-Papiers. Amalgame ? Cacophonie ? Peut-être. Mais aussi refus de l’atomisation des problèmes et de la société. « Diviser, c’est régner », elle est connue. C’est l’option de tous les pouvoirs.

    * (à nuancer toutefois) Les profs (et la fonction publique) seront en grève le 20. Ils auraient pu effectivement se mettre en grève le même jour. Maintenant, ils n’auraient pas eu de trains pour monter manifester à Paris. La désorganisation du système par rotation, c’est pas mal non plus… ça pèse moins sur chacun pour une efficacité accrue. L’essentiel est qu’il y ait front commun. Avec les étudiants qui occupent le pavé entre deux actions musclées pour ne pas laisser au pouvoir le temps de souffler et pour fatiguer les CRS.

  10. Ange7 dit :

    Lire le cowboy, matin!, ça réveille, ça informe et ça fait réfléchir.
    Je regrette du coup avoir passé 30mn avant sur le site d’un quotidien national d’information qui n’a provoqué aucune de ces saines réactions.

    So long.

  11. Cowboy dit :

    Ange7,
    Vous illuminez ma journée. Ce compliment me comble en couronnant ma seule ambition : réveiller.
    Je ne demande pas que l’on partage mon avis. Jamais. Ce billet n’est pas un parangon d’intelligence et il pourrait agacer sans que je prenne ombrage de l’accusation mais… s’il réveille, s’il fouette un peu le sang, alors bingo ! je suis le plus heureux des clavioteurs virtuels. Merci.

  12. Posuto dit :

    Bé oui, Cowboy, en plus vous réveillez Ange 7, c’est à dire un lutin pouétique et généreux qui n’a pas son pareil ailleurs (pourquoi n’écrit-on pas « pareilailleurs » en un seul mot ? quel gain de temps !).
    Enfin, moi, je dis comme lui : Cowboy aux infos à 20h30 et puis zou.
    Kiki 🙂

  13. bb dit :

    Je n’aime pas Sarkozy, mais je n’aime pas particulièrement la « tradition » (so french) des blocages non plus, car c’est un vecteur d’inégalité sociale et une forme de « loi du plus fort ». Ça en fera rire plus d’un, j’en ai bien conscience.

    Gardon à l’esprit que les grèves coûtent à ceux qui la font, mais aux autres aussi : souvent la grève signifie une perte de salaire, de vacances, voir (même si cela reste marginal) d’emploi pour les usagers.

    Un autre point qu’on n’évoque jamais, c’est que les gens qui habitent en banlieue parisienne dépendent très largement des transports en commun pour l’accès à l’emploi et sont enclavés par cela. Un patron qui voit que vous allez prendre les transports en commun quotidiennement et que vous n’avez pas de voiture comme « moyen de secours » risque de choisir un autre candidat. Ça ne fait jamais qu’une difficulté supplémentaire pour les « banlieusards ».

    Du coup, lire des remarques sur « ces cons du peuple » qui ne comprennent rien aux grèves et qui feraient mieux de se taire me semble assez blessant et déplacé, cowboy. Que Sarkozy instrumentalise le peuple et la grève, j’en conviens. Mais n’insultez pas pour autant. Ça fait très « gauche caviar » volant au-dessus des masses stupides. Je pense que vous valez mieux que ça.

    Enfin, je suis tout à fait d’accord pour dire que la démocratie ne doit PAS se faire dans la rue. Sinon, on s’organise, on s’entraîne, on achète un lot de chemises brunes et des brassards rouge, noir et blanc, et on se fait plaisir. La loi du plus fort n’est pas la meilleure, et la loi de la rue n’en est qu’une variante.

  14. Cowboy dit :

    BB,
    D’abord, merci pour votre commentaire avec lequel -vous vous en doutez- je suis en complet désaccord. Il n’en demeure pas moins que son tact, son ton, sa mesure, sa délicatesse le rendent recevable. Vous faites preuve devant un billet qui vous agace un peu- d’un calme et d’une pondération que je vous envie. Pardonnez-moi d’avance si ma réponse manque de cette rondeur dans l’éloquence qui m’aurait permis de décevoir tant d’ennemis.
    D’abord, permettez-moi de rectifier un point : je ne parle nulle part de ces « cons du peuple » comme vos guillemets pourraient le laisser croire. D’ailleurs, ceux qui ont défilé aujourd’hui aux cris de « Fillon, tiens bon ! », « cheminots au boulot ! » et « grévistes égoïstes » tous membres d’associations de droite et d’extrême droite me semblent très éloignés du concept de « peuple ». Du concept de « cons » en revanche, je les crois assez proches. Voire même de « salauds » mais bon… on va encore m’accuser de taper trop fort (même si tant qu’à taper, hein ?)
    Tous les problèmes que vous signalez et que la grève pose, je les connais, j’en suis conscient et je gage que les grévistes le sont aussi.
    Mais bon sang de bonsoir -j’ai longuement écrit sur le sujet dans d’autres billets, qu’est-ce qu’une grève ? C’est un moyen ultime. C’est l’arme suprême de ceux qu’on n’écoute pas, que l’on méprise. Vous le savez parfaitement. Comme vous savez aussi qu’une grève qui n’empêcherait rien, qui n’entraverait rien serait inopérante. Le pouvoir n’entend que le rapport de force. Vous le savez encore. Si les négociations à venir marquent quelques avancées significatives, ces avancées seront proportionnelles au succès de la grève, aux problèmes qu’elle aura engendrés.
    « Droit de grève », « droit au travail », je respecte les deux mais je crois que je ne donne pas à la seconde expression, le sens qu’on essaie de lui donner aujourd’hui.
    Vous savez encore fort bien qu’on est dans une dynamique de démantèlement des services et de la Fonction Publique. Pour deux raisons.
    La première : pour donner à une économie libérale les coudées franches, pour jeter sur le marché la totalité du monde du travail, la totalité de la société. Je suis de ceux qui pensent que l’Education, la Santé, les Transports, l’Energie, les Télécommunications ne peuvent pas, dans une société juste, saine et solidaire, entrer dans le jeu du marché et de la concurrence. On ne doit pas faire d’argent avec les services (vitaux), on doit au contraire en dépenser.
    La seconde : elle est moins évidente. Pour mettre un terme, justement, à des mouvements sociaux qui empêchent certains de « CAC40enter » en paix et entre gens de bonne compagnie. Lorsque tous ces fonctionnaires paresseux et inamovibles auront, comme les gens du privé, une épée de Damoclès en permanence sur la tête, ils fermeront enfin leur gueule, ils ne défileront plus. Mais attention, que ceux qui s’impatientent soient bien conscients d’une chose : quand ces « privilégiés » ne seront plus là pour monter au charbon à leur place, pour dresser entre eux et le pouvoir ce dernier rempart qui les protège encore, m’est avis qu’ils devront commencer à compter leurs abattis.
    Vous reconnaissez vous-même que Sarkozy instrumentalise le peuple et la grève. C’est bien. Mais ne vous contentez pas du constat. Tirez-en les conclusions.
    Ne trouvez-vous pas un peu fort de café qu’on dise à longueur d’antenne : « l’opinion ne comprend pas le bien-fondé des revendications » alors que la même opinion semble avoir très bien compris et accepté le bouquet fiscal offert aux nantis et (je vous le concède, c’est anecdotique) l’augmentation phénoménale que Sarkozy s’est accordée unilatéralement dans un contexte qui rend une telle démarche indécente. Double obscénité !
    Une dernière chose avant de vous renvoyer à d’autres billets sur le sujet : Croyez-vous vraiment que la grève et que les cris de la rue soient toujours l’application de la loi du plus fort. Ne confondez pas « les plus nombreux », « les plus bruyants » et « les plus forts ». L’échec de mouvements sociaux récents aurait tendance à le prouver. Dans d’autres pays, on aurait dû mal à entendre dire que les défilés de la rue exercent la loi du plus fort (Birmanie, Chine, pour ne citer que deux exemples).

    PS et pour en finir, je relance un petit jeu-concours que j’avais déjà proposé ici : citez-moi UN acquis social, UN SEUL, dans toute l’Histoire du monde du travail, qui ait été obtenu à l’initiative d’un pouvoir de droite sans qu’il y ait été contraint par des luttes sociales. UN SEUL, j’ai bien dit. Et, -croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en Enfer– champagne pour vous si vous m’en citez UN !

  15. bb dit :

    Bonjour cowboy,

    Merci pour votre réponse. Tout d’abord, si mon ton reste courtois, c’est parce que je n’ai pas de rancœur ou de haine envers vous ou qui que ce soit d’autre. Mes discussions en politique se font en général avec des gens avec qui je ne ne suis pas d’accord ou dont je ne comprends pas le point de vue, ou les deux (ce qui va souvent ensemble).

    Je pars du principe que la plupart des gens, en politique, sont sincères et veulent le bien de leur prochain, selon des modalités différentes bien sûr. Naturellement, plus on « monte » et plus on s’éloigne de cet cet idéal. Je suis parfaitement d’accord avec vous sur les privilèges des grands patrons, sur le nouveau salaire de Sarkozy, etc. Tout cela est franchement choquant et immoral (j’emploie ce terme car je suis malheureusement chrétien). Je n’en ferais pas un phénomène de droite, par ailleurs: les dirigeants de TOUS les syndicats et partis majeurs profitent de niveaux de vie, d’avantages et d’influence exceptionnels et troublants. Le pouvoir pourrit tout le monde sans exception. Ce qui expliquerait pourquoi ni les gouvernements de gauche ni ceux de droite n’ont interdit certaines pratiques scandaleuses.

    Sur les deux raisons que vous évoquez: je suis d’accord avec la première. Certaines évolutions récentes ont montré que l’ouverture à la concurrence sauvage pouvait être dangereux, notamment pour des questions de développement à long terme (je pense à l’énergie ici, mais la remarque vaut pour le reste). Il me semble surtout qu’il faut un cadre très strict aux sociétés (privées comme publiques). Il faut effectivement dépenser de l’argent sur les domaines essentiels que vous évoquez. Pas en gaspiller. Je travaille dans un lycée: j’y vois chaque semaine un gâchis ENORME (matériel informatique principalement) et quelques personnes (une toute petite minorité) qui ne font strictement rien. Dans les cas de l’administratif, le dégât est moindre: les collègues compensent, le problème est un problème de principe. Dans le cas des quelques profs qui ne font rien, le résultat est beaucoup plus grave. Je pense que l’accès pour tous à une éducation de qualité doit être un des piliers de notre société. A tel point que cela veut dire que certains profs (les 0,5% qui ne font rien et s’en fichent) doivent être licenciés. C’est peut-être dur mais ces gens-là ne méritent pas de servir dans l’EN, et l’enjeu est trop important pour leur faire des cadeaux tels que la garantie de l’emploi. Je vais arrêter de m’étendre sur ce sujet: mon propos est simplement de montrer qu’il importe plus de garantir un service de qualité dans les domaines que vous évoquez. Ces services doivent être responsables et raisonnés, ce qui n’est pas toujours le cas.

    Pour la seconde raison, je suis également d’accord avec vous, toujours avec certaines nuances. Je viens d’un milieu de petits entrepreneurs. Vous détestez le terme « prendre les usagers en otage ». Je déteste celui des « patrons », terme générique et informe. La plupart des patrons sont des patrons de PME/PMI, dont les conditions de travail ne font pas forcément des envieux. Quand je compare le salaire, les responsabilités et le temps de travail de ma soeur (« patron » d’une PME) aux miens (smicard dans l’EN), je me dis que je m’en sors mieux qu’elle. Vraiment. Tous les patrons ne sont pas des gros exploitants qui fument des cigares en regardant leurs employés se tuer à la tâche.

    Quant à ma remarque sur « la loi du plus fort », elle concerne plus le principe général que ce mouvement en particulier. Tout d’abord, celui qui détient un point stratégique (le transport ici) est généralement le plus fort. Si la seule façon de faire avancer les choses est de faire grève comme vous le dites, il ne faut pas faire grève mais changer le système complètement. Si votre baignoire est percée, vous laissez couler l’eau ou vous bouchez les trous?

  16. Cowboy dit :

    « Changer le système complètement » !!!! (sic – vous êtes bien conscient du poids de l’adverbe, hein ?). Mais mon cher BB, ça s’appelle la révolution, ça. Moi-même, je n’allais pas jusque-là. Si vous y tenez, je veux bien en être, mais je vous préviens, je n’y crois guère.
    Et puis gardez bien à l’esprit que la révolution, ça ne se fait pas avec du « Destop ». La révolution, c’est pas du replâtrage, du « remasticage ». La révolution, c’est tout foutre cul par-dessus tête. Ça commence par la grève et ça continue avec des morts. Pas de révolution sans mort, c’est écrit dans le mode d’emploi.
    En tout cas, si vous voulez « changer le système complètement » (et vous n’avez pas tort), il faudra en passer par là. Il n’y a pas d’alternative. Il faudra vous salir les mains. Il n’y a pas de scrutin démocratique proposant de « changer le système complètement ». On ne « change pas le système complètement » en écrivant « il faut changer le système complètement ».
    En revanche, en faisant la grève, en paralysant (enfin… pas tant que ça en l’occurrence) l’économie d’un pays, on peut empêcher le système actuel de poursuivre sa surenchère libérale, sa course folle vers le mur, car, n’en doutez pas, à terme (vingt ans ? trente ans ? cinquante ans ?), le libéralisme, c’est le mur.

    Le 11 septembre 2001 a confirmé la suprême efficacité de la peur comme arme de gouvernement. La précarité qu’engendre le libéralisme conforte, développe cette peur au sein du corps social : peur de perdre son emploi, peur de l’avenir, peur de l’autre, peur d’être dans une situation pire que celle où l’on se trouve. Et cette peur musèle. Difficile de faire grève avec un CDD ? Lorsque chaque salarié travaillera en CDD, lorsque chaque salarié sera lui-même une entreprise qui n’aura à vendre que sa force de travail (ça existe déjà) -et que cette force de travail sera quotidiennement remise en concurrence-, alors oui, il n’y aura plus ni blocage ni grève, il n’y aura plus que des « epsilons » du « meilleur des mondes ». Je ne suis pas pressé de voir l’avènement de ce jour.

    Bien à vous.

    PS une dernière chose qui n’a rien à voir (quoique…) : hier, parallèlement à la manif’ anti-grève, était organisée une autre manif’… pour une autre « otage »… Ingrid Betancourt… Cherchez l’obscénité !!!!!!

  17. Ninog dit :

    NDLR ne vous laissez pas abuser par la signature, ce commentaire est publié par l’administrateur lui-même.

    Explication : Ninog a un problème avec ce blog. Elle ne parvient pas à y publier de commentaires. Alors, elle m’en a envoyé un en privé. Bien sûr, mon humilité s’est, dans un premier temps, catégoriquement opposée à sa publication. Mais les arguments avancés par mon respect du droit d’expression de ma consoeur m’ont convaincu. Voici donc ce qu’elle écrivait : 🙂

    Cow boy, comme je ne peux poster de commentaires (hélas, mille fois hélas !) sur votre site, voici le mien concernant « le feu aux étoupes » : que vous avez raison, oh, vous, homme idéal !
    L’historienne que j’aimerais être a été saisie d’un frisson de plaisir à l’évocation de la cotte de maille au point d’Alençon…
    Et je ne peux que vous suivre concernant le vote de sarko lors d’une AG…
    De toutes façons, diviser pour régner n’a-t-il pas toujours été l’un des principes directeurs de tout chef qui se respecte ?

  18. Cowboy dit :

    Et en plus, Ninog, vous aviez même le tact de ne pas me faire remarquer que j’avais écrit « cottes » (de maille) avec un seul « t ». Soyez-en remerciée.

  19. ninog dit :

    je tente…encore et toujours…

  20. ninog dit :

    Oh mon dieu !!!!!
    mon commentaire est apparu !!!!
    est-ce que quelqu’un a vu une vierge pleurer du sang récemment par chez lui !!!!

  21. ninog dit :

    Oh là là l’émotion m’étreint !
    Vite, aller chez Posuto et Kiki tenter l’expérience !!!
    Ça ne durera peut-être pas !!!
    Adieu Cow boy si c’est la dernière fois que nous nous parlons si directement !!!

  22. ninog dit :

    Ah ben non ça marche pas chez kiki…
    en même temps, j’aurai peut-être pas du non plus courir vers son homme avec une chemise de nuit transparente en criant « vas-y Hervé / Posuto, fait de moi une femme comblée ! »

  23. ninog dit :

    Rhhhaaaa!
    je peux pas sur les autres articles !
    vite, un stylet, que je mette immédiatement fin à mes jours dont de toutes façons tout le monde se moque bien !

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