Il l’a dit…

ceci n'est pas un billetCeci n’est pas un billet. C’est une réponse à un stimulus. C’est de l’ordre de la réaction épidermique, irraisonnée. Ça ne mérite pas, ça ne devrait pas être publié. Mais il l’a dit. Il l’a bel et bien dit. Je viens de l’entendre. Je sortais de la cuisine où j’avais mis l’eau sur le feu. Oui, pour les nouilles. Les nouilles que J. et moi allions manger à midi. J’entrai dans le salon. J. regardait le zapping. C’est là que je l’ai vu. Et entendu.

Soyons plus précis. Je sortais non seulement de la cuisine mais aussi d’un instant de bonheur intense qui avait pris la forme d’un coup de téléphone qui ne regarde personne, qui n’intéresse personne. Pourquoi j’en parle alors ? Simplement pour bien situer le contexte et avouer que ma réaction n’en est peut-être pas tout à fait indépendante. Effet de contraste. L’infamie de ce qu’il a dit aurait fort bien pu gâcher ce bonheur. Il n’en a rien été, qu’on se rassure.

N’empêche qu’il l’a dit. Je vous jure qu’il l’a dit. D’un air pénétré, concentré, déterminé. Il avait bien réfléchi à la question, ça se voyait. Il parlait en son « âme et conscience ». Je me suis aussitôt précipité sur l’ordinateur pour consigner la citation, pour la retranscrire aussi fidèlement que possible. Il a dit :

« Désormais, des individus récidivistes, comme ce M. Evrard, ne sortiront pas de prison sur la simple raison qu’ils auront accompli leur peine ».

« L’âme et la conscience » du premier magistrat de France devraient, par pudeur, porter un autre nom.

« Il », c’est not’ président, on l’avait compris. Il avait déjà tenté la réinstauration des lois rétroactives. Dans ce qu’ils appellent le « bouquet fiscal ». Pour la bonne cause, diront certains. N’empêche. Quelques vieux barbons du Conseil Constitutionnel devaient garder en mémoire que les lois rétroactives étaient une initiative du gouvernement de Vichy. Ils ont trouvé que ça faisait désordre et lui ont fait savoir, très poliment, qu’il n’en était pas question et qu’en démocratie, ça ne se faisait pas.

Mais le vrai « bouquet », c’est aujourd’hui qu’il nous l’offre. Avec lui, les lois de demain rattraperont, corrigeront hier et les condamnés ne dégraderont plus les murs de leurs cellules en dessinant des petits bâtonnets pour décompter le nombre de jours qu’il leur reste à tirer puisque, désormais, la durée réelle de leur peine sera soumise à conditions, à correction en fonction des données et variations… médiatiques, présumé-je, aux bons soins de quelque commission d’experts. Gare à ceux dont la peine viendra à terme au lendemain d’un acte odieux qui aura fait l’ouverture du JT de TF 1. Sacrée tuile !

« Ah bon ? Alors, c’est ça ? » m’entends-je répondre. « Alors, comme ça, tu voudrais qu’on remît les pédophiles dans le circuit ? Tu voudrais qu’on les réinsérât à l’Education Nationale, peut-être ? Qu’on leur finançât un loft avec vue sur l’école primaire d’en face ? Qu’on les laissât sortir avec des valises pleines de Viagra ? C’est bien ce que tu veux, n’est-ce pas ? »

Eh non, monsieur le Président (je vous ai reconnu), eh non. Je n’aime pas les pédophiles qui font du mal aux petits enfants. Je n’aime pas les criminels, les assassins, les tueurs en série. Mais je n’aime pas non plus les lois ou les dispositions scélérates, qui feraient, le cas échéant, les beaux jours de régimes plus musclés, toujours possibles à défaut d’être probables.

« Waouh, l’autre, comme il y va ! mais ça ne concernerait QUE les pédophiles récidivistes.
– Ah bon ? Ça me rassure, ça sera comme pour le service minimum alors… qui ne concernera QUE les transports.
– Oui… bon… c’est pas pareil, faut pas tout mélanger, ça n’a rien à voir.
– C’est vrai… ça n’a rien à voir. Enfin… faut voir. »

Monsieur le Président, je n’aime pas les pédophiles, pas du tout, mais la protection que vous m’offrez contre leurs ignobles desseins est incompatible avec les valeurs morales, un peu chatouilleuses, qui sont les miennes. Oh ne croyez pas que ces valeurs me facilitent la vie tous les jours, mais elle leur doit sa dignité. Et donc, si vous n’avez pas de meilleure solution à proposer, eh bien… cherchez encore !

Sans compter que c’est bien joli de garder sous clé les pédophiles récidivistes… seulement, ça ne les empêche pas de frapper une première fois. Il y a quand même des gosses qui vont morfler, non ? Et ce sera peut-être le mien ou le vôtre. Le compte n’y est pas. Ça marche pas votre truc et tant qu’à faire de prendre des mesures courageuses, m’est avis qu’il faudrait agir en amont.

Remarquez… j’y pense. Si, comme vous l’avez dit pendant la campagne, la pédophilie est génétique, il doit bien y avoir moyen de recenser les futurs monstres. Au moment de l’entrée en petite section de maternelle, il y a bien une visite médicale, non ? Pourquoi ne pas en profiter pour faire pisser tous les gosses dans une éprouvette ? Je suis sûr que le gène de la pédophilie laisse un précipité pas catholique. Et clac, on leur met la main dessus avant même qu’ils fassent leurs petites saloperies.

Pas bête, hein ? Kesse ou z’en pensez ?

CowboyCowboy

PS cité en commentaire par Mme de Keravel : l’appel en réponse à l’expertise INSERM sur le trouble des conduites chez l’enfant.

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11 commentaires pour Il l’a dit…

  1. Cowboy dit :

    Waouh ! Voilà un premier commentaire qui vaut bien le billet qui n’en était pas un. Merci.

  2. Posuto dit :

    Ouaip, il en dit des trucs avec plein de mots. Mais « éthique » il en a pas parlé. C’est un signe ?
    Kiki

  3. Cowboy dit :

    Mme de K. Merci pour le lien. Bien envie de l’ajouter (en vous en créditant) en PS.
    ———————–
    Kiki,
    Ethique ? Vous avez dit « éthique » ? Kesako ? Je vais pas vérifier (pas qu’ça à fiche) mais vous connaissant, ça doit encore être un truc de gauche, de socialo, ça.

    ———————–

    NB Ah, ça pour commenter, ça commente, mais quand il s’agit de me signaler les coquilles, y a plus personne. J’avais écrit « quand on leur main la main dessus » !!!!! Mme de K. aurait-elle troqué sa vigilance contre la complaisance ?

  4. réponse 1 : de rien
    réponse 2 : j’avais pas vu …
    réponse 3 : y’avait pas de question 3, mais je voulais vous souhaiter une bonne journée !

  5. Si, moi je l’avais vue la coquille !! Mais j’ai rien dit, à cause que j’ai eu peur. Ou que je suis moi-même la reine des coquilles. Je trouve ça joli du coup. On se croirait sur la plage. Bon, il manque juste le « age ».

  6. Un jour on finira bien par comprendre que « Le meilleur des mondes » n’avait rien d’une fiction. Et la société coulera enfin les jours heureux et tranquilles auxquels elle aspire, bercée par son « Big Brother » vigilant doté d’ubiquité (c’est vrai, je titube d’une oeuvre à l’autre et nous voici dans « 1984), et gavée de « soma ». J’ai dû trop en prendre!
    Quelquefois la littérature et la vie, c’est pareil!

  7. Cowboy dit :

    Dans les oeuvres que vous citez (anticipation), je veux bien… sinon, la littérature et la vie… pareil ? Je ne suis pas très chaud pour accepter cette idée.
    La littérature la corrige, la littérature la punit, la litérature se fout de sa gueule, la littérature la transcende, l’explique (parfois… et c’est pas ce qu’elle fait de mieux, elle à autre chose à fiche), la littérature la reconstruit, ce qu’on veut, mais l’imiter, jamais.

  8. Benjamin dit :

    Et notre minable avocaillon devenu Prestigieux Chef d’Etat n’a pas répondu à cette question: pourquoi un pédo-criminel avéré n’est absolument pas soigné pendant sa détention***, pourquoi même est-il fourni à profusion en « matière » à entretenir les fantasmes (on trafique de tout en prison, depuis la drogue jusqu’aux pires images pornographiques), pourquoi un Juge d’Application des Peines est-il en charge en moyenne de 900 dossiers… et encore il est fort rare que JAP soit sa fonction exclusive.

    Mais je l’entends déjà au JT:

    – Mais enfin, Arlette Chabot, trouvez vous normal que l’on viole des petits enfants de cinq ans après les avoir enlevés et drogués ? Eh bien moi, non, je ne l’accepte pas!

    Hélas, il y aura toujours des « monstres » dans notre société et hélas il faudra s’en protéger. Mais la pire des réactions, la plus pernicieuse pour notre société, c’est le populisme qui surfe sur l’émotionnel. Et là on va être servis… et le pire c’est que ça marche!

    De plus en plus envie d’émigrer et c’est pas des conneries, pas une façon de parler!

    *** le centre prénitentiaire de Caen, pourtant spécialisé en « criminels de moeurs » est si bien doté qu’un détenu passe parfois neuf mois sans voir un psy…

    ________________________

    Référence de lecture:

    Un maton au parloir, par Roger-Louis Bianchini, Fayard, 277 pages

  9. Cowboy dit :

    Benjamin,
    Il s’avère que votre commentaire a été modéré par le serveur. J’ignore quel mot a déclenché ce filtrage. Je n’en vois pour ma part aucun qui justifierait une quelconque censure.
    Bienvenue à vous.

  10. Ludion Libre dit :

    La démagogie est une fuite en avant… Les peines plancher, la récidive, la rétroactivité et bientot le procès des irresponsables ! Le pire est encore à venir…

  11. Benjamin dit :

    Merci, Cowboy. Je crois que je suis un peu « suspect » sur la plateforme du Monde.fr pour avoir été caustique sur certains sujets.

    Remarquez bien que dans des cas extrêmes, je pourrais comprendre une procédure d’internement psychiatrique quand il n’y a pas d’autre solution: nous avons bien actuellement dans nos HP des centaines de gens internés parce que psychopathes dangereux, et il peut être envisagé à mon sens de tenir à l’écart un pervers dangereux pour de jeunes enfants – pour protéger la société.

    Seulement dans ce cas, cela n’a plus rien à voir avec la justice, avec l’administration pénitentiaire: il s’agit d’un problème de santé publique qui n’a rien à voir avec « l’émotionnel ».

    Et l’administration pénitentiaire commet une forfaiture (faute de moyens, pas de volonté) quand elle ne fait pas l’impossible pour soigner AVANT la libération.

    Et nous n’avons pas évoqué cette énormité défendue par Dati: que la pénitentiaire ait accès au dossier médical du malade!

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