Sème m… !

US flagFrench flagMes chers concitoyens,

« Mais queeeeellle sème-meeerde ! »

L’expression est connue, je sais, mais mon père l’affectionnait particulièrement et en faisait un usage abondant. Chaque fois qu’un problème dont on aurait pu faire l’économie survenait à l’initiative d’un fâcheux, il s’écriait : « Mais queeeel sème-meeeerde, cui-là ! »

Ou bien quand mam’, rancunière comme pas deux, sortait tout-à-trac, au moment le plus inattendu, un de ses vieux rossignols conjugaux qui venait vous gâcher l’ambiance, il montait aussi sec sur ses grands chevaux en gueulant : « Mais t’es la vraie sème-merde, toi, hein ? C’est plus fort que toi, quand tout va bien, y faut que tu foutes la meeeerde ! »

Tout ça pour dire, et sans vouloir manquer de respect à Madame Royal, que si pap’ était encore de ce monde, sûr qu’il aurait lâché à son endroit : « Mais queeeelle sème-merde, celle-lààààà ! »

C’est vrai, quoi ! J’étais là, tranquille, et je ne pensais pas plus au drapeau qu’à la mort de Louis XVI. Certes, je savais qu’il était bleu, blanc et rouge. Je savais aussi que l’américain arbore les mêmes couleurs mais distribuées autrement. Et que si on m’avait demandé mon avis, (je dis bien SI on m’avait demandé mon avis), d’un point de vue purement esthétique, j’aurais dit que je préférais l’américain. Je le trouve… plus original, plus… fantaisie. J’aime bien les petites étoiles. Et puis les treize bandes alternées ne manquent pas d’élégance.

Mais attention, me regardez comme ça en chargeant vos mousquets. J’ai bien dit « d’un point de vue PUREMENT ESTHETIQUE ». Je ne suis pas en train de proposer l’adoption du drapeau américain, bon sang ! Mais c’est pas vrai ! Aaaah mon vieux, vous démarrez au quart de tour, hein ? Un instant, vous m’avez fait peur.  

Donc disais-je, je ne pensais pas au drapeau… On peut le dire ça ? Oui ? On n’est pas obligé de penser au drapeau tous les matins, 24 heures sur 24 ? OK ? On est d’accord ? On est bien d’accord ? Bon, alors posez-moi ces flingues, ça me déconcentre.  

Je disais que je ne pensais pas « spécialement » (s’il faut préciser) au drapeau et voilà que tout d’un coup, on me confronte au dilemme suivant : le 14 juillet prochain, accrocherai-je ou non « l’étendardsanglanestlevé » à mon balcon ? D’accord, je pourrais arguer du fait que je n’ai pas de balcon mais je sais bien que l’argument serait jugé spécieux.

Ma réponse -si vous voulez bien garder l’arme au pied encore un moment- serait la suivante : « Faites chier ! »

Auriez-vous décidé de mesurer ma dimension citoyenne à la dimension du bout de chiffon que j’accrocherai ou non à ma fenêtre ? Parce que si tel était le cas, il faudrait le dire tout de suite. Ma réponse serait sans appel : « Je vous EMMERDE (oui, vous allez pouvoir tirer, j’ai presque fini) et ma façade restera triste et beige ». 

Non, non et non, l’idée ne me viendrait pas de pisser sur notre drapeau. Ni sur celui des autres d’ailleurs. Je ne les brûle pas non plus (je sais que ça se fait). Mais pourriez-vous souffrir que je ne me prosterne pas au quotidien devant eux ?

Surtout qu’il y a drapeaux et drapeaux.

Quand j’en vois dans les tribunes d’un stade, je sais qu’ils claquent au-dessus de QI de crevettes. Ils n’en sortent pas grandis. Quand je vois cette mer tricolore des défilés du Front National, mon sang se glace d’effroi. Mais quand je pense à Georges Guingouin qui tâte une dernière fois, sous son paletot, le drapeau qu’il a embarqué, au moment de perpétrer l’audacieux sabotage, l’émotion m’étreint et le respect me gagne. Voyez-vous quelque incohérence dans les discriminations que je m’impose ?

En résumé, ne pourrait-on pas continuer comme avant ? 

Aux USA, une maison sur trois arbore la bannière étoilée. Ça ne m’a jamais gêné. Je sais que dans tel cas, la maison, sous le drapeau, abrite un Républicain pur jus pour qui Le Pen fait figure de gauchiste et que dans tel autre cas, y réside un brave Yankee qui fait ça parce que ça se fait, parce qu’il trouve le drapeau joli, parce qu’on a toujours fait comme ça… et voilà.

Chez nous, pour autant que j’aie pu en juger (je sors peu), ça ne se fait pas. Et alors ? Au 14 juillet, tous les bâtiments publics se parent des trois couleurs. Rien à redire. J’y vois un symbole, un rappel salutaire de notre histoire (la révolution, la République, la Nation, etc.) d’autant plus forts que l’on ne pavoise qu’à des dates bien précises, des dates qu’il importe de garder en mémoire.

Mais s’il s’agit maintenant, au risque de le déchirer, de tirer à droite et à gauche sur ce drapeau pour décider qui le brandira le plus haut, qui l’agitera le mieux, qui le fera claquer le plus fort, ne me comptez pas dans l’équipe et revenez me chercher lorsqu’il s’agira de s’approprier l’intelligence*.

Vive la République ! Vive la France !

* que le premier qui voudrait dire en commentaire : « ça, l’intelligence, t’en as bien besoin » se l’épargne, j’en suis conscient, moi !

** de même, toute allusion au fait qu’il ne serait pas surprenant que cette histoire de « torchon » survînt à l’initiative d’une ménagère de plus de 50 ans serait de fort mauvais goût.

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4 commentaires pour Sème m… !

  1. Posuto dit :

    Hé, je suis déçu : on devait apprendre un truc nouveau sur vous aujourd’hui. Et puis vous piétinez mes plates-bandes ! Ah la la quel lanceur de boulettes ce cowboy (cf billet posutesque du jour…).

  2. Cowboy dit :

    Exact, j’ai dû reporter sine die un billet intemporel pour céder à l’actualité.
    J’arrive pour le billet posutesque. Si y a l’apéro, ça sera pas de refus.

  3. Limogeage dit :

    « Ah la la quel lanceur de boulettes ce cowboy » (sic) Eh bien ! il en existe une autre de lanceuse de boulettes et des boulettes de m… c’est vrai et c’est encore pire. Mais elle n’est pas bien ! je rève ! Et chacun y va de son « Je n’ai pas envie de recevoir d’ordre du président de la République sur la manière d’honorer la nation, d’en parler à mes enfants, et quel jour je dois accrocher mon drapeau à la fenêtre » ou bien encore « La Marseillaise » et le drapeau tricolore sont « des symboles qui appartiennent au peuple » et encore « En volant mes idées, en fait, mes concurrents les valident. Les électeurs vont donc me rejoindre plus nombreux encore puisque j’avais donc raison depuis longtemps ». Je voudrais connaître les petits « précieux » qui organisent la communication politique de notre semeuse de m… (cf Cowboy), qui va finir comme sur les pièces de monnaie au verso des prochaines élections, paroles de Rétais !!
    Il ne faut plus que je l’écoute ni que je lise ce qu’elle pourrait écrire et encore moins penser… sinon je suis capable de faire une boulette dans l’isoloire ! Si si j’vous jure, elle me fou la trouille la « redneck » !

  4. Cowboy dit :

    Rétais !!! Enlève ton masque, Lionel, on t’a reconnu 🙂

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