Enfin !

Zidane-MaterazziJe me disais comme ça : « Ton dernier « post » date du 9 août, sans doute serait-il urgent que tu publiasses quelque chose ». Oui, je me tutoie en privé mais ça ne m’empêche pas de me parler à l’imparfait du subjonctif.

L’animation d’un blog crée des obligations. On ne jette pas impunément en pâture à son lectorat des textes taillés au quotidien dans le marbre de Carrare pour, du jour au lendemain, se vautrer dans le silence. Silence qui, je le pressens, pourrait se payer au prix fort d’actes insensés (et de statistiques en baisse). En effet, sans vouloir donner à cet espace plus d’importance qu’il n’en a, je ne suis pas loin de penser que la vague d’attentats qui a, ces jours derniers, frappé Bagdad et le nord de l’Irak n’est pas sans rapport avec mon incapacité actuelle à fournir à des populations sans repère la dose d’esprit « bon enfant » qui est la marque de ce blog et qui fait sa réputation jusque dans les coins les plus reculés du globe.

Oui, mais de quoi pourrais-je bien parler, m’enquis-je aussitôt auprès de moi-même (je ne déteste pas le passé simple non plus). Certes, les bons sujets ne manquent pas mais leur traitement exige un minimum de réflexion, de recherche, bref, de « travail » que je ne suis pas d’humeur à consentir en ce moment.

Oh, je pourrais évidemment narrer des anecdotes personnelles, faire mousser mon quotidien insipide. Je l’ai déjà fait et personne ne s’est aperçu de rien. Je pourrais, par exemple, raconter ma chute -pas plus tard qu’hier- d’une échelle (et d’une hauteur de… allez, disons trois mètres) qui m’a valu un coude éraflé et un talon en compote actuellement traité à l’Arnica et au Flector. L’accident me laisse encore une légère claudication juste assez élégante pour que je limite mes sorties publiques au strict minimum. En tout cas, on a raison de croire qu’on voit défiler toute sa vie à l’instant précis où l’on franchit les portes de la mort puisque, pour ce qui me concerne, j’ai eu le temps, au cours d’une dégringolade que l’on imagine de courte durée, de penser : « Tiens, voilà un atterrissage qui ne va pas être facile à négocier ». J’ai également pensé à deux ou trois autres trucs dont je n’ai pas à être fier mais, si je les exposais, on ne me croirait pas. Brisons-là donc, car je vois d’ici JHMV et Toundramante fourbir les commentaires assassins dont elles ont le secret et je ne voudrais pas leur servir sur un plateau l’occasion de rire et faire rire à mes dépens.

Je m’apprêtais donc à renoncer et prolonger encore l’insupportable silence de ce blog, lorsque j’avisai ce titre sur ma sélection des brèves du Monde : « Materazzi révèle ce qu’il a dit à Zidane le jour de la finale de la Coupe du Monde ». Waouh ! Vous vous rappelez ? Le coup de tête de notre n° 1 tricolore, l’expulsion de ce dernier, l’ombre jetée sur la fin de carrière du champion, notre défaite, la polémique subséquente, en un mot, l’un des épisodes les plus sombres de notre histoire nationale.

Ainsi donc, le fourbe, le sournois, le perfide, le sycophante, le trigaud, le cauteleux rital, le Machiavel des stades, ce patte-pelu, cet escobar et chattemite rétrospectif se décidait ENFIN à libérer sa noire conscience. On allait ENFIN savoir ce qu’il avait dit et qui avait –on le subodorait, on le pressentait, on le devinait ô combien- justifié le coup de boule zidanien et vengeur porté au sternum ignominieux.

Comme on dirait en anglais, « I was just a click away from the truth » (en français –mais vous allez voir que ça sonne moins bien– : « j’étais à un clic à peine de la vérité »). J’allais ENFIN savoir. J’approchai en tremblant le pointeur du lien d’où jaillirait la révélation quand soudain… blocage. Ne me demandez pas pourquoi. Je n’ai pas cliqué. Je n’ai pas pu m’y résoudre.

Je restai là, le pointeur en l’air, à frôler l’ourlet de l’info du jour sans parvenir à le trousser. Bref, j’étais incapable d’affronter une vérité qui avait assombri l’un des plus beaux évènements sportifs de la planète et n’avait cessé de me torturer depuis lors.

« Oh et puis merde ! » m’entendis-je penser –avant de me tancer vertement pour un dérapage langagier dont je suis peu coutumier. « Tout bien considéré, je crois que je préfère garder cette part de rêve qui est en moi depuis le 9 juillet 2006 ». Et tant pis s’il n’y a pas de nouveau « post » aujourd’hui.

CowboyCowboy

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23 commentaires pour Enfin !

  1. Posuto dit :

    Bé moi, les parts de rêve, je les confétise menu. Et sans les mains encore.
    Il lui a dit : « tu préfères la géométrie elliptique, euclidienne ou hyperpolique ? » et l’autre qui déteste les questions personnelles…
    Mais le pire, c’est pas ça. Le pire, c’est qu’y a pas de nouveau « post » aujourd’hui.
    Kiki 🙂

  2. ludionlibre dit :

    Je suis lassé de passer ici en visiteur anonyme et je me décide enfin à vous laisser un commentaire. Votre blog est une pure merveille, un savant tissage de perles, de joyaux, d’intelligence et d’humour. Ouf ! C’est dit ! et désormais, je viendrais ici en habitué, en ami, la tête haute et la conscience tranquille… Pour faire bonne mesure je vous colle dans ma rubrique « blogroll » . Bon ! Il ne faudrait tout de même pas que vous en fassiez trop ! Vous devenez un concurrent très difficile et certains pourraient finir par en prendre ombrage…

  3. Cowboy dit :

    Chers lecteurs,
    Je veux bien consentir à ce que vous cliquiez sur le nom du commentateur précédent pour aller lire son évocation de Fernand, mais que ce ne soit pas une raison pour crier au génie et ne plus revenir ici. Vu ? Ah mais !

  4. ben moi je suis allée voir, j’ai cliqué, je suis bien trop curieuse !…

    (« Prétérition », c’est le mot que je cherche depuis hier et que j’ai retrouvé grâce à vous !)

  5. fabiani dit :

    Il y a bien eu un post : je le vois d’ailleurs comme le commentaire sportif parfait, celui qui s’efface devant le fait et qui ne prétend pas le saturer de farce interprétative. Imaginons des commentateurs sportifs de cette trempe. Nous cesserions de couper le son, nous vénérerions des maîtres du sens.

  6. Ben quoi, je saurai jamais ce qui s’est dit entre ces deux athlètes ? Ma curiosité dépasse, à vrai dire, mon intérêt pour le sport. J’ai des relations d’amour-haine avec le merveilleux monde du sport. Bon, c’est comme les énigmes de Chantal (Écritures du monde). Faudra-t-il que je revienne demain pour en connaître la solution ? Donnez-moi un petit indice : est-ce que leur dialogue a été franc et courtois ? Peut-être pas pour finir en coup de boule… Un autre indice ?

    Pierre R. Chantelois

  7. Du tout ! Je suis pleine de compassion pour ce qui vous arrive, de sympathie, et même d’empathie. Parce que, franchement, on doit se sentir un peu honteux, quand on s’appelle Cowboy, de faire un truc qui manque à ce point de panache !

  8. Cowboy dit :

    Hélas, Pierre, n’ayant pas cliqué, je reste, comme vous, dans l’ignorance d’un échange dont on sait du moins qu’il fut de haute tenue. Mon intérêt pour le sport, notoirement indigent, n’en est pas affecté.
    ————————
    JHMV, j’attendais votre sourire -que je devine charmant- et votre compassion, votre sympathie, votre empathie me touchent. Sachez cependant que la première chose que j’ai sentie ressemblait davantage à une grande douleur qu’à de la honte. Soyez également rassurée, à l’heure où j’écris, j’ai quasiment retrouvé une mobilité parfaite.
    Quant au panache de mon chapeau… ne confondriez-vous pas « cowboy » et « mousquetaire » par hasard ?

  9. Titania dit :

    Bon, je viens de lire que mon Cowboy préféré s’est fait bobo il y a peu… j’apprends en même temps que ça va mieux, me voilà instantanément rassurée… mais quand même, hein, un vieux fond d’inquiétude reste. Et puis qu’est-ce qu’il faisait sur sa petite échelle, notre cowboy? Y’avait encore un peuplier à massacrer? Hein? Ca pouvait pas attendre que quelqu’un de moins souffreteux au niveau des hauteurs vienne donner un coup de main? Pffff…!
    Et puis j’ai cherché l’endroit où cliquer, mais manquant de temps et étant déjà fortement en retard, je dois m’en aller là, illico presto.
    Juste: connaissant les deux, il est impossible de confondre un Cowboy et un Mousquetaire.

  10. « quelqu’un de moins souffreteux au niveau des hauteurs  » Rire!
    Le missile n’est pas venu de là où on l’attendait, Cowboy!

  11. Tout de même! On aura tout vu…et entendu! Un cow boy qui n’hésite pas à se parler à l’imparfait du subjonctif, quelle classe! Mais à qui se fier de nos jours ?

  12. Cowboy dit :

    Chantal,
    Si je me parle à l’imparfait du subjonctif, vous en êtes la cause. Ce billet a en effet été rédigé un samedi, jour de votre énigme littéraire. Je rentrais de chez vous, avec ma belle culture meurtrie en écharpe, et il me fallait bien chercher des compensations, histoire au moins de trouver grâce à mes propres yeux. J’ai donc oint mon humiliation de subjonctif et de passé simple. 🙂
    —————
    Lecteurs,
    Relisez le fil de ces commentaires et écoutez les rires sardoniques de celle qui m’oignait (oui, tant que j’avais les mains grasses, autant continuer à oindre) de sa compassion, de sa sympathie et de son empathie douze heures et vingt-quatre minutes avant de ricaner au commentaire qui me ridiculise. C’est pas joli-joli. Les Anciens avaient raison qui disaient « Timeo Danaos et dona ferentes ».

  13. Boyinthedark dit :

    Je suis un lecteur qui se promène sur votre site pour la première fois. Et je rends grâce au talent de l’auteur, sans doute pour cette folle maîtrise du subjonctif qui est la vôtre.
    Ecco
    Boyinthedark

  14. Cowboy dit :

    Bienvenue, Boy in the dark et merci.

  15. J’espère que vous n’allez pas désespérer d’écrire encore ce blog. J’y tiens. A votre blog.

  16. Cowboy dit :

    Avec des commentaires comme ça, comment voulez-vous que je désespère, Petite Histoire -j’adore écrire « Petite Histoire » :-), ça me donne l’impression d’être encore petit garçon. Maintenant, j’ai d’autres poêles au feu…
    Merci encore.

  17. kbindallas dit :

    Monsieur le Cow-Boy,

    Etes vous sur de ne pas vous etre casse le calcaneum?

    La hauteur impressionnante de laquelle vous avez chu, l’expression « talon en compote » et votre boiterie persistante me font m’inquieter pour votre sante physique.

    Mais bon d’un autre cote quand on met de l’Arnica, c’est que ca va pas si mal.

    Au plaisir

  18. Cowboy dit :

    Merci de votre sollicitude, docteur Kbindallas et très bonne question. Puisque c’est mot pour mot, celle que ma femme, infirmière, m’a posée en rentrant.
    Question purement rhétorique puisqu’elle savait que je n’étais pas en mesure de répondre. Comment aurais-je pu savoir si je m’étais cassé le « calcaneum » vu que j’avais vécu jusqu’à ce jour dans l’ignorance que j’en avais un (voire, par déduction, deux) ?
    J’ai réussi à surseoir à l’examen radiologique qu’elle me promettait d’obtenir dans les 5 minutes au nom d’une conscience politique (non aux privilèges d’une minorité !) qu’une grimace de douleur ne parvenait pas à entamer. J’ai proposé d’attendre et d’observer l’évolution de la terrible blessure. Pas de plaie, lègère coloration, douleur en récession constante, autant de signes de nature à convaincre l’inquiétude qu’elle avait mieux à faire qu’à perdre son temps auprès de moi. J’ai condescendu à m’enduire de Flector (j’avais pris l’initiative avec un tube de Nifluril périmé) et à absorber, régulièrement, des petites billes d’Arnica. La situation aujourd’hui -à peine une sensation douloureuse si je marche au pas de l’oie (ce qui m’arrive rarement)- est définitivement rassurante.
    « Thanks for your concern » et ravi de retrouver vos billets. A bientôt.

  19. Titania dit :

    Pfffffffffff…
    Much ado about nothing… all you need is love in a brave new world.

  20. Cowboy dit :

    Love is what you need,
    Brave New World is what you fight.
    And don’t forget the fighting aspect, love, you certainly have time to do both.

  21. kbindallas dit :

    A la bonne heure, vous me voyez rassuré de vous savoir sur pied et entouré d’une personne aimante et attentionnée qui n’hésiterait pas à enfreindre vos sacro-saints principes pour vous tirer des situations difficiles dans lesquelles votre passion pour le bricolage vous fourvoie.

    All the best

    KB

  22. Michèle dit :

    Yasmina Reza vient de découvrir une petite « boiterie » chez le président qui le rend absolument charmant, émouvant même je crois avoir lu, d’après elle. Z’aviez lu cela avant de chuter ? On pourrait alors écrire « trois versions d’une chute ». Une sur le temps qui passe inexorable, une sur je voudrai être calife à la place du calife, la troisième sur l’art et la manière d’être bichonné grâce à un calcanéum déjanté.

  23. Cowboy dit :

    Evidemment, vous commencez à me connaître, Michèle, c’est la version « temps qui passe » qui m’est tout de suite venue à l’esprit. Serais-je tombé il y a dix ans ? La chute aurait-elle été plus agilement négociée ? Le talon aurait-il été à ce point ébranlé ? etc.
    PS ravi de vous retrouver. Il me semble que ça faisait longtemps.

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