Besson, 2ème couche

(Pour la première couche, voir le billet « Plus fort que Stendhal« , publié le 21 mars 2007 et dédié au même Besson)

Eric besson

J’ai la mémoire des textes. Je n’en tire pas vanité. Plutôt une forme de gratitude chaque fois que des réminiscences littéraires viennent étayer, dans une conversation, une position chancelante où ma mauvaise foi s’égare ou s’enlise. Twain, Wilde, Shaw, Churchill, Cioran, etc. comptent parmi mes meilleurs fournisseurs. Mon intelligence, poussive, peine parfois à produire les argumentaires que je la voudrais capable de bâtir. Paresseuse, elle laisse trop souvent monter seul au front l’esprit qui n’en devrait être que l’avant-garde et qui constitue hélas chez moi l’unique bataillon de mes maigres armées intellectuelles. Le recours régulier à l’aphorisme, à l’apophtegme, me permet de développer des stratégies de guérillas efficaces et m’a valu tant de victoires là où la déroute m’était a priori promise. Bref, j’aime les citations. Tout particulièrement celles à la pointe assassine, au tranchant effilé.

Ainsi, hier 24 avril, tandis que je regardais, sur Daily Motion, la vidéo hallucinante de l’autocritique d’Eric Besson « devant un parterre de militants de l’UMP interloqués » (sic Le Monde du 24/04), j’ai entendu « Plouf ! » puis « glouglou ! » C’était le scaphandrier de ma mémoire qui plongeait. Il est remonté quelques instants plus tard. Il brandissait, hilare, quelques phrases arrachées au plateau continental de mon cortex.

« J’aime l’angélique crème de vanille. Je n’ai aucune animosité contre les pieds de porc. Mais des pieds de porc à la crème de vanille, c’est trop ». Ces trois phrases, jaillies en février 1943 sous la plume de Jean Mahan, alias Albert Cohen, participait d’un portrait de Philippe Pétain, (in « Churchill d’Angleterre » *). Je jure que devant le spectacle pitoyable de Besson, elles me furent un précieux soutien. Essayez pour voir. Regardez fixement la photo et scandez-les. Une fois, deux fois, trois fois. Si, si, essayez… pour de vrai… faites-moi confiance. Vous verrez comme c’est apaisant.

Mon scaphandrier tenait une autre phrase, tout aussi imagée mais moins… gastronomique. Celle que lança un jour Napoléon à Talleyrand : « Vous êtes de la merde dans un bas de soie ». Je la crus un instant opportune. Mais, je regardai encore Besson et cherchai vainement ce qui, en lui, pouvait convoquer l’image du bas de soie.

Puis, par-dessus la voix du traître, par-dessus les applaudissements qui saluaient son apostasie, montait la voix de Phèdre, ample, forte, se superposant à la sienne :

« Ah ! que l’on porte ailleurs les honneurs qu’on m’envoie.
Importune, peux-tu souhaiter qu’on me voie ?
De quoi viens-tu flatter mon esprit désolé ?
Cache-moi bien plutôt, je n’ai que trop parlé. »

« Regarde leurs honneurs comme une ignominie » renchérissait Néron.

Ces vers résonnaient si fort en moi qu’un instant, je crus que Besson lui-même les prononçait. Mes sens m’abusaient. Non, Besson continuait à battre sa coulpe, son petit cul rond, potelé, pour conclure son allocution sur un slogan étonnant : « Forza Nicolas ! » Je crus rêver. L’amalgame Berlusconi – Sarkozy, souvent reproché aux détracteurs de ce dernier, était repris là, sans vergogne, et applaudi, comme un hommage, par l’auditoire.

« Verba volant, scripta manent ». Le souvenir de cette allocution mourra bientôt dans les mémoires. En revanche, la contribution bessonienne, à ce qu’il appelle désormais « l’entreprise socialiste de diabolisation de Nicolas » reste et restera longtemps accessible. Elle tient en 130 pages rassemblées sous le titre « L’inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy ». Il serait dommage d’aller voter sans l’avoir parcourue. Je prends ici la liberté de la mettre à disposition au format .pdf.

Clic droit – enregistrer la cible sous…

* « Churchill d’Angleterre », Editions « Lieu Commun » (également disponible dans le volume II des oeuvres d’Albert Cohen dans la collection de La Pléiade).

CowboyCowboy

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5 commentaires pour Besson, 2ème couche

  1. Annie-Claude dit :

    Grand merci pour le lien. Je ne sais pas si je vais lire les 140 pages, mais rien que les titres, c’est assez édifiant !
    Apprendra-t-on un jour ce qu’il a obtenu en échange ? Ministre du retournement de veste ? l’accès à un logement moitié prix ? la direction ou la présidence d’un truc qui roulerait que pour Sarko ? une circonscription réservée ?
    Comment certains, pourtant intelligents et réfléchis, peuvent gober tout ça ??

  2. Cowboy dit :

    « Comment certains, pourtant intelligents et réfléchis, peuvent gober tout ça ?? »

    Peut-être tout simplement parce que c’est en les pensant intelligents et réfléchis que l’on se trompe.

  3. Mr Besson est effectivement un homme étrange.
    Il se comporte comme un amoureux transi éconduit, qui trouverait refuge dans les bras d’une secte… avec le gourou Nicolas qui tend la main… Cécilia en maîtresse de cérémonie qui tend le fouet… et Eric, dans un transport de masochisme extatique, qui…
    Mais je m’égare.
    Mais une lecture psychanalytique (voire psychiatrique) de l’évènement pourrait aussi nous apporter quelques lumières (en plus des vôtres, cher Cowboy, qui sont toujours, sans flagornerie aucune de ma part, absolument éblouissantes!)

  4. Ce M. Besson est pathétique !…
    Et si l’uèmpé espère récolter des voix égarées de socialistes comme cela, j’ai bien peur (ou je me réjouis 😉 que ce soit plutôt l’effet inverse.

  5. Cowboy dit :

    Kadame de Keravel,

    Votre commentaire avait été filtré par WordPress et relégué dans un cabinet noir marqué : « En attente de modération ». Je viens de l’en libérer. Je suis navré de ce zèle policier (Sarko est partout).
    Bien cordialement.

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