Sol

Sol - Marc FavreauIl y a des jours avec et des jours sans. Hier sans le secours du SABU (Service d’Action Bloggueuse d’Urgence), dépêché des Etats-Munis d’Amnésique (comme dit le grandissime talentueux et tout et tout canadien Sol),… !!!!!! Oh feu de Dieu, j’arrête !!! Meeerdrrre ! Oui, je suis sérieux, on est en plein direct. Je sais pas si ça relève de l’éthique blogueuse, mais c’est le cas. Voilà : je m’apprêtais à faire le bon vieux lien wikipedia vers la page évoquant le poète et je découvre que Sol est décédé le 17 décembre 2005. Et on ne m’avait même pas prévenu ! Là, tout soudain, moral dans les bottes. Vrai de vrai. J’annule tout. On change de sujet. Le titre était « Brave Patrie », l’article allait être drôle tout plein, c’est râpé. Le titre sera « Sol ». Hommage tardif. Désolé, mais j’ai envie.

Marc Favreau, alias Sol. Ou le contraire. Pas facile de savoir qui était le vrai, Sol ou Marc Favreau, tant les deux ne faisaient plus qu’un depuis plus de 40 ans. « Le magicien des mots, le funambule du langage a disparu ». C’est ce qu’on avait dû titrer le 18 décembre 2005. Pas mon style. Il avait 76 ans et Papon a vécu 20 ans de plus. Pas me demander de croire en Dieu aujourd’hui. Raymond Devos, en comparaison, c’était un auteur de comptines. Sol, c’était… le faiseur de mots, de mots valises pleines à craquer, l’origamiste du dico et bien plus encore. Qu’importe. Et attention, jamais le mot pour le mot. Je me rappelle son « Odieux visuel » dans lequel il évoquait « ces scripoteurs de rétrovision qui vous épuisodent avec des histoires internes minables », sa revue de presse de politique internationale consacrée au « Fier Monde«  et où défilaient, outre les Etats-Munis d’Amnésique, la Grande Bretelle et ses deux Guirlandes, la Serviette Suprême et leur folle « course aux ornements ». J’en passe. Non, encore un. Son « Crépuscule des vieux » :

« Ah ! Ils sont bien les vieux ! Et puis, comme ils ont fini de grandir, ils ont pas besoin de manger tant tellement beaucoup. Ils ont personne qui les force à manger. Alors de temps en temps, ils se croquevillent un petit biscuit ou bien ils se ratartinent du pain avec du beurre d’arrache-pied, ou bien ils regardent pousser leur rhubarbe dans leur soupe… » (…) « Ils ont personne qui les force à aller vite ; ils peuvent mettre des heures et des heures à tergiverser la rue… » (le texte complet ici… oui, je leur ai volé ce passage mais je pourrais en citer de mémoire, des pages entières. Alors, qu’on vienne pas me pisser dans les « cheerios » comme dirait Comtesse. A vrai dire, je n’aime pas vraiment les « cheerios« , mais essayez de pisser dessus pour voir ! Lire encore le :

« Texte de l’allocution de Monsieur Marc Favreau, alias Sol, lauréat du Mérite d’Honneur 2002 du français et de la francophonie en éducation, lors de la cérémonie de remise des Mérites en éducation, organisée par le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec le 21 mars 2002, à Montréal. »

Sol - Marc FavreauSol, j’ai dû le voir deux fois. Soit quatre heures en tout. Il arrivait dans son personnage mi-Auguste, mi-clodo, avec sa grande poubelle et sa petite flûte à qui il disait tant de choses et qui lui disait tant de choses qu’on avait du mal à croire, à la fin, que le spectacle n’avait été qu’un long monologue. Poésie, humour, intelligence, finesse, sensibilité, tact, douceur, naïveté, ça doit être quelques-uns des mots qui pourraient servir à le décrire et à décrire son style mais j’ai toujours un peu de difficulté à les glisser dans des phrases que je ne trouve pas, au bout du compte, ridicules.

Je me souviens. On s’installait dans la salle. Le noir se faisait. Jusque là, rien que de très normal. Il arrivait, penaud, dans son costume ridicule. Il vous balayait la salle du regard, l’air de dire, vaguement : « On y va ? Vous croyez qu’il faut ? Vraiment ? » Et ça démarrait. Prêtez-moi une oreille à tentative. Une élocution de mitraillette. Avant que vous ayez eu le temps de faire « Ouf ! » il en avait balancé trois, quatre, cinq. Ça tombait comme à Gravelotte. On en ratait. Il aurait fallu pouvoir se retenir de rire pour pas manquer la suivante. Impossible. Qu’importe, il en avait des pleines poignées d’intelligence et de rire qu’il lançait à travers la salle. Et ça sautillait, ça bondissait. Oops ! Pas passé loin celle-là ! Ça touchait l’un qui roulait sous son siège, les larmes lui giclant des yeux et ça évitait l’autre qui se sentait tout bêta « Qu’est-ce qu’il a dit ? Qu’est-ce qu’il a dit, j’pas compris… Chut ! meeeerde ! » Une demi-seconde de distraction et vous étiez largué. Fallait les attraper au vol. Le trop plein repartait vers la scène puis revenait plus délicieusement chargé encore de drôlerie et de surprises. Bon Dieu, être capable d’utiliser la langue de cette façon, ça devrait pas être permis ! A la fin, votre rire vous accompagnait jusque dans la rue. Si vous étiez plusieurs, vous vous échangiez votre sélection : « Eh ! eh ! et quand il dit… », « ah, oui, génial, ah ! ah ! ah ! et puis juste après, là, qu’est-ce qu’il a dit… attends… oui, tu sais bien… quand il parle du dictaphone à la voix nasillarde », etc.

Bon, j’arrête. De toute façon, j’arrive un peu tard avec mon bouquet de fleurs et j’ai l’air un peu ridicule. Consultez le dossier « Marc Favreau » sur « l’Encyclopédie de l’Agora« .

Allez, pour le plaisir. Un dernier larcin sur « Littérature québécoise » pour regretter qu’en cette période électorale, le candidat Sol ne soit pas dans la course. Ça s’appelle (avec l’accent) « Essstradinairement vautre » :

« Mes dents et mes yeux, mes chers électrons,
Je ne suis pas là pour vous faire des pommettes, la lutte est serrée, elle étouffe. Nous avons des adversailles de terre et si l’heure est grave, la nôtre aussi. Écoutez-les, mes dents et mes yeux, nos adversailles, qu’est-ce qu’ils vont vous dire ? Ils vont vous dire que tout va bien. Tout va bien ? Eh bien non, ils sont dans l’horreur, tout va mal, tout va très énormément mal. Y a qu’à visionner les horriblifiques malheurs qui nous varicellent de toutes parts. C’est horriblifique ! La confiture est de moins en moins économique, le produit national est de plus en plus brut. Et ils disent que ça va bien. Et quand ils ne savent plus quoi dire, ils s’excusent bien sûr. Le garnement a jamais eu d’autres paternatives. C’est la bourse ou la vis. Quand la vis a la mine basse, qu’est-ce qu’ils font ? Ils serrent la vis. Et le résultat ? Je vous le demande. Le gamin d’œuvre n’a plus d’ouvrage. Bien sûr, il y a l’assurance chaumière. Quand ils desserrent la vis, la bourse se remplit. Tout le monde dépensouille comme des fous comme s’il y avait le feu. Et ça donne l’inflammation. »

CowboyCowboy

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2 commentaires pour Sol

  1. Quelle agréable surprise et quelle émotion, ce souvenir de Sol. Notre Sol. Qui partageait sa célébrité toute québécoise avec la francophonie qu’il aimait si bien. Dire que ce personnage de Marc Favreau est né d’une série d’émissions télé pour enfants. Sol n’a plus quitté Marc Favreau et Marc Favreau n’a plus quitté Sol. Une grande, une très grande amitié était née et elle les a habités, les deux passionnément.

    Pierre R. Chantelois

  2. Cowboy dit :

    Ravi que cet hommage improvisé vous ait touché. Je vois, tout au long de l’année, beaucoup de spectacles, qu’il s’agisse de théâtre, de concerts, de récitals, etc., parfois de bons, plus rarement d’excellents. Or, j’avoue que je dois à Sol deux de mes meilleurs souvenirs. Si ce papier pouvait convaincre quelques lecteurs de le découvrir, il n’aurait pas été écrit en vain et leur reconnaissance me serait, à coup sûr, acquise.

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