Mauvaise foi

initiéTrès exceptionnellement, le présent billet ne sera pas exempt d’une certaine mauvaise foi partisane. Je ne le ferai plus, c’est promis.

Pourquoi « mauvaise foi » ? Parce que je me propose d’aborder un sujet dont j’ignore tout, ce qui présente un risque, celui de dire quelques conneries, mais aussi un avantage non négligeable, celui de… euh… en fait… euh… je vois pas d’avantages et je serais bien inspiré, à l’avenir, de réfléchir avant d’entamer une phrase. Ah si ! J’en vois un d’avantage : celui de me faire marrer.

Donc, voilà, en deux mots comme en cent, je voulais parler du « délit d’initié ». En blogueur responsable et bardé de préoccupations éthiques, j’ai commencé par vérifier la définition sur Wikipédia. D’après eux, le « délit d’initié », ça serait (je résume) ça :

« (…) un procédé déloyal qui fausse la confiance dans l’égalité des investisseurs sur le marché. L’initié agit ou permet à d’autres d’agir en l’absence totale d’aléas, et ainsi de réaliser des opérations fructueuses.

(Il) concerne le fait d’utiliser des informations privilégiées, en intervenant sur les marchés règlementés de la bourse de Paris sur la base de ces informations (…) pour faire des opérations à son profit, (…), avant que l’information ne devienne publique, entraînant alors une baisse ou une hausse des cours de bourse.
(…)

Le délit d’initié est particulièrement difficile à prouver, puisqu’il ne suffit pas de démontrer que la personne a agi en bourse avant les autres, mais aussi qu’elle avait connaissance de l’information. »

Difficile à prouver, dit-on. Ça dépend des fois, peut-être. Dans l’affaire EADS, ça paraît plus simple vu que toute la question est de savoir si ceux qui savaient, ceux qui étaient en charge de savoir, ceux qui avaient pour fonction de savoir… savaient. On peut formuler la question autrement : au moment d’annoncer qu’EADS était dans la panade, le savaient-ils déjà et avaient-ils prévenu les copains ou ont-ils été, comme tout un chacun, surpris, pris de court par leur propre annonce ? Mystère ! Dans ce dernier cas, bien sûr, la vente en masse de leurs titres à la veille de cette révélation serait pure coïncidence.

Je l’annonçais en préambule, je présente sans doute les choses de façon un peu partisane mais suis-je vraiment plus malhonnête que certains journalistes qui entretiennent, sur les antennes, un suspens insoutenable.

Ai-je vraiment l’air con au point qu’on ose me dire qu’on va faire toute la lumière sur cette affaire quand, au même moment, j’ai un projecteur de mille watts dans les quinquets ?

Eh oui, y a pas à barguigner, ils étaient au courant tous autant qu’ils sont et puis c’est marre. Et plus que jamais, s’impose ce mot de Péguy : « Je ne juge pas, je condamne simplement ».

Mais tout doux ! Car d’un autre côté, une fois convaincu de la réalité du délit, une autre question se pose : est-ce si grave que ça ? Est-ce si exceptionnel que ça, est-ce anormal, scandaleux ?

Pour répondre à cette question, j’en pose une autre (vous connaissez la technique) :

Quel est l’objectif premier d’un système capitaliste et libéral ? Est-il :

a) d’engranger des profits ?
b) de faire des affaires bien juteuses ?
c) de s’en mettre plein les fouilles ?

Vous bilez pas, c’est pas un jeu, y a rien à gagner et, de toute façon, quelle que soit votre réponse, c’est la bonne et elle ne change rien à la démonstration.

Pour qu’une affaire marche, pour qu’une entreprise prospère, se développe, prenne de l’ampleur, tatane la sale gueule de ses concurrents, il faut que ses dirigeants fassent les bons choix d’investissement AVANT les autres. Il faut qu’ils disposent, en amont, d’informations de première bourre (on exagère beaucoup le paramètre « flair ») dont les concurrents ne disposent pas. Si tout le monde sait à l’instant « T » qu’il faut mettre tous ses oeufs dans le panier « P », on a une opération blanche. En revanche, si je suis le premier, voire le seul, c’est bibi qui emporte le filet garni !

Ainsi toute entreprise libérale a une seule et unique obsession : être la première sur le bon coup. A cette fin, elle est constamment en recherche d’informations, de bons tuyaux et de coups fourrés. Elle se renseigne, elle fouine, le soir, elle dîne en ville avec le convive ad hoc et se précipite à l’aube sur le bon filon.

En d’autres termes, le « délit d’initié » est consubstantiel au capitalisme. Ce n’est pas lui le délit, ce n’est pas lui le crime.

Non, le vrai délit, le vrai crime, le vrai scandale, c’est le CAPITALISME.

CowboyCowboy

PS en espérant ne pas avoir encore mis le moral de L. dans ses chaussettes DD.

Publicités
Cet article a été publié dans Economie, Politique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

12 commentaires pour Mauvaise foi

  1. Posuto dit :

    Et bé oui. J’applaudis de toutes mes mains (ça fait un de ces boucans).
    Maizalors, ces gens que l’on condamne (sans les juger) ne sont donc pas coupables, ils sont juste en merveilleuse harmonie avec leur environnement, en parfaite adéquation avec leur milieu naturel, un peu comme l’anaconda…le tigre…le squale….mais pourquoi je ne trouve que des métaphores de prédateurs, hein ?
    Kiki 🙂

  2. Cowboy dit :

    Vous avez tout compris Kiki et je crois qu’on exagère trop les torts de ces gens-là qui, on ne le dit pas assez, contribuent aussi à la subsistance (oui, bon, allez, à la survie disons… ce que vous pouvez être pointilleuse) de milliers de salariés qui, sans leurs largesses… Oui, bon, j’arrête, mais l’ingratitude des peuples des fois… franchement…

  3. Françoise dit :

    « contribuent aussi à la subsistance »

    Ben… Sauf quand ils licencient pour « éponger » les fiascos de leurs mauvaises gestions, et refaire monter les actions en bourse.

  4. Cowboy dit :

    Ah non Françoise, ne me dites pas que vous avez pris mon commentaire au premier degré ou alors il faut que je monte le saupoudrer de quelques « smileys ». Comme ça :
    🙂 🙂 🙂

  5. Françoise dit :

    @ Cow Boy,

    Non, j’ai simplement voulu souligner leur manière de contribuer. Mais par écrit, c’est difficile de mettre le ton. Comme ça peut-être : 😉 ?

  6. toundramante dit :

    Lol !
    Ça va, ça va bien…
    Vous faites des progrès… 
     🙂

  7. Cowboy

    Est-ce que le mot « rationalisation » ne devrait pas couronner cet article ? L’action fléchit (sans réfléchir), les actionnaires réfléchissent avant pour ne pas fléchir après, ils vendent avant pour éviter de s’appauvrir après, et vient alors la rationalisation. Bien évidemment, nulle question ici de parler de la rationalisation de la responsabilité pénale du chef d’entreprise. Trop savant. Nous parlons de la rationalisation des effectifs au sein de l’entreprise en raison de la chute dramatique du profit (avant le délit d’initié). Il faut parfois en sourire pour ne pas en crever.

    :-;

    Pierre R. Chantelois

  8. Le capitalisme un crime ? Mon cher garçon vacher vous allez loin ! Mais je ne suis pas loin d’opiner. Ce qui me désole voyez-vous, c’est quoi mettre à la place ? Y’a des anciennes recette (communisme) dont on a vu qu’elles ne marchaient pas, et des nouvelles (écologie, décroissance, respect de la vie, développement durable) pour lesquelles on n’est pas encore mûrs. Je m’exprime maladroitement, mais je suis sûre que vous nous expliqueriez ça très bien (dans votre prochaine page ?)

  9. totem dit :

    De toutes les manières c’est le flouze qu’ils préfèrent, et même si le délit d’initié est reconnu et les coupables condamnés, ils auront tous largement de quoi payer les amendes et les cautions avec les intérêts des plus values judicieusement placées depuis le dit délit. Pas de soucis pour les riches, le capitalisme est roi et la bourse est son bouffon.

  10. Eva Almassy dit :

    Puisque vous parlez d’avantages « non négligeables » :
    “Aujourd’hui, pour établir une réputation, il faut se faire un « non ». C’est à qui sera un non-gréviste, un non-concerné, un non-inscrit, un non-assisté, un non-célibataire, un non-fumeur. On lit de la non-fiction dans la non-attente d’une période de non-travail. Il se produit des non-événements de non-agression dans la non-pesanteur. Le point de non-retour sera atteint en vol non-stop vers un non-lieu.”

    http://libellules.blog.lemonde.fr/2007/10/16/le-%c2%ab-non-%c2%bb-des-choses/

  11. Cowboy dit :

    Eva, merci de ce commentaire même si je crains que sa pertinence ne menace ma réputation. En effet, jeudi prochain, je serai un oui-gréviste, un oui-en colère, un oui-t’as-‘oir-tagueule…
    Et en plus… je fume !

    PS merci aussi pour le lien vers votre blog où je vais m’empresser d’aller faire un tour. A plus tard chez vous.

  12. Eva Almassy dit :

    Un oui-gréviste, ça peut fumer une cigarette de temps à autre.
    Par exemple, moi, je ne serai jamais une non-fumeuse, juste une ex-fumeuse à jamais sympathisante. Mais il manque à l’article de Libellules un non-quelque chose que j’adore, dans Alice au pays des merveilles (synonyme de la France ?), on souhaite un joyeux non-anniversaire aux intéressés 364 jours par an. Alors, si c’est votre cas jeudi prochain : joyeux non-anniversaire !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s