Qui tient la cognée ?

 Le bûcheron, Kazimir MalevichQuand le bûcheron est entré dans la forêt avec sa hache à la main, les arbres se sont rassurés. Voyant la hache, ils se sont dit « le manche est des nôtres ».

Waouh ! Ça c’est de l’incipit, non ?

En fait, je ne savais pas trop par quoi commencer aujourd’hui. Cette citation anonyme –que j’avais déjà croisée– est tombée à point nommé dans ma boîte mail.

Parenthèse : elle ouvrait la newsletter de Là-bas.org, la base virtuelle arrière de l’émission de Daniel Mermet (« Là-bas si j’y suis »). Ce qui est plus triste, c’est qu’elle intervenait sur fond de polémique entre l’équipe Mermet et Philippe Val (rédacteur en chef de Charlie-Hebdo) qui s’en était pris à Noam Chomsky le vendredi 14 septembre, sur France Inter, alors que le même Chomsky avait eu l’honneur de cinq heures d’entretien dans « Là-bas si j’y suis ».

Je suis un auditeur régulier de Daniel Mermet et un lecteur assidu de Philippe Val. Je n’ai donc pas de raison urgente de prendre parti sur le fond d’un dossier pour lequel je n’ai d’ailleurs que des informations incomplètes. Ce que je peux dire, c’est que je connais bien Noam Chomsky, en tant que linguiste, mais que certaines de ses prises de positions ou simples déclarations m’ont parfois laissé perplexe. Dans sa chronique, Philippe Val était un peu plus sévère mais je n’ai repéré ni failles ni incohérences dans son argumentaire. A suivre. Fin de la longue parenthèse.

Donc, quand j’ai lu cette phrase, elle s’est d’emblée imposée comme une illustration parfaite de mon propos du jour. Car, allez savoir pourquoi, je me suis tout de suite identifié à un arbre. Mais un arbre moins con que la moyenne. Un arbre qui ne considère ni le manche, ni la lame, mais le bûcheron lui-même. Un arbre qui s’interroge moins sur les nécessités d’entretien de la forêt que sur les motivations profondes du bûcheron, sur la politique forestière au service de laquelle il ahane. Vous voyez où je veux en venir ? Non ? Pas grave. Moi non plus, au début je ne voyais pas. Et quand c’est comme ça, je laisse simplement venir les images.

Dans mon diaporama intérieur, le bûcheron s’en prenait d’abord aux arbres les plus hauts de la forêt. Il ratiboisait les séquoias au deux tiers de leur hauteur sous les ricanements de sapins qui rêvaient d’équité. Lorsque la cognée s’abattit enfin sur leurs troncs malingres, ils comprirent, mais un peu tard, que ce qu’ils prenaient pour un simple et salutaire élagage s’inscrivait en fait dans un projet de remembrement à grande échelle. C’était trop tard.

Voilà pour la parabole sylvicole. Au générique et dans le rôle des séquoias, on avait reconnu les « régimes spéciaux », dans celui des sapins, le « régime général » et, sous les traits du bûcheron jurassien… qu’est-ce qu’y fait ? qu’est-ce qu’il a ? qui c’est celui-là ? Mais c’est Fillon, voyons ! Un immeeense bûcheron. Sous vos applaudissements !

Fillon est un sacré bûcheron. Déjà, souvenez-vous, en 2003. Alors que je laissais deux semelles d’une paire de pompes toutes neuves sur l’asphalte, le bûcheron Fillon sauvait les retraites. C’est son truc, à lui, de sauver les retraites. A intervalles réguliers. La preuve : il nous promet à nouveau de le faire en 2008. Si Dieu lui prête vie et si l’arthrose ne le gagne pas entre temps, je vous fiche mon billet qu’il donnera encore de la cognée en 2013, en 2018, en 2023 –du moins si le rythme de cinq ans perdure.

Mais pourquoi faut-il réformer les retraites tous les cinq ans, vous demandez-vous. Ne peut-on le faire une bonne fois pour toutes ? Ce sont d’excellentes questions. Comme dirait Fadela Amara, « on va pas s’la jouer, j’vous dis très cash, c’est à cause des vieux qui refusent de mourir ». Et si l’on s’en tient aux prévisions, tout porte à croire que les vieux de demain seront encore plus coriaces.

Eh bien s’il faut qu’une voix s’élève pour proposer de vraies solutions, je veux bien que ce soit la mienne. Il faut regarder la vérité en face. En matière de retraite, les réformes successives sont autant d’emplâtres sur des jambes de bois. Le vrai coupable, le vampire des retraites, c’est le vieux et, à son chevet, son complice, son fidèle et zélé séide, le corps médical.

Cessons donc de s’attaquer aux « effets » pour s’en prendre, une bonne fois pour toutes, aux « causes ». Pour sauver définitivement les retraites, il faut et il suffit de couper les vivres à la recherche médicale pour ramener l’espérance de vie à 49 ans, comme en Ethiopie où ils ont –ça va sans dire– des régimes de retraite aux petits oignons.

Je plaisante ? Un peu. Mais je voudrais quand même dire ceci : tant que vous accepterez le présupposé libéral, tant que vous confierez aux tenants du libéralisme la préservation de vos acquis sociaux ou la défense de vos régimes de retraite, vous vous comporterez en édile local qui placerait la forêt landaise sous la protection de pompiers pyromanes.

Oui, je le dis SANS L’OMBRE D’UN DOUTE, vos régimes de retraite par répartition, les libéraux n’en ont cure. Ce modèle est un frein à la croissance, un bâton merdeux glissé dans les roues de l’économie. Et la seule raison pour laquelle ces régimes ne reçoivent pas purement et simplement le coup de grâce qu’on voudrait leur donner, c’est parce que l’on sait que c’est un des rares dossiers qui peut encore faire descendre les gens dans la rue (cf. 2003). On procède donc, et on procèdera encore longtemps, par saignées successives. Et s’il faut prouver ce qui, pour moi, est une évidence, c’est très simple.

Sauf erreur de ma part, il existe deux grands systèmes de retraite : les « retraites par répartition » (qui soit dit en passant, ne sont pas un parangon d’équité) et les « retraites par capitalisation ». N’avez-vous pas remarqué les encouragements réitérés à opter pour ce second système. Et pour cause.

Quel type de société, quel modèle économique, un système de « retraite par répartition » présuppose-t-il ? Quelles sont les conditions propices à un tel système ? Réponse : une masse salariale importante et des salaires élevés.

Quel type de société, quel modèle économique, un système de « retraite par capitalisation » présuppose-t-il ? Quelles sont les conditions propices à un tel système ? Réponse : une masse salariale faible et des salaires peu élevés.

Maintenant, dites-moi pour voir. Lequel de ces deux systèmes est AB-SO-LU-MENT INCOMPATIBLE avec une économie libérale ?

CowboyCowboy

PS un lien à consulter. Proposé, en commentaire, par Kiki :
http://www.inegalites.fr/spip.php?article732

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26 commentaires pour Qui tient la cognée ?

  1. Posuto dit :

    J’ai tout compris.
    Je ne trouve plus mes antidépresseurs (j’ai dû les mettre dans un bocal, mais lequel…).
    Eradiquer la vieillesse est une solution qui transformerait les gains du plan Alzheimer en bénéfices nets. Néanmoins, je vote contre. Je ne sais pas vous, mais pour moi, rajeunir et utopie sont deux mots qui se donnent la main.
    Merci Docteur.
    Euh…je veux dire : Merci Cowboy.
    Kiki

  2. gballand dit :

    Et pourquoi pas, une euthanasie obligatoire pour les plus de 75 ans ? Non ? C’est nouveau et très volontaire comme politique. Puisqu’il faut du RESULTAT !

  3. michèle dit :

    Et moi j’ai confiance dans ceux que j’ai rencontré, même rares : ils existent. Deux couples de jeunes gens en montagne hors de la société de consommation, gardiens de refuge, bergers, heureux. Y compris Lili, deux mois, en montagne au sein de sa mère. Voilà, moi j’y crois que le monde arrêtera sa course folle, car le bonheur est dans le pré. On peut se mettre en marge et regarder. Et s’opposer.

  4. J Phi dit :

    A ce sujet, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de « La théorie des pénitants » de Jean Colombier… Après que vous l’aurez lu 😉 vous ne regarderez plus les « vieux » de la même façon !… Ni n’entendrez les raisonnements de nos dirigeants au sujet des régimes de retraite sans jeter un oeil vers le pot de crème anti-rides…

  5. Alors là, je m’interroge. Je ne suis pas certaine de ce que vous avancez. Je crois même ne pas être d’accord. Oserais-je vous apporter la contradiction (sans subir les foudres de vos commentateurs, tous ces tontons macoute qui assurent le gardiennage de votre blog !) ?
    Donc voilà : je me souviens avoir vu des sapins dans les forêts jurassiennes, mais des SEQUOIAS californiens… ?

  6. Cowboy dit :

    Bien, l’indicatif, J Phi, bien 🙂
    Mais c’est marrant cette fixation que vous faites tous sur les vieux. L’allusion qui leur est faite dans ce billet n’était qu’accessoire, mutine. Aurais-je raté mon coup ? Ou involontairement gratté là où ça fait mal ?
    A propos de la crème anti-rides, une caissière d’une grande enseigne de parfumeur en a subrepticement glissé un échantillon dans mon paquet l’autre jour (jusqu’où le tact va-t-il se nicher ?). Mais dites-moi, vous croyez que ça marche ? ça m’arrangerait parce que les concombres, y a toujours une ou deux rondelles qui tombent sur le clavier.
    —————
    gballand,
    C’est ça… on va attendre 75 ans !!!!!! et gaspiller 15 belles années de cotisation !!!!!
    —————
    Michèle,
    Je me demande si vos défections régulières n’auraient pas pour but de m’entendre soupirer d’aise à chacun de vos retours 🙂

  7. Cowboy dit :

    Ma chère « JHMV »,
    Mes Tontons Macoute 🙂 étant en RTT, j’assurerai seul ma protection en soumettant à votre réflexion cet extrait des archives de Paul Emile Victor (qui -vous n’êtes pas sans… l’ignorer- a passé toute son enfance à Saint-Claude, dans le Haut Jura) :
    « Le séquoia pousse au bord de l’allée de graviers. Sa pointe dépasse de peu le rebord de la fenêtre de la salle à manger, au premier étage. Par-delà, on peut voir, lorsqu’on se met à table, les collines violettes et rousses des premiers contreforts du Jura. »
    Tralalère ! Mouché la voisine ! 🙂
    PS je laisse un mot à mes Tontons Macoute : « Qu’ils ne touchent pas à un seul de vos cheveux ».

  8. Mon cher « CB »,
    Les séquoias sont originaires d’Amérique. Ils ont une durée de vie qui peut atteindre 2000 ans pour le séquoia géant et 500 ans pour le Redwood. Ils n’ont été introduits que récemment en Europe (au XIX siècle). Si l’on en trouve effectivement bon nombre dans nos contrées, ils ne constituent pas des forêts exploitables et seraient, de toute façon, encore trop jeunes …
    Allez, cessons-là, voulez-vous, la polémique-victor !

  9. Cowboy dit :

    Grande forme, JHMV, grande forme ! Une forme étonnante même (pour quelqu’un qui vient de passer une nuit penchée au-dessus de l’encclopédie France Loisirs).
    Votre jeune érudition sylvicole illumine mon weekend naissant et me laisse pantois d’admiration. Votre veste réversible aussi d’ailleurs. Elle vous va à ravir. 🙂

  10. J Phi dit :

    Chacun aura corrigé : il s’agit de « La théorie des pénitEnts »… Aïe, pas la tête, j’ai des lunettes !

  11. michèle dit :

    Si j’ose quelques remarques :
    gardez quelque peu de pantitude pour moi, pas tout pour JHMV. Nota : après bravitude on peut y aller..
    Pas défections, c’est pas joli, dites absences, cela convient mieux à mon état : en effet, j’erre. Et si vous saviez dans quel état !
    Y’a un pont par chez vous ? Pas que j’aille jouer aux cartons (cf JHMV), mais j’aimerai bien me planquer dessous pour entendre vos soupirs 😉
    Moi si vous voulez que j’intègre la bande des hussards protecteurs de notre Cow-boy, je préfèrerai Tontonne Macroûte. Cela colle mieux avec mes talents divers et variés.

  12. Benjamin dit :

    Je remets le mode sérieux en position ON, désolé!

    Et si on revenait à un mode de retraite par répartition: « à chacun selon ses moyens » pour les recettes, « à chacun selon ses besoins » pour les dépenses? Cela pour la vieillesse comme pour la maladie et les dépendances, les recettes étant assurées par un prélèvement universel sur tous les revenus, progressifs et pénalisant davantage ceux obtenus par la rente que ceux obtenus par le travail?

    Ah c’est vrai. Dans le contexte de la « mondialisation bienheureuse » cela n’est pas possible. Cela ferait fuir les capitaux. Mais DSK va nous arranger cela, à côté de Pascal Lamy.

    CowBoy, en plus, les pompes que vous avez usées dans les manifs étaient certainement importées de Chine: vous avez contribué au chômage français, à l’exploitation des travailleurs de là bas, au déficit commercial et au déséquilibre des caisses de retraite – faute de cotisations appuyées sur les salaires. Ca vaut bien deux années de malus.

  13. Françoise dit :

    Quand le bûcheron aura fini, il ne restera qu’un grand désert. Parce que non seulement il bûcheronne mais il fauche à tours de bras, et le manche de la faux et la lame sont longs.

  14. Cowboy dit :

    Benjamin,
    Ne vous excusez pas, le mode sérieux vous va très bien aussi.
    ————-
    Françoise,
    Ne soyez pas si pessimiste. Vos écrits font partie de ceux qui contribueront à la lutte contre la désertification 🙂

  15. Françoise dit :

    Merci, Cow-Boy.

    Mais pour l’instant rien ne porte à l’optimisme.

    Bonne nuit.

  16. Posuto dit :

    Suis tombée sur ce lien :
    http://www.inegalites.fr/spip.php?article732
    Je m’occupe, je m’occupe (eu lieu d’aller à la messe, quelle mécréante je fais)
    Kiki

  17. alainlecomte dit :

    Bonjour monsieur Cowboy,
    Je suis intrigué par ce que vous dites à propos de Chomsky, bon c’est vrai je ne suis pas toutes les actualités et en particulier j’ignorais tout de cette polémique entre Daniel Mermet et Philippe Val. Je tombe des nues en découvrant que P. Val traite Chomsky de négationniste et de complice d’Al Quaida… ceci est d’une mauvaise foi outrancière…. ça mérite plus que dire simplement que « P. Val est un peu sévère » non? ce serait plutot à mon avis de la désinformation…
    à part ça, je regarde de temps en temps votre blog, et je le trouve intéressant.
    A.L.

  18. Cowboy dit :

    Je peux comprendre votre étonnement, votre déception mais en aucun cas vous ne pouvez accuser P. Val de désinformation. Ce qu’il a dit, c’est que Chomsky, par certaines de ses positions, certaines de ses déclarations, certaines de ses attitudes peut être qualifié d’allié « objectif » d’Al Quaida. Rien de plus. Et il n’est pas faux que les attaques virulentes et systématiques (et souvent justifiées) de Chomsky contre Israël ont pu avoir des relents d’antisémitisme. Plus grave encore sont ses positions dans l’affaire Faurisson (le négationniste français). Voici le rappel que propose Wikipedia à ce sujet (recopié ci-dessous) :

    À cause de la nature problématique de certains de ses écrits politiques et de sa pensée, Noam Chomsky a suscité de nombreuses critiques. Ses positions les plus discutées concernent l’affaire Faurisson. Ancien professeur de littérature à l’université de Lyon, Robert Faurisson fut suspendu de ses fonctions à la fin des années 1970 et poursuivi parce qu’il avait, entre autres, nié l’existence des chambres à gaz pendant la Seconde Guerre mondiale. Une pétition pour défendre sa liberté d’expression fut signée par plus de cinq cents personnes, dont Chomsky. Pour répondre aux réactions violentes que suscita son geste, Chomsky rédigea alors un petit texte dans lequel il expliquait que reconnaître à une personne le droit d’exprimer ses opinions ne revenait nullement à les partager. Il donna son texte à un ami d’alors, Serge Thion, en lui permettant de l’utiliser à sa guise. Or Thion le fit paraître, comme « avis », au début du mémoire publié pour défendre Faurisson. Chomsky n’a cessé de rappeler qu’il n’avait jamais eu l’intention de voir publier son texte à cet endroit et qu’il chercha, mais trop tard, à l’empêcher. À ce propos, Chomsky explique que : « J’appris plus tard que ma déclaration devait apparaître dans un livre dans lequel Faurisson se défend des charges qui devaient bientôt être retenues contre lui lors d’un procès. Bien que ceci ne fut pas mon intention, ce n’était pas contraire à mes instructions. Je reçus une lettre de Jean-Pierre Faye, un écrivain et militant anti-fasciste bien connu, qui était d’accord avec ma position mais me pressait de retirer ma déclaration car le climat de l’opinion en France était tel que ma défense du droit de Faurisson à exprimer son point de vue serait interprétée comme un soutien pour ce dernier. Je lui écrivis que j’acceptai son jugement, et demandais que ma déclaration n’apparaisse pas, mais il était alors trop tard pour stopper la publication. » Au sujet de sa demande de non publication de sa déclaration, Chomsky précise que « A posteriori, je pense que probablement je n’aurais pas dû faire cela. J’aurais dû dire « Ok, laissez [le texte] paraître ainsi car il doit paraître ». Mais cela mis à part, je considère [ma prise de position] dans cette affaire comme non seulement anodine, mais surtout insignifiante comparée à d’autres positions que j’ai prises sur la liberté d’expression.» Pierre Vidal-Naquet, spécialiste du négationnisme, considère cependant que la pétition signée par Chomsky allait plus loin que la simple défense de sa liberté d’expression (à laquelle par ailleurs l’historien français souscrit) : la pétition présentait la recherche et les conclusions de Faurisson comme sérieuses et respectables. De plus, Vidal-Naquet reproche à Chomsky d’avoir qualifié Faurisson de « sorte de libéral relativement apolitique » alors que les textes de ce dernier manifestent un antisémitisme patent. « Vous aviez le droit de dire : mon pire ennemi a le droit d’être libre, sous réserve qu’il ne demande pas ma mort ou celle de mes frères. Vous n’avez pas le droit de dire : mon pire ennemi est un camarade, ou un « libéral relativement apolitique ». Vous n’avez pas le droit de prendre un faussaire et de le repeindre aux couleurs de la vérité. »
    Aux États-Unis, la plupart des critiques sont émises contre ses écrits politiques sur la puissance militaire et la politique américaine ainsi que son travail fondamental mais controversé en linguistique.

    Tout cela n’enlève rien au talent de Chomsky, son militantisme est de surcroît tout à fait respectable et salutaire dans un pays tout entier aux mains des conservateurs les plus caricaturaux et les plus brutaux. Il n’en demeure pas moins qu’il eût sans doute été bien inspiré de s’en tenir plus assidûment à son domaine de formation : la linguistique.

  19. alainlecomte dit :

    Très bien, alors laissez-moi dire en ce cas que P. Val est un allié « objectif » de George Bush…
    je suis très surpris par votre argumentation, puisque le texte que vous extrayez de Wikipedia (qui me parait tout à fait honnête) contredit à la fois les propos de P. Val et ce que vous voulez montrer, à savoir que Chomsky serait un négationniste. Ce texte montre simplement que Chomsky a pu être relativement imprudent (et ignorant, comme c’est souvent le cas de la part d’Américains, des spécificités de l’histoire et de la pensée en Europe). Surtout il montre que Chomsky a toujours voulu voir cela sous l’impératif de la liberté d’expression. On peut critiquer sa philosophie, qui met la liberté d’expression, en tant que valeur, au-dessus de tout, personnellement, je ne suis pas d’accord avec Chomsky sur ce point, mais c’est un débat philosophique, en aucun cas une raison de lui faire endosser des positions qui ne sont évidemment pas les siennes.
    Comment pouvez-vous parler des attaques « souvent justifiées » de Chomsky contre la politique d’Israel et, en même temps dire cette dernière phrase, à mes yeux scandaleuse:
    « Il n’en demeure pas moins qu’il eût sans doute été bien inspiré de s’en tenir plus assidûment à son domaine de formation : la linguistique ». Qui êtes-vous pour vous permettre un tel jugement? Si vous connaissiez bien Chomsky, comme vous le dites, vous sauriez que ses idées sur la liberté d’expression ne sont que l’autre face de son engagement théorique dès les années cinquante contre les idées behavioristes de conditionnement (Skinner) et pour ce qu’il a appelé « la créativité de la langue ».
    Je sais qu’il a été très affecté de se voir cité par Ben Laden, (évidemment c’est le risque à courir quand on attaque la politique américaine (déjà Chavez l’avait cité)) surtout parce qu’il sait très bien ce que ses adversaires vont immédiatement en faire, alors… ne facilitons pas le travail de ces derniers en reprenant mécaniquement leurs insinuations…

  20. Cowboy dit :

    Alain,
    Franchement, votre emportement -qui contraste fort avec votre commentaire précédent- ne se justifie pas.
    Le texte de Wikipedia -dont je pense, comme vous, qu’il est assez nuancé- est clair, sans appel. Je l’ai bien lu. Chomsky a fait beaucoup plus que d’être simplement instrumentalisé par des gens (j’en suis sûr) qu’il méprise.
    Je ne vois pas d’autre part en quoi ma conclusion est scandaleuse mais votre raccourci qui consiste à dire que si Chomsky est l’allié objectif de Ben Laden, alors P. Val est celui de Bush, en revanche, l’est. Vous êtes là, sauf votre respect, dans une rhétorique du type « c’est çui qui dit qui est ». Pourquoi ne pas ajouter « Na ! » au bout de l’argumentaire tant qu’on y est. Ça me rappelle mes années 70 quand, exprimant une forme d’anti-soviétisme, j’étais immédiatement taxé d’américanite aiguë. C’est plutôt ce manichéisme politique qui serait aujourd’hui très proche de l’esprit républicain US ou de tout autre fondamentalisme.
    Je crois que Chomsky souffre sincèrement de la politique étrangère de son pays et que cela le conduit parfois à une forme de surenchère pour le moins maladroite.
    Qu’il ait été affecté par certaines accusations contre lui, je n’en doute pas une seconde et crois l’homme sincère et généreux. Il n’en demeure pas moins qu’il a franchi la ligne blanche à plusieurs reprises. Le soutien au peuple palestinien, par exemple, peut s’exercer sans céder à la tentation de l’antisémitisme.
    Quand je disais « qu’il s’en tienne à la linguistique », ce n’était pas très méchant et je crois que ça m’est venu après avoir repensé à Voltaire qui écrivait à son perruquier –lequel se piquait de littérature– « Faites des perruques, des perruques, des perruques, des perruques, etc. » sur quatre pages !
    Entre nous -et quitte à aggraver mon cas- si j’ai découvert la linguistique avec Chomsky (et je lui en sais gré), je me suis vite aperçu –après d’autres– que la grammaire générative constituait un apport monumental dans la description formelle de la langue, mais aboutissait, sur la question fondamentale du sens, à une impasse. J’aurais pu aller jusqu’à dire (mais je ne suis pas si méchant que ça) que l’exploration d’impasses politiques n’est pour Chomsky que la répétition ou l’extrapolation de l’exploration d’impasses linguistiques.
    Mais, très franchement, Alain, entrer plus avant dans une polémique sur Chomsky dépasserait très vite mes compétences. Disons simplement que j’ai suivi ses entretiens avec Mermet, que je l’ai lu aussi et que j’en viens à la conclusion que s’il est un brillant esprit, certains dérapages le disqualifient de façon rédhibitoire.

  21. Alain L. dit :

    Re-salut Cowboy!
    Je ne polémiquerai donc pas plus longtemps, OK je m’emporte.
    Ceci dit, désolé, je ne suis pas d’accord avec vous. mais alors… pas du tout. Chomsky fait des écrits politiques depuis très longtemps (et sur les étagères cela dépasse en volume ses écrits de linguistique) et il a réellement apporté des contributions en ce domaine qui tranchent avec le conformisme ambiant. Il est aussi plus qu’un linguiste, ses réflexions sur le langage entrent dans la philosophie de l’esprit. On peut discuter ses idées, mais c’est le propre de tous les penseurs, on n’a pas à le « délégitimer » a priori sous prétexte que bien évidemment, dans le contexte actuel, ses idées peuvent être reprises et déformées par des gens qui en tirent parti. Dans le passé, bien des intellectuels ont été utilisés de cette manière (Sartre, Foucault…), on ne leur a pas dit de retourner à je ne sais quoi pour autant…
    Je viens de lire ceci dans Politis, sous la plume de B. Langlois, avec quoi vous n’allez pas être d’accord: « La place est libre de caniche à Bush […] sous les applaudissements de la claque de nos néo-cons médiatiques, de plus en plus décomplexés (il faut avoir entendu, sur Inter, un Val aboyer aux chausses de Chomsky; ou un Adler traiter Villepin de munichois […] », ceci simplement pour dire que dans le débat démocratique, il y a place aussi pour ces opinions-là.
    Sans rancune, et je continuerai à lire votre blog !

  22. Cowboy dit :

    Mais j’espère bien, Alain, que vous reviendrez. Je ne demande pas que l’on dise « Amen » à tout ce que je proclame (faut voir sur quel ton de surcroît bien souvent :-)).
    J’avoue que mon problème fondamental, sur le dossier « Chomsky », c’est que j’ai toujours été assez tatillon sur tout ce qui touche, de près ou de loin, au révisionnisme. Qu’il tranche avec le conformisme (que vous dites ambiant), soit, mais l’anticorformisme n’autorise pas tout.
    Ceci dit, que les choses soient claires, pour avoir écouté ses entretiens avec Mermet, pour avoir lu le dossier du Monde Diplomatique (grâce à nos consoeurs JHMV et Toundramante qui avaient attiré mon attention sur cette parution), je me garderais bien de jeter le pétulant vieillard Chomsky avec l’eau de son verre à dents.
    Mais même si 99% de son discours était marquée au coin du génie, le 1% d’antisémitisme et de flirt, ou plutôt de complaisance avec des théories négationnistes me resterait en travers du gosier. Je ne disais rien de plus.
    Bien cordialement et merci pour vos contributions.

    PS je viens de lire votre biographie sur votre blog et comprends mieux les raisons (voire la légitimité) de vos emportements. J’espère que mes lecteurs, dans ce débat, voudront bien vous considérer, sur ce dossier, comme un interlocuteur plus sérieux que je ne pourrais l’être -ceci dit, bien sûr, sans revenir sur mes positions et sans humilité aucune 🙂

  23. totem dit :

    Constatant que ce blog fonctionne plus par commentaires que par nouvelles notes,(la dernière étant criante de vérité), je m’inquiète par la présente d’un commentaire que je postai, il y a de celà quelques jours, en un rappel historique sur les liens entre le régime général et le régime des cheminôts après la deuxième guerre mondiale. Rappel historique il est vrai, non authentifié par la socio-histoire officielle, que je tenais de mon père, lui même retraité des chemins de fers.
    Cowboy, auriez vous jugé inopportun ce témoignage qui n’allait pas tout à fait dans le sens de votre militantisme, que je trouve fort à propos par ailleurs, car le sus dit paternel reconnaissait à 82 ans être un privilégié de la retraite des cheminôts.

  24. Cowboy dit :

    Vous plaisantez Totem !
    Mais j’avoue qu’un instant, pourtant, vous m’avez fait peur. Je me suis vu censeur à mon insu. Je me souvenais fort bien du commentaire auquel vous faites allusion puisque j’avais même pensé l’utiliser dans un billet (ou du moins y faire référence). Or soudain, je ne le retrouvais plus. Et comme vous sembliez me soupçonner de l’avoir mis à la trappe… panique à bord. Vous m’avez contraint à effectuer des recherches dans un état de grande fébrilité. Je l’ai finalement retrouvé. Il a été publié le 18 septembre 2007 à 12:09 à la suite du billet intitulé « Brèves ». Ouf !!! Il y est toujours. Comme quoi, mine de rien, on publie quand même sur ce blog ! La preuve, vous n’aviez pas vu le temps… ni les billets (5 au total) passer.

    Bien cordialement.

  25. totem dit :

    Est-ce une bévue de ma part ? J’étais persuadé avoir posté ce commentaire à votre note « Qui tient la cognée » auquel il se rapportait. En tout cas merci pour votre rigueur, bloguer n’est pas annodin, là aussi il faut, si j’ose l’écrire, un ordre juste.

  26. Cowboy dit :

    Sauf votre respect, Totem, « c’est » une bévue de votre part même si, je l’avoue, je ne le croyais pas si ancien ce commentaire. Et pourtant… Au moins cela confirme que les bonnes choses ne vieillissent pas et que leur caractère universel leur confère partout une place de choix.
    Bien à vous.

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