Allumettes suédoises (1)…

La cuisine et la bouteille de Mouton-Cadet… à monter soi-même.

Bon, d’accord, le coup du S.A.V., je l’ai déjà fait… mais tant pis. En voici une variante à épisodes.

Lundi 2 juillet 2007. Fin de l’année universitaire. Mon fils J. déménage. Le studio que pap’ finançait à prix d’or dans le 7ème arrondissement n’était plus assez bien pour lui. Il n’avait pas tort. Début juin, l’enfant prospecte et dégotte un 20 mètres carrés à 150 mètres du précédent. Une aubaine, une affaire, au même tarif, si tant est que 20 mètres carrés à 800 euros méritent un tel engouement.

Le nouvel appartement a été refait à neuf. Tout y est fonctionnel et de bon goût. En surface absolue, il perd cinq mètres carrés mais en gagne autant par l’intelligence de l’agencement. L’ancien appartement était meublé, celui-ci est vide. J. y campe deux jours puis Pap’ saute sur Lutèce avec sa carte bleue entre les dents pour meubler la garçonnière. J. sera meublé « Hic et Ha » (blousé là, le moteur de recherche). Le magasin-entrepôt est bien sûr aux cinq cents diables. Qu’à cela ne tienne. Départ à l’aube. Itinéraire Mappy en main, J. assure la navigation. Il est à peine 9 heures lorsque pap’ gare la C3 sur l’immense parking encore désert. Ça n’ouvre qu’à 10 heures. La logistique implacable mise en place par le provincial binôme avait négligé la prise en compte de ce détail. On ne ricane pas. Il n’y aura pas d’autre erreur.

Une heure à tuer en zone industrielle ! Une gageure. On pousse jusqu’à une zone résidentielle en quête d’un estaminet. Petits immeubles proprets, bien proportionnés. Des parterres soignés. De grands bacs de fleurs, de la verdure. On arrive sur l’agora, au coeur du quartier. Une supérette, une pharmacie, une boulangerie, un rad. Que demande le peuple ? On s’installe. Deux espressos, s’il vous plaît. L’endroit fait PMU. En fait, il fait surtout PMU. Et jeux de hasard aussi. Ça a même l’air d’y miser bonbon ici. Des affichettes, des pancartes partout, des rouges, des jaunes, des flashies, avec des chiffres en énooorme, suivis du signe € (qui devrait les précéder, je sais, mais allez leur expliquer !). Parfois, des simili-chèques. Sur le comptoir, des présentoirs avec des cartes à gratter en veux-tu en voilà : Keno, Morpion, Cractonblé, Lâchetézaloc, Pariciléfafio, bref, on connaît pas tous les noms. En tout cas, du rêve, du beau rêve plein de belles maisons, de jolies filles et de grosses voitures. Du beau rêve prêt à l’appareillage, au format standard, doré à point. Le jeune soleil rasant vient faire scintiller le présentoir. Une TV et un écran plasma diffusent déjà, à cette heure matinale, les numéros gagnants des derniers tirages.

On ressort. On a encore du temps. On poursuit l’exploration. Ici, l’école. Nickel. Accueillante. En face des immeubles. Là, le stade ! Bien, bien. Un panneau « Relais jeunes ». Bien, bien. Puis, le cimetière. Juste de l’autre côté de la rue. Ingénieux urbanistes. Y a tout ce qu’il faut. Ici, on peut vivre et mourir sans quasiment sortir de chez soi. « Triomphe de la matérialité » s’écrie J. C’est propre, net, bien ordonné. Pas de voitures ni de poubelles renversées ou brûlées. Un espace de vie paisible, aéré, à dimension humaine. Ça fait chaud au coeur…

Cinéma ? Théâtre ? Librairie ? On n’a pas vu. Mais attention, on n’a pas quadrillé tout le quartier. Qu’on ne nous fasse pas dire ce qu’on n’a pas dit. Et puis Paris n’est qu’à trente bornes et deux heures de route, alors…

« Est-ce que ça caillasse par ici ? » se demande-t-on. J. pense que non. On aperçoit bien tout en haut d’un immeuble, un cacographique et promotionnel « Nike la police » mais l’insulte semble n’être que l’étalage isolé d’une ingratitude qui manque de conviction. Un incident dans le quartier ? Peu probable. En tout cas, s’il devait survenir, il suffirait d’envoyer sur place une équipe de Jean-Pierre Pernaud pour en démontrer le caractère futile, indigne et inacceptable. Là tout n’est qu’ordre et beauté, mais sans luxe tapageur.

On a tourné encore un peu, un rien désoeuvrés. Puis nos montres ont affiché dix heures moins cinq. On pouvait y aller. Ça tombait bien parce que… c’est drôle… on commençait presque à avoir envie de caillasser.

(à suivre)

CowboyCowboy

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10 commentaires pour Allumettes suédoises (1)…

  1. Bon. Histoire à suivre. Faudra être très vigilant pour ne rater aucun épisode à venir. Après Les Soprano (je sais bien, série télé de ce côté-ci de l’Amérique qui a traversé les frontières), qui viennent de sonner la fin de la récréation, il faudra suivre très attentivement Les Allumettes. Comptez sur moi. J’y serai.

    Pierre R. Chantelois
    Montréal (Québec)

  2. Posuto dit :

    Moi aussi, je suis (du verbe suivre, hein). En revanche, dés qu’on arrivera à la notice de montage de l’étagère, j’irai prendre un Upfen. Vous êtes prévenu.
    Kiki

  3. murat dit :

    Moi qui n’ai pas TF1 dans ce pays surpeuplé, sous-industrialisé et asiatique qu’est la Turquie (source UMP), je vais pouvoir tout de meme suivre un feuilleton de l’été. Merci Cow-boy!
    (d’autant que je peux de nouveau réécrire des commentaires après des semaines de blocage)

  4. Ah la vache !
    Paris était à 30 bornes au sud ou au nord ? Si c’est au nord, t’es passé tout près de chez moi … t’aurais pu venir prendre un café 😉

  5. Cowboy dit :

    Murat,
    Tes commentaires me manquaient. Ne t’emballe pas cependant, le feuilleton sera bref. J’essaierai quand même de trouver autre chose. Je cherche toujours ce qui pourrait donner à ce blog un bain de jouvence…
    Madame de K.,
    Paris était à l’est puisque j’étais à « Hic et Ha » Plaisir… Tout un programme. Merci quand même pour le café. A+

  6. Moi je dis Banco aux papas qui s’occupent de leurs enfants et qui poussent le vice jusqu’à leur payer un loyer et même des meubles pour mettre dedans. Moi qui ai toujours vécu dans des cartons en guise de placards et des valises en guise d’étagères, je trouve ça chouette. Sans parler de la doudoune et de la couette en guise de chauffage.. Humhum, pov môa. J’exagère pas en plus, j’vous jure c’est vrai.
    Pourtant, mes parents, ils auraient pu m’aider (c’est ce que m’a dit mon grand-père l’autre jour), mais juste, ils voulaient pas. Va savoir pourquoi Charles !

  7. kbindallas dit :

    Ne t’es tu pas dit que si tout etait si beau, c’est precisement grace aux subsides verses a la ville par la grande enseigne dans laquelle ton fils et toi etes alles prospecter? Je me suis laisse dire que ca marchait bien pour eux. Ils ont meme ouvert un magasin a Dallas, qui passe pour un des plus grands du monde.

    Et puis la bouteille de vin sur la photo, c’est pour feter le joli futon en solde qui fera canape et lit en meme temps (« Avec ca mon fils, tu vas optimiser l’espace! »);-)

    KB

  8. Cowboy dit :

    En fait Kbindallas, je n’ai pas trouvé ça beau. Mais alors pas du tout, du tout, du tout. Ce que je voulais dire, c’est que ça ressemblait plutôt à l’enfer mais je me suis sûrement mal exprimé.
    Quant à la bouteille de Mouton-Cadet (avec les verres de chez N. et le plat de nouilles sauce tomate), t’as presque mis dans le mille. C’était juste une petite attention de l’enfant pour remercier son père (l’air de rien) en fin de journée. Et ça a été l’un des meilleurs vins et les meilleures nouilles que j’aie mangés depuis longtemps. On est un peu sentimentaux, nous aut’, mais on a du tact. 🙂

  9. kbindallas dit :

    Contrairement à Lewis Carrol, quand j’emploie un mot, je n’entends pas toujours qu’il dise exactement ce qu’il signifie. N’accable pas ton expression à laquelle tu apportes tant de soin. J’avais bien saisi le côté ironique de ta description du paradis sur Terre. Moi-même je continuais dans le même esprit. On pourrait parler de 3ème degré (faire croire que l’on n’a pas compris le 2ème degré). Et toi tu fais du 4ème degré en faisant comme si tu croyais que je n’avais pas compris que tu rigolais en disant que la zone industrielle c’était joli. A moins que ce soit moi qui m’exprime mal…

    Du Mouton-Cadet, sympa le fiston. Moi pour l’instant ça se cantonne aux colliers de nouilles. Un jour peut-être…

  10. Cowboy dit :

    J’ai, moi aussi, connu l’époque des colliers de nouilles, Kbindallas. C’est pas mal non plus. Avec les enfants (ses enfants, bien sûr), chaque époque est un pur bonheur quand on est attentif et j’avoue les guetter, ces bonheurs, avec la même scrupuleuse attention que je guette les scories de mon style. Si mes phrases étaient à la mesure de mes bonheurs paternels, je serais l’une des plumes les plus réputées de ce début de siècle. J’ai une sacrée marge de progression… 🙂

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