Solidarité Fort Boyard

Aujourd’hui, nous parlerons « solidarité ». Nous étudierons également le « conditionnel ». Le « conditionnel présent ». Ce temps que nos enfants maîtrisent si bien jusqu’à ce que l’Ecole en fasse un objet d’apprentissage. Souvenez-vous :

« Je serais le cowboy et tu serais l’indien », « je serais le policier et tu serais le bandit », etc.

C’est parti.

Je serais prof. Attention, on est bien d’accord, je parle au « conditionnel ». J’ai bien dit « je serais ». Remarquez, entre nous, ça ne m’étonnerait qu’à moitié. Compte tenu du rythme de publication de ce blog, il y a fort à parier que son gestionnaire fasse un métier de feignant. Et, prof… il faut bien l’avouer…

Ah si, excusez-moi, je n’ai pas l’intention de soulever une polémique ni de jeter l’anathème sur qui que ce soit ou quelque corporation que ce soit, mais il faut bien l’admettre : « enseignant est un métier de feignasse ».

La preuve ? Eh ben, y a qu’à regarder nos enfants. Le mien a toujours été un modèle de politesse, d’intelligence et de docilité. Sociable, travailleur, curieux (dans le bon sens du terme), bref, bien élevé. Et je gage que, dans cette description, vous aurez reconnu votre propre progéniture. Mon fils a toujours été pour nous un véritable bonheur au quotidien. Bonheur unique toutefois. Or multipliez ce bonheur par trente, ça vous donnera une idée de ce que nous offrons, tous les jours, au corps enseignant -lequel, ingrat, n’a que trop souvent le toupet de se plaindre.

Si votre petite couvée constitue le miel de votre existence, l’enseignant s’en pourlèche à grande échelle et à longueur de journées -lesquelles, soit dit en passant, sont, pour ce qui le concerne, relativement courtes.

Mais bon, là n’était pas l’objectif de mon propos.

Donc, disais-je, je serais prof. Et à ce titre, je serais soumis à la législation relative à la journée dite de « solidarité ». Seulement voilà…

Le but de cette journée est, du moins je crois, de lever des fonds pour soulager nos anciens, améliorer leurs conditions de vie, leur apporter un réconfort bien mérité au terme d’une vie de labeur et parfois même de privations. Soit (bien prononcer le « t » au bout, SVP).

Donc, vous travaillez une journée supplémentaire pour laquelle vous ne percevez aucun salaire. C’est bien. C’est une bonne idée. Comment l’argent est-il redistribué, je n’en sais rien. J’imagine qu’il doit l’être assez rapidement compte tenu de l’urgence annoncée. J’aurais, à cet égard, des propositions à faire. A caractère ludique qui plus est, ce qui ne serait pas du luxe quand on connaît le montant du budget « loisir-animation » dans nos maisons de retraite.

On pourrait imaginer que toute la richesse que vous avez amassée au cours de cette journée soit entassée dans de grands sacs suspendus au plafond de la salle commune des maisons de retraite, au-dessus d’une sorte de puits grillagé. A l’extérieur de la salle, nos petits vieux attendraient sagement, mais prêts à bondir. A l’heure H, le Secrétaire d’Etat aux personnes âgées crierait : « Felindra, tête de tigre » (ou tête de ce que vous voulez) et « hop » tous les sous tomberaient dans le puits (à condition, bien sûr, que les vieux aient préalablement deviné un mot secret qui pourrait être « sargenor », « emphysème », « cholestérol », prostate », etc.). Au moment précis où le gros sac de richesses, par nous produites gracieusement, s’ouvrirait et cracherait ses fafiots, tous les vieux se précipiteraient et ramasseraient tout ce qu’ils pourraient. Ils auraient, disons, trois minutes (le reliquat serait remis en jeu l’année suivante, ce qui fait qu’il y aurait des années à super cagnotte).

Bien sûr, à cause du grillage, du temps limité et de leurs doigts gourds, arthritiques, ils auraient un mal de chien, d’autant plus que les vieux ne seraient plus assez gaillards pour soulever leurs vieilles et s’en servir comme de plateaux. Ce qui est bien dommage, parce que s’ils pouvaient, ils se feraient un max. Mais bon… là encore n’était pas le but de mon propos.

Mon problème avec la « journée de solidarité », si j’étais prof -et je dis bien « si j’étais prof »-, serait le suivant :

Le prof ne produit pas de richesses (des vraies, je veux dire). Au contraire, il en dépense. Dès qu’il entre en fonctionnement, l’enseignant gaspille. Il fait des photocopies, utilise des locaux, du matériel, etc. et quand vient le soir, il repart en laissant un grand trou dans le budget de l’Etat.

Dans ce contexte, est-il bien raisonnable de l’associer à cette noble et généreuse trouvaille qu’est la « journée de solidarité » ?

Les seules richesses que l’enseignant produit –si tant est que ça mérite ce nom- sont des richesses… disons… intellectuelles. Il produit (ou est censé produire)… de l’intelligence. On n’achète pas de ventilateurs avec de l’intelligence, que je sache ! Sans compter que si au lieu de leur verser des boyards sur la gueule à nos vieux, on leur balançait de l’intelligence, c’est un coup à ce que l’UMP perde les législatives.

En vérité, je vous le dis, si les gens qui ont en main les rênes du pouvoir avaient un tant soit peu de jugeote, ils dispenseraient le corps enseignant de la « journée de solidarité ».

Cowboy

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6 commentaires pour Solidarité Fort Boyard

  1. Posuto dit :

    Si j’étais prof (je dis bien si j’étais hein ! je dirais tout comme vous pareil.
    Hé je crois qu’il faut ajouter un « e » à « vrais » accordé à « richesses »… C’est pour faire semblant d’être prof que je vous dis ça moi…

  2. paupolette dit :

    En ce qui me concerne, tout en étant un capitaliste asservissant les masses laborieuses pour son unique et insatiable soif de richesses (toutefois non coté ce qui me permet d’échapper à la prière), je ne travaillerai pas ce jour là.
    Je sais, je suis très méchant mais j’ai toujours été ainsi.

  3. murat dit :

    Sur ce critère, on en déduit qu’un prof pourrait etre ministre ou président d’EADS, toute proportion de dépense gardée, bien sur.

  4. Cowboy dit :

    Mon unique fierté, ma gloire, sont de glaner ici des lecteurs drôles et intelligents.
    Merci à eux… trois. 🙂

  5. Posuto dit :

    Je proteste vigoureusement, Cowboy, chez Posuto on est 2 à être drôles et intelligents… ouais, bon, j’avoue, une et demi…
    🙂 RV

  6. Cowboy dit :

    Oh la boulette, j’avais pas compté… RV 🙂

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